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VENDEE GLOBE 2008
 
Crise de la pêche Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Plan Barnier. Prime à la pollution ?

De vieux bateaux de pêche que l’on désosse en moins d’une heure à la pelleteuse ! L’image arrache les larmes des marins-pêcheurs. Mais aussi l’indignation des écologistes qui dénoncent la pollution qui en découle.

Résidus d’hydrocarbures, eaux polluées, mousses et matières plastiques diverses, PCB dans les équipements électriques, fluides hydrauliques, frigorigènes, amiante dans les calorifugeages, les cloisons et les revêtements de sol... On trouve de tout dans un vieux bateau, et encore plus quand on l’éventre pour le broyer en mille morceaux.
« Un plan Alang »
L’association de défense de l’environnement Robin des Bois a été la première à dénoncer les conditions de destruction de ces bateaux. Son porte-parole Jacky Bonnemains n’y est pas allé par le dos de la cuillère en parlant d’un « plan Alang » à la française. Selon lui, on démantèlerait des navires en fin de vie sans mesure de précaution pour les hommes et l’environnement, « exactement comme sur les plages de la baie d’Alang, du Pakistan ou du Bangladesh ! ». Et tout cela cautionné, subventionné par la France et l’Europe. Le chagrin des patrons qui voient disparaître leur outil de travail ? « Des larmes de crocodile », selon l’association qui rappelle le montant des primes touchées à l’occasion de ces destructions financées. Jusqu’à 600.000 euros pour les plus grosses unités. Comment procédait-on avant ? Le bateau était parfois revendu et partait vers un pays pauvre ou on l’abandonnait au fond d’un estuaire ou sur une grève. Puis on s’est mis à les couler (océanisation) ou à les incendier ; deux procédés aujourd’hui interdits.
Le ministre s’étonne
Sans véritable filière de dépollution et de déconstruction et surtout à cause de coûts de traitement rédhibitoires, la situation s’est rapidement enfoncée dans le flou. Rien n’est clairement demandé aux propriétaires qui font d’autant mieux avaler la pilule sous le coup d’une émotion réelle ou feinte. Mais les choses pourraient évoluer depuis que le ministre de la Pêche et de l’Agriculture, Michel Barnier, s’est emparé du dossier. Interpellé la semaine dernière par l’association Robin des Bois, l’ex-ministre de l’Environnement a paru étonné par les modalités de déconstruction de ces navires de pêche. Il a ajouté que le versement des primes ne devrait être effectué qu’après démonstration d’une démolition soucieuse de l’environnement et qu’une enquête de ses services avait été diligentée à ce sujet.
Démolitions pilotes
Une dizaine de coques (sur les 180 annoncées en sortie de flotte) sont actuellement prises en charge par des entreprises spécialisées. C’est le cas de Stereden Vor et le Red an Amzer à Concarneau, d’autres coques en Irlande ou en Belgique (à Gand par la société Galloo). Une demi-douzaine devrait également être traitée par Véolia, à Bassens, près de Bordeaux.
Deux poids deux mesures ?
Ailleurs que dans ces chantiers-pilotes, ces coques sont-elles suffisamment dépolluées avant le découpage de l’acier ? Les cales et les slipways sur lesquels sont effectués les travaux répondent-ils toujours aux normes en vigueur ? La plupart du temps, les résidus polluants finissent au fond du port et viennent souiller les vases (toxicité des remblais de dragage). Et la santé des ouvriers œuvrant sur ces chantiers ? Sont-ils suffisamment protégés contre les particules d’amiante libérées dans l’air lors de la découpe des cloisons et des compartiments machine ? Y aura-t-il deux poids et deux mesures en matière de démantèlement de navires en fin de vie ? D’un côté, les méchants militaires et leurs bateaux gris (ex-Clemenceau) et de l’autre, les pauvres marins-pêcheurs effondrés par la destruction de leur vénérable outil de travail.
36 bateaux bretons à la casse
Les premiers bateaux inscrits au plan de sortie de flotte ont été cassés, ou ferraillés par des entreprises spécialisées. Revue de détail d’un plan qui va amputer une partie de la pêche bretonne.
Théorie et pratique. Le plan de sortie de flotte, mesure-phare du plan Barnier, vise deux objectifs. Permettre une sortie par le haut des entreprises en difficulté, en rachetant le navire, et diminuer l’effort de pêche global pour préserver la ressource. Ce plan devrait aussi en théorie permettre la modernisation de la flotte. L’argent dépensé pour les vieilles unités devant permettre l’achat d’unités plus modernes. Dans les faits, il s’agit d’un véritable plan de casse, et très rares sont les unités neuves en construction.
36 bateaux bretons. Sur 140 navires concernés, 36 sont bretons. Premier quartier maritime touché, Le Guilvinec (22 bateaux). Suivent Lorient (6) et Saint-Brieuc (3).
Tous les types, toutes les pêcheries. La liste du plan de casse a été faite en fonction des pêcheries, de l’anguille à l’anchois en passant par les espèces profondes. Première pêcherie concernée, le cabillaud en Mer celtique. Neuf chalutiers, tous du Guilvinec, partent à la casse. Sont aussi bien concernés de vieilles unités en bois de 12 m que des chalutiers en ferraille de plus de 20 m. Les deux plus grosses unités, de 36 m, sont deux chalutiers semi-industriels de Lorient.
Pas tous élus. 215 dossiers ont été déposés. Quatre-vingt-dix ont été retenus sur une première liste. 54 l’ont été sur une seconde liste.
40 millions d’euros. L’enveloppe globale est de 40 millions d’euros. 30 millions d’euros viendront du budget de l’État et 10 millions d’euros de Bruxelles. Le patron d’un chalutier de 20-24 m devrait ainsi percevoir autour de 400.000 €. La somme la plus élevée ira à un chalutier de 24 m du Guilvinec : 600.000 €.
Échange de navires. Certains



bateaux sont inscrits sur une bourse d’échange. Le Cèdre Bleu, chalutier de 24 m de Loctudy, était ainsi prévu au plan de casse. Mais il a été échangé contre le Notre-Dame de Kerizinen, vieux caseyeur en bois basé à Morlaix, qui sera cassé à sa place. Le Cèdre Bleu sera transformé en caseyeur.
Déconstruction compliquée. Si les petites unités en bois vont être en majorité cassées dans leurs ports d’attache, le cas des chalutiers en ferraille est plus complexe. En Bretagne, des entreprises spécialisées sont rares. Le convoyage est à la charge des propriétaires. Une fois fournies les preuves de la destruction, les fonds sont versés.
« Une solution douloureuse » pour les marins
Robin des Bois a mis le doigt sur un sujet qui ne manquera pas de secouer la communauté des gens de mer.
Comité régional des pêches . Dans une réponse adressée à l’association, le Comité régional des pêches de Bretagne évoque « les réactions d’étonnement de la part de professionnels concernés ». « Il paraît étonnant aujourd’hui que des navires soient démolis dans les conditions que vous décrivez et que vous comparez à la situation désastreuse dans les pays en voie de développement. Votre parallèle avec Alang est scandaleusement exagéré ». « Dans l’hypothèse où vous auriez réellement constaté des dérapages, merci d’être plus précis et d’éviter une généralisation d’un éventuel problème à l’ensemble du territoire ». Le permanent du comité ajoute qu’il faut impérativement prendre en compte l’aspect humain du problème. « La démolition des navires étant en soit une solution douloureuse ressentie par la collectivité maritime. Et l’on tape une fois de plus sur une profession qui n’a pas besoin de cela en ce moment ! ». En réponse, l’association enfonce le clou en renvoyant vers un blog illustrant abondamment ces dernières déconstructions « à la sauvage ». (http://bleboy.club.fr/batdet.htm)

Philippe Le Moigne, président de Mor Glaz. « J’ai cassé mon bateau, le Mam Goz, il y a deux jours sur le slipway du Guilvinec, qui est prévu pour récupérer, notamment, tout ce qui est eau polluée. Pour éviter la polémique, je l’ai fait là, plutôt qu’en cale sèche à Lesconil, mon port d’attache, même si ça m’a coûté de l’argent de le sortir de l’eau », explique Philippe Le Moigne, président de la coopérative Ar Mor Glaz et bénéficiaire du plan de casse. Le Mam Goz, un chalutier en bois de 13 m, a « été entièrement dépollué avant d’être cassé. On a enlevé les batteries, on a tout nettoyé. Il ne restait que le bois et la ferraille. Forcément, le bois peut-être un peu imbibé de gazole, mais il ne faut pas pousser, un bateau qu’on casse, ce n’est pas l’Amoco Cadiz ». Quant à l’amiante, « elle est interdite depuis trente ans sur les bateaux. Il y en avait un peu, notamment sur les échappements, mais il n’y en a plus ».

La liste des bateaux
Cabillaud Mer du Nord, Ouest Ecosse, Mer d’Irlande (code pêcherie A)
Moorea, Le Guilvinec, inscrit à la bourse d’échange. Le Cèdre bleu, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange. Taranis, Le Guilvinec, Le Guilvinec, inscrit à la bourse d’échange.

Cabillaud Mer celtique (code pêcherie B)
Kaliste, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange ;
Santez Anna, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange ;
Red an Amzer, Le Guilvinec, inscrit à la bourse d’échange ;
Les Embruns, Le Guilvinec, inscrit à la bourse d’échange ;
Bugel ar Mor, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange ;
Mejou Braz, Le Guilvinec, inscrit à la bourse d’échange ;
Veronika, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange ;
Jericho, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange ;
Jacques de Thézac, Le Guilvinec, inscrit à la bourse d’échange.


Sole Manche ouest (code pêcherie C)
Korrigan, Le Guilvinec, inscrit à la bourse d’échange
File au vent, Pont-l’Abbé, inscrit à la bourse d’échange
Laraoul, Saint-Brieuc, inscrit à la bourse d’échange
Coucoune, Saint-Brieuc, non inscrit à la bourse d’échange.

Sole Golfe de Gascogne (code pêcherie D)
Léa Marie, Lorient, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange.

Espèces profondes (code pêcherie E)
Steereden Vor, Le Guilvinec, inscrit à la bourse d’échange
Mariette le Roch, Lorient, non inscrit à la bourse d’échange
Simon Keghian II, Lorient, non inscrit à la bourse d’échange.

Anguille (code pêcherie F)
Feu Follet, Lorient, non inscrit à la bourse d’échange ;
Flibustier, Lorient, non inscrit à la bourse d’échange.

Cabillaud Mer du Nord, Ouest Ecosse, Mer d’Irlande (code pêcherie A)
Surfer, Concarneau, non inscrit à la bourse d’échange ;
Saint Eloi, Concarneau, non inscrit à la bourse d’échange ;
Vincent-Sébastien, Concarneau, inscrit à la bourse d’échange ;
Saint Siméon II, Concarneau, non inscrit à la bourse d’échange ;
Cap 2000, Concarneau, non inscrit à la bourse d’échange ;
L’Père Georges, Concarneau, non inscrit à la bourse d’échange ;
Saint-Michel, Concarneau, non inscrit à la bourse d’échange ;
Narval, Concarneau, non inscrit à la bourse d’échange ;
Albator II, Le Guilvinec, inscrit à la bourse d’échange ;
Notre-Dame-du-Verger 2, Saint-Malo, non inscrit à la bourse d’échange ;
Kas Dei, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange ;
Corsica, Saint-Brieuc, inscrit à la bourse d’échange ;
Mam Gaz, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange.

Cabillaud Mer celtique (code pêcherie B)
Notre Dame de Trémoor, Concarneau, non inscrit à la bourse d’échange ;
Kuzh Heol, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange.

Sole Golfe de Gascogne (code pêcherie D)
Karyann, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange ;
Nominoë V, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange ;
Flèche blanche, Le Guilvinec, non inscrit à la bourse d’échange ;
Jordjy, Lorient, non inscrit à la bourse d’échange

Stéphane Jézéquel. 19/09/08.


Le File au vent, ancien chalutier coquillier de 11,50 m construit en 1970, est la troisième unité détruite en une semaine dans le port d’Erquy (22).
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