« C’est un plan sans précédent, un plan qui va se mettre en place à partir du 1 e r février », a expliqué hier Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture et de la pêche. Le président de la République s’y était engagé lors de son escale mouvementée en novembre dernier au Guilvinec. Il a sorti hier son plan d’aide et d’action, qui a un objectif : permettre aux bateaux, aux équipages, dans une sale passe avec la flambée du gazole, de retrouver leur viabilité. « Il ne s’agit pas d’envoyer un chèque à chaque bateau pour compenser le prix du gazole ! », a averti le ministre car « c’est ce qui avait été fait auparavant et qui a été condamné par la Commission européenne ». Ce sont donc des mécanismes « un peu plus compliqués, qui devront être décentralisés » qui ont été présentés. Ils seront notifiés à Bruxelles. Pas question cette fois d’être hors-jeu... Et où est passé le litre de gazole à 30 centimes ? « On doit y arriver avec ce plan », a répondu le ministre.
Éco-contribution prélevée à la fin du mois
Le plan comprend des mesures sociales, sur l’attractivité du métier, sur la sécurité. Il sera financé pour une bonne part par l’éco-contribution, de 2 % prélevée sur la vente du poisson par les poissonniers dont le chiffre d’affaires dépasse 760.000 euros et la grande distribution. Cette éco-taxe, votée par l’Assemblée en décembre dernier, devrait rapporter 80 millions d’euros par an, soit 240 millions sur trois ans. Comment sera-t-elle redistribuée ? Le dossier n’est toujours pas encore bouclé. Ce que l’on sait : l’éco-taxe sera prélevée pour la première fois dès la fin de ce mois de janvier, en même temps que la TVA. Outre l’éco-taxe, le plan sera alimenté par les fonds européens et l’Etat.
Modernisation et sortie de flotte
Le plus gros volet du plan touche à la modernisation des bateaux, à l’aide à la réduction de la consommation de gazole. L’enveloppe, d’un total de 230 millions d’euros comprend aussi le financement d’un plan de sortie de flotte, tout particulièrement destiné aux chalutiers les plus anciens. Combien de bateaux partiront à la casse ? Trop tôt pour le dire puisque seuls partent les volontaires. Des mesures sociales au profit des équipages seront « systématiquement » attachées à chaque sortie de flotte et notamment des aides à la reconversion. Ces sorties contribueront aussi à résorber la surcapacité qui existe sur certaines pêcheries.
Coup de pouce aux jeunes
Par ailleurs, 25 millions sur la durée du plan sont prévus pour accompagner les entreprises et les marins contraints de rester à quai pendant les périodes « d’inactivité forcée » comme par exemple les fermetures de pêcheries. Le gouvernement veut donner un coup de pouce aux jeunes patrons qui s’installent : 15 millions d’euros sont prévus pour les réductions des intérêts d’emprunts. Le chapitre sécurité n’a pas été oublié : 9 millions sont des tinés à doter chaque professionnel d’une balise individuelle ; 11 millions pour l’équipement en vêtements à flottabilité intégrée et en systèmes AIS, système automatique d’identification, pour les navires de plus de 15 mètres. Ce plan « sans précédent » va être passé à la loupe par les professionnels qu’ils soient du Guilvinec ou de Boulogne. Ils verront alors s’ils y trouvent leur compte. Ou pas.
« On va faire nos comptes... »
Comité national des Pêches et comité de crise ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde. Hier, assurent-ils, ils ont parlé à Nicolas Sarkozy d’une seule voix.
Philippe Le Moigne, porte-parole du comité de crise.
« Ce plan peut nous aider à aller vers une résolution de la crise », estimait Philippe Le Moigne, le Guilviniste porte-parole du comité de crise. « Maintenant, il faut que l’on mette tout cela à plat. Il faut qu’on prenne le temps d’étudier tout cela. Il faut qu’on compte ». « Il ne faut pas crier victoire trop vite commentait Patrice Donnart, du Guilvinec. On va retourner chez nous faire les comptes. Mais nous sommes en phase sur les méthodes de travail, sur la pêche durable », a-t-il poursuivi.
Pierre Georges Dachicourt, président du Comité national des pêches. « Un plan global, c’était ce que voulaient les pêcheurs », soulignait quant à lui le président du Comité national des Pêches, Pierre Georges Dachicourt. « Il y a de quoi satisfaire les uns et les autres », selon lui. « L’important pour les hommes, a-t-il ajouté, c’est qu’ils retrouvent dans les mois qui viennent cela sur leur fiche de paie ». « Les différentes mesures semblent répondre aux attentes exprimées par la profession », a fait savoir hier soir le CNPM dans un communiqué. Les professionnels suivront de près le comité de suivi qui sera piloté par Michel Barnier et « qui permettra de valider et de vérifier les modalités d’application en fonction des spécificités portuaires et des métiers de la pêche ».
Sylvie Roux, Union maritime CFDT. Ce qui a marqué Sylvie Roux, (CFDT) « c’est la reconnaissance de la difficulté du métier, l’envie de faire quelque chose pour lui donner de la viabilité ».
Le Président de la République aura l’occasion de redire son attachement aux pêcheurs : il devrait faire à nouveau escale dans un port « dans quelques jours ». Il n’a pas encore dit sur quels quais ses pas l’entraîneraient...