« Il y a deux ans, nous avions estimé le seuil de rentabilité de nos entreprises à 30 centimes le litre de gazole. Hier, il était à 51 centimes », martèle Philippe Le Moigne, le porte-parole du comité de crise bigouden. Après plusieurs semaines de mauvais résultats, la pêche chalutière bigoudène est en proie à de lourdes difficultés.
Gros consommateurs de gazole (30 % du chiffre d'affaires), les chalutiers encaissent de plein fouet la hausse du prix du pétrole. Un coût partagé par l'entreprise et l'équipage. « Il agit directement sur le niveau des salaires et la rentabilité des entreprises », poursuit le porte-parole du comité de crise. « Tout le monde est aujourd'hui au taquet. Les salaires sont au plus bas et les fournisseurs répercutent eux aussi la hausse du coût du carburant. Ceux qui se croient moins touchés aujourd'hui parce qu'ils consomment moins de gazole, risquent de le devenir demain. »
L'attente de mesures de soutien
En se mobilisant ce matin, les marins bigoudens et concarnois entendent rappeler au ministre de la Pêche leur principale revendication : « La mise en place d'un mécanisme pérenne permettant d'intégrer le coût du carburant et de répercuter son augmentation dans la formation du prix du poisson. » Une façon de remplacer le Fonds de prévention des aléas pêche (FPAP), supprimé il y a un an pour raison d'incompatibilité européenne. « Pour chaque euro versé par les marins, l'Etat abondait le fonds d'un euro. Le système était satisfaisant. Mais Bruxelles n'en voulait plus et réclame aujourd'hui le remboursement des avances perçues », rappelle Philippe Le Moigne.
Lourdes factures
Depuis, plus rien, malgré une tentative avortée menée par Dominique Bussereau, le prédécesseur de Michel Barnier au ministère de la Pêche. Une fin des aides compensée, en début d'année, par les bons résultats de la pêche cornouaillaise. Depuis cet été, la situation a bien changé. « Les salaires sont au plus bas, quand ils ne sont pas négatifs. » Des plus malmenés, les chalutiers hauturiers doivent faire face à chaque marée à de lourdes factures de gazole. La conséquence, parfois, d'unités anciennes, gourmandes en carburant, pour lesquelles la profession réclame un plan de casse. La conséquence aussi d'investissements récents dans des unités plus puissantes. « Il y a quelques années, on sentait venir cette crise pétrolière. Certains armements pensaient qu'en pêchant plus, ils arriveraient à compenser cette hausse. Le pari n'a pas toujours été gagnant. Pourtant ces armements sont de gros employeurs et représentent de 60 % à 80 % du chiffre d'affaires des criées bigoudènes », explique encore le porte-parole du comité de crise. Une situation qui a conduit, mardi, l'interprofession des ports bigoudens à s'associer au mouvement de ce matin.
Jean le Borgne. 02/11/2007