Nicolas Sarkozy débarque ce matin, en plein cœur de la révolte, sur les quais du Guilvinec ! « Une réunion de travail » dit-on à l’Elysée... Il n’a pas intérêt à venir les mains vides ; pour autant, sa marge de manœuvre apparaît réduite. L’homme ne craint sans doute pas les tempêtes, mais il aura fort à faire pour calmer les éléments déchaînés.
Le président en personne
« Sarko au Guil ? N’importe quoi ! » : la rumeur a commencé à circuler, hier, dans la journée. « Il va bien au Tchad ! Pourquoi il ne viendrait pas ici ! », commentait un pêcheur. En fin de journée, l’information a bel et bien été confirmée. Les pêcheurs voulaient leur ministre de la pêche « chez eux, au Guil ! » Michel Barnier avait dit non... Les pêcheurs l’auront. Ils auront mieux encore : le président, en personne ! Super Sarko fait donc un saut à l’Ouest, avant de s’envoler illico pour les Etas-Unis. C’est avec sa casquette de « patron » qu’il va tenter d’apaiser les pêcheurs en colère.
Pas seul à la barre
Que pourra dire et apporter le président ? C’est toute la limite de l’exercice. Il va, c’est sûr, devoir louvoyer. Comme tout capitaine, il sera à l’écoute. Il aura probablement les mots pour rassurer le monde de la pêche, pour dire qu’il comprend ses problèmes. Il saura certainement dire qu’il ne se fout pas des Bretons. N’avait-il pas déclaré au printemps dernier que « chez les marins, quand on manifeste, c’est parce que l’on se sent condamné à la mort économique et à la mort sociale »... Aujourd’hui, les palabres et autres ouvertures de discussions ne suffiront pas. Nicolas Sarkozy ne peut, seul, tenir la barre sur le dossier. On sait que Bruxelles a l’œil et que la France ne pourra plus mettre en place des systèmes d’aides, comme celui du FPAP, qui permettait de compenser la hausse du carburant. Bruxelles a coupé le robinet pour cause de non-eurocompatibilité.
Qui sera l’interlocuteur ?
Un report de cotisations de charges sociales ? Des mesurettes selon les pêcheurs. Un mécanisme de salaire minimum garanti ? Ils n’en veulent pas. Hier, au Guilvinec, les professionnels estimaient que le président ne se déplaçait pas « uniquement pour leur bonne mine ». « C’est bien Nicolas Sarkozy qui avait parlé de TVA sociale ? Il pourrait peut-être la mettre en application à la pêche ! », soulignait André Le Berre, président du Comité Régional de Bretagne. Autre problème : avec qui va discuter Nicolas Sarkozy ? Il y a des bisbilles entre les métiers... Il y a plus que des bisbilles dans la profession : certains ne veulent pas voir Pierre-Georges Dachicourt, président du Comité national des Pêches, au Guilvinec qui n’aurait pas soutenu le mouvement. Capitaine Sarko saura rappeler aujourd’hui que cet homme a été élu démocratiquement. Ce qui ne l’empêchera pas de discuter avec le comité de crise. Ambiance...
Catherine Magueur. 06/11/2007