La France et l’Espagne ont plaidé hier pour des aides financières à l’occasion d’une réunion des ministres européens de la Pêche en Slovénie. « Je songe à une forme d’intervention européenne directe », a précisé Michel Barnier, assurant que plusieurs pays membres étaient aussi sur cette ligne. Une proposition commune en ce sens doit d’ailleurs être discutée lors de la réunion des ministres européens de la Pêche à Bruxelles en juin. En parallèle, la France a réitéré sa demande d’un relèvement des plafonds d’aides nationales autorisées pour la pêche. Paris est soutenu sur ce point par des pays comme l’Italie et l’Allemagne.
Mobilisation européenne. En attendant, les pêcheurs ont continué à élargir le mouvement. Des pêcheurs d’Italie, du Portugal et d’Espagne ont appelé à une grève illimitée à partir d’aujourd’hui. Une action est prévue en fin de semaine à Bruxelles, tandis que des représentants des comités locaux de pêche de Bretagne sont invités à se rendre à une manifestation vendredi à Madrid.
Lorient : carburant gratuit. A Lorient, les pêcheurs artisans, qui ont reconduit leur mouvement de grève, ont investi deux stations Total situées sur la RN165, à hauteur de Guidel. De 13 h à 17 h 30, ils ont distribué du carburant aux automobilistes. À la station de Guidel Nord, 21.000 litres ont été prélevés, soit un préjudice de 35.000 €.
Quimper. Razzia dans les grandes surfaces. A Quimper, 150 pêcheurs guilvinistes ont écumé grandes surfaces et grossistes en produits surgelés. Promocash, Metro et Géant ont ainsi fait les frais de distribution de produits de la mer aux automobilistes sur les ronds-points quimpérois. Des camions frigorifiques ont également été interceptés et fouillés. Une manifestation est prévue demain à 14 h.
Le Nord-Finistère solidaire. En dépit d’un vote unanime en faveur de la reprise prononcé dès vendredi dernier, le comité local des pêches du Nord-Finistère, s’est rangé à la position de l’ensemble de la profession. « Nous apportons notre soutien pour faire peser le débat à l’échelle européenne », explique Jean-Jacques Tanguy, président du comité qui représente 800 marins et 280 navires répartis entre Le Conquet et Morlaix. La flottille, essentiellement composée de caseyeurs et de fileyeurs qui travaillent durant les mortes eaux, ne pourra pas reprendre la mer avant le 7 ou 8 juin.
Saint-Quay-Portrieux. Face-à-face avec les CRS. A Saint-Quay Portrieux, une centaine de CRS et de gendarmes ont bloqué tous les accès du port, où se tenait une réunion d’une centaine de pêcheurs de la baie de Saint-Brieuc. Le face-à-face n’a donné lieu à aucun incident.
Les agriculteurs aussi. A Sainte-Sève, près de Morlaix, près de 200 agriculteurs se sont rendus par la RN 12 jusqu’à la station Total de Penprat, à Guiclan où ils ont dérouté et filtré la circulation. Leur objectif était de contrôler les camions pour constater la présence éventuelle de fruits et légumes, voire de poissons importés. Scénario similaire au nord de Brest. Une cinquantaine d’agriculteurs et de représentants d’entreprises de travaux agricoles se sont positionnés sur le rond-point de Pen-ar-C’hleuz à l’heure du retour du travail. Résultat, un embouteillage monstre qui a congestionné l’un des principaux accès à la ville. Avant de lever leur siège, les agriculteurs ont prévenu. « On reviendra demain (aujourd’hui, ndlr) s’il le faut, mais sans doute pas au même endroit ».
Assurer un salaire sur la base d’un gazole à 40 centimes le litre. La mesure est bien celle qu’attendent les marins-pêcheurs pour reprendre la mer.
Depuis le début de la semaine, les assemblées générales organisées dans les ports ont pourtant jugé que l’aide annoncée par Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture et de la Pêche, ne correspondait pas à cette attente. Avant de se rendre à Quimper pour de nouvelles actions contre la grande distribution, les marins bigoudens ont pris connaissance hier de l’instruction ministérielle pour l’application de l’aide d’urgence. Une circulaire qui n’a fait que raviver les inquiétudes.
Les patrons armateurs exclus
Les pêcheurs doutent de la pérennisation de l’aide qui sera versée « dans la limite des crédits alloués ». Mais la petite phrase qui a remis le feu aux poudres concerne l’exclusion des patrons armateurs. « C’est le cas de plus de 80 % des patrons bigoudens. Dans certains, cas ils n’auront pas de salaire. On dirait une volonté de mettre de l’huile sur le feu », martelait hier Bernard Le Brun, l’un des nouveaux porte-parole du comité de crise bigouden.
Pour Alain Le Venec, président de l’Association bretonne des acheteurs des produits de la pêche (Abapp) implantée à Concarneau, la profession se retrouve « entre le marteau et l’enclume ». « Certaines entreprises sont déjà en chômage technique, d’autres ont donné des congés payés, ou ont font récupérer des heures sup ou des RTT ». La Bretagne compte environ 180 mareyeurs employant au total près de 2.000 personnes.
La Scapêche, premier armement français de pêche fraîche et filiale du groupe Les Mousquetaires, a décidé hier de rapatrier ses 17 navires et 220 marins par solidarité avec le mouvement des pêcheurs. L’arment lorientais demande la mise en œuvre d’un mécanisme européen pour préserver le métier et l’implication de l’Ifremer pour être réactifs face aux évolutions de la ressource.
Plusieurs centaines de routiers et leurs poids-lourds ont envahi hier le centre de Londres et encombré l ’ un des principaux accès à la capitale pour protester contre la hausse des prix du carburant. Ils ont appel é le gouvernement de Gordon Brown à baisser pour les entreprises de transport routier la taxe sur les carburants.