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Denis Labayle

Un revenant ! Arrivé second à la première édition du Prix des Lecteurs en 2003, Denis Labayle a, depuis, poursuivi son chemin d'écrivain. Avec toujours autant de passion et d'humanité.

Depuis août 2007, vous avez pris votre retraite de médecin hospitalier. Place, maintenant, à la littérature ?

Ce n'est pas simple d'arrêter une activité comme la médecine ! On abandonne une relation riche avec des patients et toute une équipe avec laquelle on s'entend bien. On découvre une solitude. Les avantages : enfin, je peux m'adonner en toute liberté à ma passion profonde ! Je n'écris plus la nuit entre deux et cinq heures du matin, mais dans la journée... Je crois avoir beaucoup donné à la médecine. J'ai essayé de ne pas enfermer ma pratique dans le seul exercice des soins. Pour moi, la médecine ne s'arrête pas au traitement des malades, mais englobe tous les problèmes sanitaires et sociaux concernant le bien-être et la santé en général.

Passion pour la médecine, passion pour la littérature : que vous ont apporté l'une et l'autre ?

J'ai toujours vécu ma profession de médecin avec difficulté. Après toutes ces années d'exercice, je maintiens que c'est un métier très angoissant. Cette confrontation permanente avec la souffrance et la mort est une charge quotidienne. Ou on se blinde et l'on devient un technicien, ou on assume et on en souffre. Les patients sous-estiment cette dose de responsabilité vécue au quotidien. Etais-je vraiment fait pour ce métier ? Je n'en suis pas sûr. Trop sensible, je crois. Passion pour l'écriture ? Certainement. Je l'ai ressentie très tôt. J'ai écrit mon premier vrai roman à quinze ans, et j'aurais continué sans problème si la médecine ne m'avait pas accaparé. Toutefois, je crois que la profession médicale, plus que toute autre, permet d'appréhender au mieux la complexité de la nature humaine.

Depuis « Cruelles retrouvailles », vous avez écrit trois autres romans : à chaque fois ou presque, on retrouve deux personnages principaux face-à-face. En quoi cette situation vous paraît-elle propice à un développement romanesque ?

Sur les quatre romans, trois, en effet, sont des histoires mettant en scène deux personnages. Sans être simpliste, je crois qu'il y a des livres qui privilégient « l'aventure extérieure », et d'autres qui s'intéressent plus à « l'aventure intérieure. » Est-ce mon métier qui m'a amené à me pencher plus sur les problèmes psychologiques de la nature humaine ? C'est cette aventure-là, profonde, complexe, qui m'attire. Un roman, c'est un peu comme un repas. Quand il y a beaucoup de convives, on parle de faits, des réactions des uns et des autres, mais chacun reste sur une certaine défensive. On ne se livre pas vraiment. Par contre, quand on mange en tête-à-tête, on se libère. La confrontation des personnalités est, je crois, plus forte.

Cette année marque le 40 e anniversaire de mai 68 : comment avez-vous vécu ces événements ?

En mai 68, j'étais étudiant en médecine, directement confronté aux événements. Pour être franc, jusque-là, je passais mon temps à travailler et j'avais décidé de me marier cette année-là (beaucoup trop jeune, du reste ! Mais c'était l'époque). J'étais adepte de la non violence. Ces événements m'ont surpris, inquiété, car je pense qu'à tout moment, ils pouvaient déraper dans une extrême violence. Mais je les ai vécus totalement, en participant aux discussions, aux manifestations, sans jamais envoyer un pavé. C'était incompatible avec mes convictions. Contrairement à ceux qui, par la suite, ont changé de bord, ont craché sur ce qu'ils avaient adoré, moi qui n'ai rien adoré à l'époque, je reconnais que mai 68 a été, dans ma vie, le début d'un bouleversement psychologique.

En quoi cette période a-t-elle eu une influence sur votre pensée et vos engagements futurs ?

Grâce à mai 68, j'ai pris conscience de l'injustice, de l'importance de l'équité homme-femme, de cette soif de liberté (droit à la contraception, à l'avortement, doit de mourir dignement, droit de ne pas souffrir...), du besoin de dignité, de la nécessité de partager le pouvoir (le non-cumul des mandats, la rotation des tâches, le plaisir du pouvoir collectif...), etc. Toutes ces valeurs, je les ai puisées dans ce souffle étonnant de mai 68 et je fais partie de ceux qui disent : « J'ai été heureux de vivre cette période, je crois ne pas avoir trahi mes idées de jeunesse, j'ai essayé modestement de les faire vivre. » Je suis donc un « soixante-huitard » non pas attardé, comme le veut l'expression péjorative, mais « heu-reux ». Quand on voit la montée actuelle de l'obscurantisme, on se dit que cette période, malgré ses défauts, ses excès et ses erreurs, a été un sacré souffle de liberté. De quoi faire bien des jaloux !
Ton silence est un baiser
Franck Gautier, chercheur en virologie, s’envole de Paris pour Boston, où il doit participer à un congrès international : il s’agit, pour les scientifiques, de trouver une parade à l’épidémie mondiale provoquée par le virus NKV2.
Aux États-Unis, Franck retrouve Maud Lafitte, une ancienne collaboratrice de son laboratoire, avec qui il entretient une liaison depuis quinze ans, même si la jeune femme a tenté, l’année précédente, de mettre une certaine distance entre eux. Leurs retrouvailles seront intenses, d’autant que Maud, lors du congrès, émettra une proposition qui va faire scandale… Un beau roman d’amour, qui s’articule autour des voix des deux personnages, chacun prenant tour à tour la parole pour raconter les événements, faire part de ses émotions et de ses réflexions.

Propos recueillis par Yves Loisel Rencontres Denis Labayle dialoguera avec les lecteurs le mardi 13 mai à 11 h 30, au siège de la compagnie Brit Air à Morlaix et, le même jour, à 18 h à la médiathèque de Lannion.


Photo Yves Loisel
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