Fer de la lance de la contestation des pêcheurs, le port du Guilvinec a repris son activité hier. Dès son retour de Paris mercredi soir, Philippe Le Moigne, président du comité de crise, avait expliqué, propositions du ministre en main, que le travail reprendrait à l’issue d’une assemblée générale, prévue à 10 h, hier, à la criée. Et les choses n’ont pas traîné. Micro en main devant près de 300 pêcheurs, le porte-parole a tenu à « remercier tous ceux qui se sont mobilisés et qui ont permis que le monde de la pêche soit entendu ».
Pétition contre Dachicourt
À main levée, la grande majorité des grévistes a voté pour la reprise du travail, avant de se ruer sur une pétition demandant la démission de Pierre-Georges Dachicourt, président boulonnais du Comité national des pêches. Si les quais, déserts et silencieux depuis une semaine, avaient repris vie dès le lever du jour, la reprise est loin de s’être effectuée dans l’enthousiasme. De nombreux marins restent dans l’expectative quant à la concrétisation des promesses du ministre de la Pêche, Michel Barnier. Une impression confirmée par le doute semé dans les esprits qui ont eu connaissance, en fin d’après-midi, des avertissements de Bruxelles sur l’éventuelle incompatibilité des aides à la compensation du prix du gazole (lire ci-contre).
Baisse des charges portuaires
En attendant, la CCI de Quimper et le conseil général du Finistère ont proposé une baisse des charges portuaires de 1 % (pêcheurs et acheteurs) dans tous les ports de Cornouaille. Cette mesure applicable depuis le 6 novembre le restera jusqu’à la mise en place du dispositif national, soit au plus tard le 31 décembre.
Hésitation à Lorient
Du côté de Lorient, la décision de reprendre la mer a mis beaucoup plus de temps. Il a fallu une heure et demie d’échanges parfois vifs pour que les pêcheurs se décident. « On repart en mer, mais si on n’a pas d’aboutissement, en janvier on refait un gros bordel. » A la question de l’eurocompatibilité, Christophe Guillevin, porte-parole du comité de crise répond : « C’est au gouvernement de se débrouiller avec Bruxelles. Ils nous ont garanti le gazole à 30 centimes. Comment vont-ils faire ? On s’en fout. Ça n’est pas notre problème. » Pourtant, pour les matelots, le compte n’y est pas. Pour eux, le déclencheur de la crise n’est pas seulement le prix du carburant, mais aussi le manque de pêche depuis deux mois. « Avec ce qu’on a là, je ne repartirai pas » explique l’un d’eux. Mais on n’a pas le choix ».
Rester vigilants
Quant aux pêcheurs de la baie de Saint-Brieuc, c’est sans enthousiasme qu’ils ont décidé de reprendre la mer à l’issue d’une réunion au port de Saint-Quay-Portrieux hier. Yann Thomas et Alain Coudray, président et vice-président du comité local, ont d’abord voulu soumettre la question au vote, avant d’écouter leur base et laisser à chacun le libre arbitre. Mais la reprise dans la plupart des autres ports, a, semble-t-il, sonné le glas pour les durs du mouvement qui souhaitaient poursuivre l’action. Néanmoins, les responsables du comité local des pêches ont rappelé hier qu’ils allaient rester vigilants.
La Commission européenne a mis en garde la France hier en prévenant que le mécanisme de compensation qu ’ elle envisage s ’ apparente à une aide d ’ Etat illégale du point de vue communautaire. « D ’ après les quelques éléments dont dispose la Commission, ce serait une aide au fonctionnement qui ne serait pas compatible avec les règles communautaires », a prévenu hier la porte-parole de la Commission chargée des dossiers de la pêche, Mireille Thom. De telles aides ne sont possibles « que dans certaines conditions, dans le cadre de plan de sauvetage et de restructuration des entreprises en difficulté » , a-t-elle fait valoir. De surcroît, la porte-parole a estimé à l ’ adresse de la France que le meilleur moyen de réagir « n ’ est pas de donner des subventions mais de s ’ attaquer aux problèmes de fond » et donc de s ’ atteler à « la restructuration de la pêche » . De son côté, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet a affirmé ne « pas avoir entendu la Commission parler d’aides illégales ». Selon lui, Michel Barnier va s’entretenir prochainement du sujet avec le commissaire européen à la Pêche Joe Borg. Le gouvernement devrait alors mettre en avant l’effort de modernisation en vue de rendre la flotte moins gourmande en énergie.
Le Conseil d ’ administration de la Caisse nationale d ’ assurance vieillesse (Cnav) a exprimé hier son « profond désaccord » avec les exonérations de charges sociales en faveur des marins-pêcheurs . Il estime en effet que « les cotisations sociales ne doivent pas servir de variable d ’ ajustement au règlement des conflits sociaux ou des difficultés économiques rencontrées par certaines entreprises ou professions » .