La remise en cause des hiérarchies
Tout ou presque a été dit sur ces élections municipales qui ont défié tous les pronostics dès le premier tour. Il est vrai que rarement une consultation électorale a autant révélé les courants qui agitent en profondeur la société française.
Les électeurs, nous dit-on, ont donné leurs faveurs dès le premier tour aux sortants, et parmi eux à ceux qui avaient fait leurs preuves. Certes. Mais la consécration des préoccupations locales trahit aussi un rejet de ce qui vient d'en haut, de ce que Paris recommande, de ce que la capitale ordonne ou souhaite. Comment interpréter autrement la défaite de certains ministres qui ont été accompagnés durant toute leur campagne d'une multitude de caméras, comme Elizabeth Guigou à Avignon notamment.
Candidatures hors partis Cette rébellion contre les injonctions de la capitale et leur traduction médiatique est visible dans tout le pays. Déjà la multiplication des listes et des candidatures hors partis, la contestation des choix des partis nationaux l'avait annoncée. De Lyon à Strasbourg, cette fronde traduit un courant très profond de la société française, le refus de la décision imposé d'en haut. C'est aussi ce qu'on peut lire dans le succès des listes de la gauche contestataire où on voit émerger un courant qui fut très fort à partir de 1968, libertaire et refusant les contraintes. Ce que d'aucuns à Toulouse ou dans des communes bretonnes, grandes ou petites, ont appelé la démocratie participative est en fait un phénomène propre à tous les pays développés : la remise en cause des hiérarchies et des organisations pyramidales.
Les entreprises l'ont expérimenté déjà depuis les années 70, sous l'emprise de ce qu'on appelle la mise en place des réseaux. Les territoires structurés comme la France, sur un modèle hiérarchique avec une capitale qui commande à des préfectures puis à des chefs-lieux, sont défiés par, à la fois la nouvelle donne économique, l'ouverture des frontières, mais aussi les aspirations nouvelles des citoyens qui veulent davantage participer aux décisions à tous les niveaux et ne plus se les laisser imposer. Le grand chantier politique qui s'ouvre est donc multiple, mais l'un de ses aspects est campé sur ces messages délivrés par les électeurs à l'occasion des municipales. La participation croissante ces dernières années des citoyens aux mouvements associatifs le laissait déjà penser.
Elections locales sans précédent Il faut concilier à la fois les exigences de démocratie locale, une volonté accrue des citoyens de participer à la prise de décision avec un souhait de protection affectif que traduit bien notamment la montée en puissance de l'échelon régional. La Bretagne, de ce point de vue, est exemplaire. L'adhésion est plus forte que jamais, nous disent les sondages de la fondation des sciences politiques. A l'échelon régional, il faut donc dégager très vite une classe politique sur cette base. Ce sera une des façons de répondre au message lancé par les Français à l'occasion de ces élections locales sans précédent.
Yannick Le Bourdonnec - 20/03/2001 - Le Télégramme
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