Sur le terrain, le mouvement des pêcheurs s ’ est amplifié hier , avec le blocage de nouveaux dépôts de carburants . Aux dépôts de L a Rochelle (Charente-Maritime) bloqués depuis dimanche, et de Frontignan près de Sète (Herault) depuis lundi, se sont ajoutés hier des dépôts à Fos-sur-mer (Bouches-du-Rhône), Port - la - Nouvelle (Aude, et Caen (Calvados).
Blocus à Saint-Brieuc
A Saint-Brieuc, le port du Légué a été bloqué à toutes les embarcations (commerce et plaisance). Un câble a été tendu entre les deux berges, sur les communes de Plérin et de Saint-Brieuc. Le blocus devrait se poursuivre aujourd’hui. Boulogne-sur-mer, premier port de pêche français, a également été bloqué, mais pour protester contre la réduction des quotas de prises de cabillaud. Le ministre de la Pêche Michel Barnier , a confirmé qu ’ il comptait « intensifier, accentuer, compléter » les aides prévues dans le plan d ’ aide aux pêcheurs présenté en janvier. C’est l’objet de la réunion qui doit se tenir ce matin à Paris du comité chargé de surveiller .
Feu vert partiel
De son côté , Nicolas Sarkozy a promis « d ’ examiner la situation individuelle des entreprises de pêche en difficulté » et demandé au gouvernement « d ’ adapter » les mesures du plan d ’ aides de 310 millions d’euros sur trois ans annoncé en janvier. La Commission européenne n ’ a cependant donné hier son feu vert qu ’ à une partie du plan, réservant sa réponse sur la principale mesure : celle qui prévoit une enveloppe de 230 millions sur trois ans pour moderniser, restructurer et assurer la viabilité de la flotte de pêche française.
« Le prix à payer »
Cette mesure doit encore être examinée, pour voir si elle respecte la législation européenne en matière d ’ aides d ’ Etat . Le Comité national des pêches maritimes a rappelé hier que « la profession attendait des solutions lisibles, immédiates et efficaces » dès aujourd’hui. Si ces dernières n’étaient pas compatibles avec les règles communautaires, il appartient à l’État de s’en affranchir. C’est le prix à payer pour sauver la pêche française ». « A défaut, le comité soutiendra l’ensemble des mouvements de grève qui seront initiés », a-t-il prévenu. « Au bout du rouleau », p lusieurs centaines de pêcheurs ont prévu de manifester à Paris . Trois autocars ont été affrétés pour se rendre dès 8 h devant le ministère de l’Agriculture et de la Pêche.
Coup de gueule de Pierre Labbé, poissonnier à Merdrignac (22) et président de la Fédération des poissonniers bretons.
Certains pêcheurs accusent les poissonniers de profiter de la crise pour faire grimper leurs marges. Qu’en pensez-vous ? Les poissonniers en ont marre de se faire traiter d’escrocs. Il faut savoir que c’est la qualité qui fait le prix. En règle générale, les artisans poissonniers achètent du poisson de catégorie E. C’est du poisson vivant, pêché dans la nuit précédant la vente. Ce poisson est vendu plus cher à la criée. Quand on nous parle d’un rouget barbet acheté par des poissonniers à 2 euros le kg en criée, c’est un rouget déclassé en catégorie B qui ne peut pas être présenté en étal au consommateur. Il peut être fileté ou vendu pour la transformation, mais il est moins bien valorisé. Un rouget de catégorie E, c’est plutôt entre 7 et 10 euros qu’on l’achetait ces temps derniers. En général, le bénéfice d’un poissonnier est compris entre 1,5 % et 1,8 % de son chiffre d’affaires.
Comment se porte la consommation de poisson ? Elle ne se porte pas bien depuis le début de l’année. D’après un sondage, le chiffre d’affaires des poissonniers est en baisse de 18 %, alors que le prix du poisson est normal, voire plutôt à la baisse. Ce sont les consommateurs qui ne suivent pas. Je pense qu’ils en ont marre d’entendre parler de la crise de la pêche. Le gazole est cher, mais les pêcheurs en font trop. Ils finissent par se mettre les consommateurs à dos. Qu’ils arrêtent aussi de tirer sur les poissonniers. On veut une filière unie. Les poissonniers feront tout pour aider les pêcheurs, à condition qu’ils leur proposent du bon poisson.
« Il y a un problème spécifiquement français qui tient à la promesse que le président de la République a faite aux pêcheurs », a commenté hier le président de la Région Bretagne Jean-Yves Le Drian. Il s’exprimait en marge des premières journées maritimes européennes à Bruxelles. « En Ecosse, par exemple, on ne voit pas de manifestations comparables », a-t-il souligné. « Nous sommes confrontés à une crise de la pêche. Je suis convaincu que la maîtrise des pêches et la préservation de la ressource ne passent pas seulement par la casse des bateaux. Il faut jouer sur le renouvellement. Si l’on empêche le renouvellement des flottes, nous nous exposons à des risques de sécurité », a-t-il poursuivi. Dans une déclaration publiée hier, conjointement avec Michel Vauzelle, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, il demande « à l’Europe de bien considérer, dans sa politique de gestion des ressources halieutiques, que la pêche n’est pas uniquement une activité économique parmi d’autres, mais qu’elle est un élément de base de leurs communautés littorales ». Le président de la région Bretagne s’est par ailleurs dit « confiant » dans le fait que l’Union européenne autorise le plan d’aides aux pêcheurs mis en place par le gouvernement français.