Philippe Le Moigne, son porte-parole, sort de la salle surchauffée à toute vitesse. Il est appelé au téléphone à l’autre bout du couloir. Au bout du fil, un conseiller de l’Elysée lui confirme la nouvelle : le président sera là demain matin en personne. Depuis déjà un bon moment la rumeur courait sur les quais.
Des noms
La surprise est quand même de taille. « C’est bien qu’il vienne mais il faudra qu’il ait des propositions à nous faire », lâche un marin pêcheur. « Pas question de lui dérouler le tapis rouge », ajoute un autre. Mais le temps presse. L’Elysée réclame des noms. Qui rencontrera le président de la République ? Pas facile de mettre tout le monde d’accord. Le ton monte. Un patron pêcheur s’énerve. « S’il n’y a personne de Loc (NDLR, Loctudy) moi j’envoie mes gars en mer et tous les autres suivront. » Un autre : « Il faudrait aussi qu’il y ait un représentant du large ». Suspendu au téléphone, Philippe Le Moigne, qui ne manque pas de patience, commence pourtant à la perdre : « Mettez-vous à ma place, j’essaie d’arranger tout le monde. Je suis avec un conseiller du président. Ce n’est pas facile. » Un nom fait l’unanimité contre lui, celui de Pierre-Georges Dachicourt, le président du comité national des pêches. Visiblement, le Boulonnais est persona non grata au Guilvinec. « S’il vient ça se passera mal », lance un pêcheur qui comme tous les autres n’a pas apprécié qu’il ait déclaré que la grève n’était pas justifiée.
Un litre à 30 centimes
18 h. Philippe Le Moigne rejoint à nouveau la salle de la criée. Cette fois, c’est pour une réunion avec le staff de la préfecture. Une visite présidentielle, même précipitée et courte, ça se prépare. Le président du comité local, Robert Bouguéon, est plutôt confiant : « Si le président vient c’est qu’il a compris le message ». Mais, pour tous, pas question de transiger sur la principale revendication : « Ce que l’on veut c’est un mécanisme qui permette de compenser la hausse du prix du gazole. Il nous faut un prix à 30 centimes du litre, un point c’est tout, souligne un pêcheur. » Sarkozy est prévenu.
Yvon Corre. 06/11/2007