« Les jeunes, on ne peut plus rien en faire. On ne peut plus les tenir. Il faut les comprendre. Ils sont remontés. On n’a rien eu ce matin au Guilvinec. Les gars sont là depuis six heures du matin. Si demain (ndlr : aujourd’hui), on n’obtient rien de plus à Paris, la base va forcir, c’est sûr. » Ils étaient plusieurs patrons,
hier après-midi, avenue de La Perrière, sur le port de pêche de Lorient, à tenter de raisonner une cinquantaine de jeunes matelots, particulièrement excédés, particulièrement fatigués et voulant en découdre avec les forces de l’ordre. Une base bien énervée d’avoir été stoppée à Quimper par les gendarmes, dans leur expédition guilviniste. Deux cars de pêcheurs lorientais n’ont pas pu atteindre le port bigouden où se déroulait la rencontre avec le président de la République (lire ci-contre).
Confrontation inévitable
14 h : retour à Lorient. Les premiers feux de palettes sont allumés avenue de La Perrière. Juste en face, les forces de l’ordre ont renforcé le dispositif protégeant le dépôt pétrolier. La confrontation est inévitable. 14 h 30, les premiers fumigènes et fusées de détresse volent en direction des CRS. Une pluie de projectiles s’abat sur les forces de l’ordre, qui ne bronchent pas, pendant un long moment. 15 h 15 : changement de tactique. Les CRS balayent le terrain de grenades lacrymogènes et tentent de repousser les pêcheurs. En vain. Les manifestants viennent par vagues défier les forces de l’ordre. Dans la bataille, deux d’entre eux sont blessés. Tous par des jets de balles en caoutchouc tirées par les CRS.
« On casse tout et on le ramène »
16 h 15 : une dernière salve, un matelot du Djordjy est interpellé par les CRS. Impossible d’abandonner le jeune garçon. Les esprits s’échauffent au sein même des manifestants. Christophe Guillevin, porte-parole du comité de crise, tente de calmer le jeu : « On ne va pas se taper dessus entre nous, nous non plus. Les patrons et les matelots, c’est la même chose. Ils vont juste prendre son identité. Je vais le chercher au commissariat dans une heure. » La réponse fuse : « On s’en fout ! On va le chercher. On casse tout et on le ramène. » Liliane Cariou, présidente du comité local des pêches, Régis Drouin, patron du Djordjy, bateau sur lequel le jeune interpellé est embarqué, et Jean-Luc Veille, directeur des Affaires maritimes, vont parlementer avec les forces de l’ordre. « C’est bon, un accord est trouvé », annonce Christophe Guillevin. Ils le lâchent mais à une seule condition. Il faut se disperser maintenant. Il est au poste, le directeur des Affaires maritimes va le chercher. » Bilan : trois blessés et une deuxième interpellation. Un manifestant, qui n’avait rien à voir avec le mouvement des pêcheurs. Il a été placé en garde à vue. 17 h : fin des hostilités. Les troupes fatiguées vont se reposer. Le combat continue aujourd’hui.
Sophie Paitier. 07/11/2007.