Il n'est pas rare de découvrir des ossements humains sur les îles du Nord-Finistère. Ainsi, le 6 juin dernier, des archéologues fouillant un site néolithique, à Molène, avaient mis au jour une tombe rudimentaire. Leurs premières vérifications laissent penser qu'il s'agit d'un squelette de naufragé, datant de 200 à 300 ans.
Enterrés au sud-est de l'île
Aussi personne ne s'était vraiment étonné quand, à la faveur de la tempête de mars dernier, les déferlantes prenant d'assaut l'îlot Quéménès, devant Le Conquet, ont dégagé deux crânes et divers ossements, dont un bassin, enterrés au sud-est de l'île. Le jeune couple résidant sur Quéménès a alerté le conservatoire du littoral, qui a, à son tour, prévenu les gendarmes. Les restes ont été transmis au laboratoire de la gendarmerie nationale, basé à Rosny-Sous-Bois (Seine-Saint-Denis), en vue d'une datation. A la vérité, les enquêteurs n'en attendaient pas grand-chose. Et pour cause : au début du siècle dernier, une épidémie de choléra frappa toutes les îles du secteur, alors habitées. Les victimes étaient souvent enterrées au plus vite, pour éviter le risque de contagion.
Quatre corps, nus tous âgés de 20-25 ans
Cette hypothèse vient de voler en éclat. Le laboratoire de Rosny-Sous-Bois a achevé ses analyses. Les ossements datent de 37 ans et demi, avec une « fourchette » de plus ou moins cinq ans. Le décès remonterait donc à une période comprise entre 1966 et 1976. En outre, ce ne sont pas deux, mais quatre crânes qui ont été retrouvés, ainsi que les squelettes entiers. Enfin, il s'agit des dépouilles de deux couples, tous âgés de 20 à 25 ans, et très probablement européens. Aucune fibre de vêtements n'a été retrouvée à leurs côtés, ce qui laisse supposer qu'ils ont été enterrés nus. Pour rajouter au mystère, ils se trouvaient à un mètre de profondeur, les uns sur les autres. Bref, des morts bien suspectes, même si aucune marque de violences n'a été décelée sur les ossements.
Remonter le temps
La famille qui a vécu dans la seule ferme de Quéménès, à partir de 1953 et jusqu'en 1993, a été interrogée par les gendarmes. Sans succès. Pour la fille du propriétaire de l'époque, le ou les personnes qui ont enterré les quatre dépouilles connaissaient l'île, car il n'y a qu'au sud-est que la terre, mélangée à du sable, est suffisamment meuble pour être creusée profondément. La Justice cherche désormais à remonter le temps. Mais, après 37 ans, toute possibilité de poursuites judiciaires est prescrite. Les gendarmes ont tout de même débuté des recherches, dans l'intérêt des familles qui, quelque part, vivent peut-être toujours avec d'intolérables questions. Quatre jeunes gens n'ont pu disparaître sans alarmer quiconque.