Il est l’un des 1.200 marins bigoudens. L’un de ceux qui s’étaient mobilisés pour dire la difficulté d’une profession confrontée à la hausse du prix du gazole. L’un de ceux à interpeller le président Sarkozy, le 6 novembre dernier, lors de sa venue sur les quais, en plein mouvement de grève. Depuis, la seule vidéo de l’échange, réalisée par Christophe Boucher, reporter image du Télégramme, a été vue par 300.000 internautes et a mobilisé jusque dans les rédactions parisiennes. On ne connaissait de lui que son surnom, Juju. Matelot depuis bientôt quatre ans, Julien Guillamet, 21 ans, alterne les marées de 15 jours et trois à quatre journées de repos à terre. Il est matelot à bord de l’Albator II, un chalutier hauturier de 24 mètres, basé au Guilvinec.
Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis le 6 novembre dernier ? « Pour le moment, on bénéficie de l’abattement des charges sociales. Pour une marée de 15 jours, pour moi ça représente 230 € de plus. Mais vu que le gazole a continué à augmenter, c’est comme avant, même si, en ce moment, ça va un peu mieux parce que le poisson se vend bien ; 7 à 8 € le kg de lotte à quelques jours des fêtes.
Qu’attendez-vous des mesures annoncées ? Le gazole à 30 centimes promis, on attend toujours. On ne sait pas trop ce qu’en pense l’Europe... Ce n’est pas facile de se tenir au courant, en mer. J’attends notre assemblée générale du 29 décembre, on verra bien ce qui se dira. Mais il faut que ça change. Après les fêtes, le prix du poisson va baisser. Alors s’il faut refaire la même chose qu’en novembre, moi je suis prêt.
Justement, quels sont vos revenus ? Moi ça peut aller, contrairement à des marins qui gagnent 300 à 400 € pour une marée de 15 jours. 1.500 € pour la dernière marée, avec de bons prix de vente du poisson, mais 700 € pour la moins bonne de l’année.
On est loin des 140 % d’augmentation que vous reprochiez à Nicolas Sarkozy, lors de sa venue sur les quais. Avec le recul, je regrette un peu d’avoir dit ces choses. C’était pas malin c’est vrai, alors qu’il venait nous aider. C’était un coup de sang. Je l’ai vu en bas... Mais je ne pensais pas qu’il allait s’arrêter là-dessus.
Le Président vous avait invité à descendre discuter. Que lui diriez-vous aujourd’hui ? Je n’allais pas me cacher, j’ai voulu descendre. On m’en a empêché. Aujourd’hui, je m’excuserais pour ce que je lui ai dit. Et je lui demanderais qu’il fasse le maximum pour nous. Il faut qu’il nous aide. Mais les gens du comité de crise sont mieux placés que moi pour en discuter.
Comment avez-vous vécu le déferlement médiatique qui a suivi cette journée ? C’est fait, c’est fait... C’était inutile. En tout cas, je ne l’ai pas fait pour qu’on parle de moi.
Malgré ces difficultés, vous envisagez votre avenir comme marin-pêcheur ? Ça fait réfléchir, c’est sûr. J’étais boulanger avant de devenir pêcheur. J’en avais marre de la boulangerie, alors j’ai fait comme toute ma famille. Changer, mais de toute façon pour quoi faire ? Surtout que j’aime bien ce métier malgré ses difficultés. Il faut seulement que le Président tienne sa parole. Comme le disait Monsieur Sarkozy, ce serait triste qu’un pays qui a trois façades maritimes ne puisse pas s’en sortir en matière de pêche. »
Réuni en assemblée générale samedi (Le Télégramme Dimanche), le comité de crise du Guilvinec a rappelé son attente de décision concrète « d’un mécanisme permettant de ramener le gazole à 30 cts ». Dans un courrier adressé à Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture et de la Pêche, le comité de crise demandait au ministre de recevoir une délégation « avant la fin de la semaine ». Hier soir, Michel Barnier a fait savoir qu’il va recevoir, jeudi en fin de matinée à Paris, les représentants des marins-pêcheurs « pour poursuivre la mise au point du plan d'action que le gouvernement prépare ».
Deux amendements au projet de loi de finances rectificative, portant sur la mise en place d’une éco-contribution pour compenser la hausse du gazole pêche, devaient être examinés la nuit dernière par les sénateurs. Le premier reprend celui approuvé la semaine dernière par les députés et prévoit la mise en place d’une taxe de 2,6 % sur les produits de la pêche, à payer lors de la première livraison. Le second, présenté notamment par Josselin de Rohan et Joseph Kerguéris, tous deux sénateur du Morbihan, prévoit l’instauration d’une taxe de 2 % sur la vente au détail. Cette formule a les faveurs des professionnels de la pêche.
Propos recueillis par Jean Le Borgne. 18/12/2007