« Sachez que depuis juillet, certaines marées se terminent par un salaire négatif ou si bas. Et c'est à nous, les femmes à terre, de gérer car nos hommes ont déjà assez à faire. On essaie de jongler dans tous les sens, mais il arrive un moment où ça ne devient plus possible de payer ses factures, son loyer,
ses traites bancaires », témoigne Nicole Paubert. Son mari, Manu, est patron sur un chalutier hauturier. A bord, il travaille avec trois matelots et un mécano. La dernière marée, la pêche en criée leur a rapporté au total 20.000 euros desquels il a fallu déduire 12.000 euros de gazole. « Une fois que vous enlevez tous les frais communs c'est-à-dire le carburant, la glace, les taxes plus les salaires des personnes embauchées, le soir pour la débarque, il reste zéro euro », calcule Nicole.
« Que va-t-on devenir ? »
Mère de trois enfants, Nicole Paubert, qui a travaillé quinze ans dans l'administration fiscale, perçoit une retraite de 760 euros. C'est mieux que rien mais pas de quoi faire des folies. « Cela me permet de payer une partie des traites, des assurances. Mais en novembre, je ne sais pas comment je vais payer mon loyer », dit-elle. Le prix du gazole plombe les ventes, c'est un fait, mais Nicole ne décolère pas quand elle compare le prix du poisson payé à l'étal et le prix payé aux marins. Lundi dernier, la lotte se négociait sous criée à 4 euros le kilo et 1,20 euro la raie ! « Qu'on nous explique pourquoi les mareyeurs achètent le poisson aussi bas et pourquoi le consommateur le paie aussi cher ? » Nicole Paubert trouve qu'il y a trop d'importations. « Acheter à l'étranger, c'est normal, mais 85 % d'importations, c'est peut-être un peu trop. On impose à nos marins des mesures sanitaires draconiennes. On n'arrivera pas à me convaincre que du poisson qui vient du fin fond de l'Afrique, souvent via l'Ecosse, présente les mêmes garanties que le nôtre. Le consommateur se fait avoir », se désole-t-elle. Bref, c'est un grand ras-le-bol qui s'exprime dans le port bigouden. Et ce ne sont pas les mesures Barnier qui vont régler la situation. « Qu'on nous dise franchement que la pêche doit disparaître en France. Si c'est le cas, que va-t-on devenir ? Ici, tout tourne autour de la pêche. Que fera-t-on de tous ces gens qui vont rester sur le carreau ? On est en train de mourir. Et que font nos élus ? On ne les voit pas ! »
Frédérique Le Gall. 02/11/2007