A la pointe de Bretagne, on suit avec attention ce débat puisque la mer d’Iroise, qui baigne les côtes du Finistère, était destinée à accueillir le premier parc marin national français. La mise en valeur et la protection de cet écosystème, unique au monde, aurait dû dégager un certain consensus mais l’Etat, pendant des années, a fait preuve d’une maladresse telle qu’elle a donné argument aux opposants pour sortir la grosse artillerie.
Après des années de controverses, ce projet de loi ressemble fort à une ultime bouée de sauvetage. Nelly Olin, ministre de l’Ecologie, veut tourner la page en indiquant que le projet « n’a plus rien à voir avec un parc national » et convaincre qu’il vaut mieux « proposer un outil que de réagir à des propositions faites au niveau européen ». Au moment où les pêcheurs apportent un soutien de poids au projet, elle reconnaît cependant qu’un tel parc serait difficilement envisageable sans l’adhésion d’une majorité des 34 communes finistériennes concernées.
« C’est Lagaffe sur la côte ». Ce commentaire d’un ex-préfet du Finistère, résume ce que fut pendant des années le projet de parc marin d’Iroise : une approche très bureaucratique,
une loi ancienne sur les parcs nationaux nullement adaptée, la naïveté de croire qu’on pourrait faire sur mer ce qu’on avait fait sur terre au Mercantour ou à la Vanoise et, en prime, un ex-chargé de mission dont tout laissait supposer qu’il avait appris la diplomatie par correspondance. Tout pour plaire.
Quand vous vous retrouvez face à des gaillards qui ont le sentiment qu’on essaie, en douce, de leur refaire le coup de Plogoff, ça fait forcément des étincelles, quelques brasiers et un écran de fumée devant un projet dont les contours sont devenus totalement opaques. A un point tel que du côté des opposants, encore mobilisés ce weekend, les slogans donnent dans la surenchère, comme le très remarqué « Non aux plages privées » que personne, jusqu’à présent, n’avait encore osé faire. Grands dieux !
« Plus rien à voir avec un parc national »
Nelly Olin, la ministre de l’Ecologie, sait qu’elle va devoir remonter le courant du raz de Sein. Et quand elle indique qu’un parc naturel marin, « c’est un secteur maritime identifié pour sa richesse exceptionnelle, qui sert à réunir l’ensemble des usagers de la mer, à leur donner les moyens de débattre sur le long terme et à proposer ensemble des mesures réglementaires appropriées », elle ajoute tout aussitôt que « cela n’a plus rien à voir avec un parc national ». Précision on ne peut plus indispensable quand on sait que c’est justement parce qu’il était basé sur la loi régissant les parcs nationaux que le projet initial est allé dans le mur. Le nouveau concept de parc naturel marin parviendra-t-il à faire table rase ?
« Ne pas attendre les propositions européennes »
En rappelant que « par la surface de ses zones maritimes, la France est la deuxième puissance maritime du monde », Nelly Olin estime que « la bonne gestion de la mer relève de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures » et que la France est engagée au titre d’un certain nombre de directives européennes. « La création de parcs naturels marins nous met, dit-elle, en position de proposer un outil que nous avons nous-mêmes conçu, plutôt que de devoir réagir à des propositions faites au niveau européen par d’autres Etats membres. Je préfère que le droit européen se conçoive à partir d’idées françaises, ajoute la ministre. Notre intérêt à long terme est bien de tester ce nouvel outil rapidement et d’être, sur ce sujet, en avance sur bien d’autres pays ». « Et je viendrai bien volontiers le défendre si les élus et les acteurs locaux qui soutiennent le projet le souhaitent. Car il ne faut pas oublier que s’il y a des opposants au projet, il y a aussi, dans le Finistère, des gens qui le soutiennent ».
Tel qu’il est rédigé, le projet de loi sur les parcs naturels marins ne force pas la main des communes concernées. Elles peuvent ou non adhérer. Mais à l’inverse, l’Etat pourrait théoriquement le créer seul…
« C’est vrai, indique Nelly Olin, ce serait théoriquement possible. Mais je ne le souhaite évidemment pas. Si nous étions dans cette situation, je m’interrogerais sérieusement sur la création d’un tel parc. Beaucoup de difficultés, ajoute-t-elle, proviennent du fait que personne n’a déjà vu fonctionner un tel outil. Si les usagers de la mer le souhaitaient fortement, une première création du parc sur le seul domaine de compétence de l’Etat pourrait être une façon de démontrer l’utilité de la démarche sans brusquer personne. Je suis convaincue qu’une fois créé, le parc fera envie à ceux qui ont refusé d’y être et demanderont à être intégrés ». A ce jour, les communes du Sud-Finistère qui se sont prononcées à l’invitation de la députée Hélène Tanguy, ont toutes répondu par la négative. L’adoption du projet de loi les fera-t-elle changer d’avis ?