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Crise de la pêche

Pêche. Bateaux cherchent matelots

Des bateaux à quai faute de marins. Conséquence des difficultés rencontrées par une partie des entreprises, la main-d’œuvre se fait rare. La profession compte sur le nouveau plan pêche pour inverser la tendance.

« Cherche matelot, salaire annuel 30.000 € ». La petite annonce passée par le patron d’un chalutier hauturier du port du Guilvinec peut surprendre. Il y a quelques semaines, en pleine crise du gazole, les bulletins de salaires presque négatifs s’affichaient sur les quais. Aujourd’hui, certains patrons proposent de confortables salaires à qui voudra bien embarquer. Paradoxe ? « Vu le prix du gazole, toutes les entreprises de pêche sont sur le fil. Il y a pourtant encore moyen de bien gagner sa vie à la pêche », lance Pierrick Berrou, le patron du Talisman, un chalutier de 16 mètres.
La concurrence de la marine marchande
« Depuis le début de l’année, on constate que certains navires ont effectivement du mal à constituer leur équipage », note Stéphane Gatto, l’administrateur des Affaires maritimes du Guilvinec. Rémunérations, conditions de vie et de travail à bord conduisent de nombreux marins à opter pour le commerce, aujourd’hui plus attractif. « Des marins-pêcheurs partent vers l’offshore pétrolier. On ne peut pas y échapper », reconnaît à son tour Robert Bouguéon. Une conséquence des difficultés traversées par la pêche, mais pas seulement pour le président du comité local des pêches du Guilvinec. « À chaque fois qu’on casse un bateau, on perd aussi un équipage », regrette-t-il, à quelques jours de la finalisation d’un nouveau plan de sortie de flotte. Faute de main-d’œuvre qualifiée, les bateaux à effectif réduit sont en difficulté lorsqu’il faut remplacer un marin malade. Et la situation pourrait encore devenir plus compliquée pour bon nombre d’armements.
Départs pas compensés
En raison des difficultés économiques et des accidents de mer, le métier enregistre un déficit d’image, note Philippe Bothorel, le directeur du lycée maritime du Guilvinec : « Cette année nous avons recruté 28 nouveaux élèves. C’est peu. Surtout dans une activité où il n’y a pas de souci pour trouver du travail. » Seul motif de satisfaction, l’apparition du bac pro, synonyme d’emplois qualifiés. Même s’il n’évite pas nécessairement l’évasion des marins vers d’autres métiers. Dans ces conditions, les nombreux départs à la retraite à venir pourraient ne pas être compensés. Une situation qui conduit l’établissement à favoriser les contrats de professionnalisation et l’apprentissage, comme levier à la transmission d’entreprise.
Les artisans en première ligne
Une évolution anticipée par la plupart des armements structurés. « Une partie de notre investissement sur l’avenir c’est de maintenir des équipages compétents. Socialement, nous avons fait des efforts particuliers, faute de pouvoir répercuter le surcoût de l’énergie sur le prix du poisson », témoigne Alain Jadé, le patron de l’Armement bigouden (70 marins au Guilvinec). Pour les artisans, la situation est souvent plus difficile. À défaut de pouvoir conserver leur équipage, les patrons se retrouvent parfois en difficulté. En mer, ils n’ont pas toujours les moyens de s’occuper du recrutement. « C’est le rôle des structures à terre », poursuit le patron du Talisman. Évoquée à plusieurs reprises, la création d’un comité départemental des pêches pourrait répondre à cette attente.
Un équilibre à trouver
Le tableau n’est pourtant pas si noir. Si les premiers symptômes de ce manque de main-d’œuvre sont bien présents, la profession a, jusqu’à présent, trouvé des solutions pour y remédier. Les arrêts d’exploitation n’ont duré, en général, que quelques jours. Le temps de trouver un marin ou de permettre à un malade de se remettre sur pied. Aujourd’hui, elle compte sur le plan gouvernemental de compensation de la hausse du prix du gazole pour se remettre sur pied et redevenir attractive. « L’essentiel de notre ressource, ça doit rester la pêche. Si on prend bien ce tournant qui s’amorce, nous allons prendre les mesures pour changer les choses. Si, par contre, ce ne sont que des aides ponctuelles, une fois de plus, ce ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau », martèle Philippe Le Moigne, le président du comité de crise du Guilvinec. Après l’adoption du minimum garanti mensuel, la mise en place du mécanisme de compensation devra permettre à la profession de changer durablement.


Des jeunes qui croient en l’avenir
Ils viennent tout juste de perdre un de leurs camarades dans le naufrage de La P’tite Julie et de suivre la grève des pêcheurs depuis leur lycée.
Chaque année moins nombreux, les élèves du lycée maritime du Guilvinec sont pourtant confiants. Ils croient toujours en l’avenir d’une profession pourtant malmenée. Tous aspirent à vivre de la mer. Depuis le début de leur formation, ils alternent enseignement et stages en mer. Le temps de confirmer leur choix. « 75 % des jeunes qui entrent chez nous en CAP ont pour projet de devenir marin-pêcheur », confirme Philippe Bothorel, le directeur du lycée maritime du Guilvinec. L’établissement accueille 112 élèves depuis le début de l’année, soit 18 de moins que l’an passé.
Le bon bateau. Jordan Soubigou est de ceux-là : « Je ne suis pas au lycée maritime pour aller au commerce », explique l’élève de BEP. Son BEP en poche, il entend embarquer sur un chalutier hauturier. Des marées de huit à quinze jours qui détournent pourtant de plus en plus de marins de la pêche. « Moi, je préfère le rythme au large, plutôt que de rentrer tous les soirs. » Quant au salaire, il ne s’en soucie guère pour le moment : « De toute façon, il suffit de trouver le bon bateau. On verra bien comment ça se passera, c’est difficile à dire. »
Double compétence. Un sentiment loin d’être général parmi les élèves du lycée. Depuis la création du bac professionnel, ils sont de plus en plus nombreux à choisir cette voie et la double compétence au pont et à la machine. Élève en BEP mécanique, Yves Le Cloarec porte sa préférence, comme la plupart de ses camarades, à la pêche côtière. Le commerce ? « Peut-être plus tard. La mécanique ça permet aussi de travailler à terre... » Il se dit pourtant confiant du fait du travail de la profession en matière de sélectivité : « Il y aura encore du poisson à pêcher. »
Polyvalence. Un point de vue partagé par Styven Dagorn. Le jeune Capiste a son avenir tout tracé : un ligneur pour aller pêcher le bar dans le Raz de Sein. En attendant, le lycéen est prêt à prendre le large, le temps de réunir l’argent nécessaire à monter son projet. « Il faut être polyvalent, même si je préfère la pêche côtière. Mais quelque soit le métier, il faut viser la qualité. » Un métier pour la vie ? « On ne sait jamais vraiment de quoi l’avenir sera fait. S’il le faut, j’irai comme d’autres au commerce. »

Jean Le Borgne



Nombre de marins préfèrent quitter la pêche pour des salaires et des conditions de travail plus attractifs dans la marine marchande ou sur les plates-formes off-shore.
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