La grogne ne cesse de monter dans les ports français. Qu’ils bloquent les accès ou se mettent en grève, les pêcheurs des ports de la façade atlantique, rejoints hier par plusieurs de la Manche et de la Méditerranée, protestent contre la hausse du prix du gazole. En Bretagne, après Saint-Malo (Ille-et-Vilaine),
seul le port de Saint-Quay-Portrieux a décidé de rejoindre le mouvement.
Des salaires négatifs !
Du nord au sud des côtes françaises, tous les pêcheurs dressent le même tableau noir : à environ 70 centimes de litre de gazole, la sortie en mer « n’est plus lucrative », comme le dit Bruno Thomines-Mora, patron-pêcheur à Port-en-Bessin (Calvados). Pascal Guenézan, patron du Jegwenic, chalutier de La Rochelle, a fait ses comptes. « On fait deux marées de 72 heures par semaine, ce qui représente une consommation de 3.500 litres de gazole. Soit 2.200 euros. La vente de la pêche rapporte à peu près 5.000 euros. Il en reste environ 3.000 euros. 60 % sert à payer les charges de l’armement. Le reste va à l’équipage, patron y compris. On arrive à des salaires de 800 euros par mois », explique-t-il. Francis Pupin, mécanicien à bord du chalutier Le Challenger, de Dieppe (Seine-Maritime), a même reçu « une feuille de paie négative » en septembre, au terme d’un mois de pêche insuffisante. « Je devais 172 euros à mon patron », précise-t-il.
Le feu vert de l’Europe attendu
Tous les professionnels de la pêche attendent la réunion du comité de suivi du plan d’aide de la filière, de 310 millions d’euros sur trois ans, que doit présider, demain, le ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier. A la sortie d’une rencontre avec ses homologues européens, ce dernier s’est dit prêt, hier soir, à envisager une mise en place « plus rapide » de ce plan d’aide, accompagné de « compléments » et qualifiant de « légitimes » les revendications des pêcheurs. Les mesures du plan n’ont toutefois pas encore été appliquées, dans l’attente d’un feu vert de la Commission européenne qui entend s’assurer qu’il est en conformité avec la législation de l’UE. Plus tôt dans la journée, le ministre du Budget, Eric Woerth, avait assuré que les « aides promises » en janvier aux pêcheurs seraient « versées ».
Ségolène Royal « offre » 500.000 euros
Les réactions politiques n’ont pas tardé à se faire entendre. La plus étonnante : celle de Ségolène Royal qui a annoncé, hier, le déblocage par la région Poitou-Charentes (dont elle est présidente) d ’ un « fonds d ’ urgence de 500.000 euros » pour « aider les familles des pêcheurs à vivre » . De son côté, le conseil général des Côtes-d’Armor a apporté son soutien au mouvement et assuré qu’il continuerait à mettre, à son niveau, tous les moyens en œuvre pour aider les marins pêcheurs.