La carte redessinée de la gauche plurielle
La gauche bretonne sort chamboulée des municipales 2001 qui s'annonçaient pourtant paisibles pour elle. La perte de deux grandes villes, la montée en puissance de l'autre gauche et sa capacité à se maintenir contre le PS, la nouvelle chute du PCF... autant d'éléments qui redessinent les contours de la gauche plurielle.
Le Parti Socialiste a sans doute perdu la semaine écoulée son rôle hégémonique dans la gauche bretonne. Depuis une vingtaine d'années c'est le PS qui structurait la gauche, d'autant plus qu'il avait réussit à attirer dans son giron l'aspiration régionaliste (UDB) et à créer presque partout des listes d'union avec le PCF. Rien ou presque ne poussait sur sa gauche. Cette fois il en va autrement. D'une part, le PCF a encore reculé en perdant son bastion de Lanester et même Felix Leyzour a été chahuté aux cantonales à Callac. Mais surtout le vote contestataire à gauche ne s'écroule pas automatiquement au second tour. Les listes «divers gauche» font encore : 20 % à Landerneau, 18 % à Concarneau, 14 % à Quimperlé; 13 % à Hennebont; 11 % à Morlaix et 10 % à Guingamp. Et dans trois villes elles ont emporté la mairie : Loudéac, Carhaix et Lanester. Au-delà des contextes locaux, ce phénomène pose problème à la gauche. Curieusement le PS a remporté toutes ces villes à triangulaires (sauf Paimpol) ou à quadrangulaires, mais souvent de très peu. Au contraire, la stratégie d'alliance «aux forceps » entre les deux tours n'a pas fonctionné et à fait perdre à la gauche Saint-Brieuc et Quimper. Alors quelle est la meilleure stratégie : l'alliance ou la mésalliance ? Difficile à dire et les stratèges du PS doivent s'interroger sérieusement sur les leçons à tirer de cette montée de l'autre gauche. D'autant plus qu'elle est disparate. Dans telle ville, elle est écologiste, dans telle autre elle est verte, dans telle autre elle est alternative, ici elle est régionaliste, là elle est UDB, là elle est extrême-gauche. Parfois il y a de vrais projets politiques locaux, parfois il s'agit surtout d'oppositions de personnes. La désunion à gauche est donc un phénomène nouveau et qui peut se poursuivre. Dans certaines villes, les déchirements apparus lors de la campagne électorale ne s'arrêteront pas du jour au lendemain et il risque d'y avoir des conseils municipaux très sportifs dans les mois à venir à Carhaix, Concarneau, Landerneau... C'est donc la carte de la gauche plurielle qui s'est redessinée ces deux week-end. Mais pour beaucoup de responsables de l'autre gauche, c'est aussi une longue traversée du désert qui s'annonce. Le prix de leur maintien au second tour contre le PS est de les priver de postes de commandes et d'adjoints. Alors que vaut-il mieux : gérer quitte à faire des concessions ou s'opposer à tous crins en perdant tout pouvoir ? Ils ont maintenant six ans de réflexion pour tirer les enseignements de leurs choix stratégiques.
Marcel Quiviger - Le Télégramme - 20/03/2001
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