Un proviseur. « Il faut durcir le niveau des épreuves »
Proviseur du lycée Dupuy-de-Lôme, à Lorient, Alain Colas a un discours qui n'est pas celui de la majorité de ses collègues. Pour lui, il ne fait pas de doute que le niveau des connaissances est inférieur à ce qu'il a été.
Le bac est-il, comme certains le disent, donné ?
Les taux de réussite que nous atteignons me laissent dubitatif, surtout quand je constate qu'un certain nombre d'élèves, sur lesquels on n'aurait pas parié un kopeck, l'obtiennent. Quand des élèves de série S décrochent le bac avec 5 de moyenne en mathématiques, c'est qu'il y a un problème. Ce n'est certes pas la norme mais ce n'est pas l'exception non plus. Comment voulez-vous que ces jeunes qui s'inscrivent ensuite en médecine réussissent...
Les épreuves sont-elles trop faciles ?
Les élèves font souvent pendant l'année des exercices plus compliqués que le jour du bac. Il faut savoir ce que l'on veut. Soit on fait simplement de cet examen un rite de passage de l'adolescence à l'âge adulte, et on continue comme ça en l'allégeant, ou soit on veut vraiment qu'il soit l'examen d'entrée à l'université et dans ce cas, on est plus exigeant. Mais, évidemment, le taux de réussite baissera.
Constatez-vous une baisse du niveau des élèves ?
Les élèves sont plus généralistes qu'avant grâce aux multiples sources d'information dont ils disposent mais globalement, je pense que le niveau culturel et d'acquisition des connaissances est inférieur à ce qu'il a été. On peut aujourd'hui obtenir le bac littéraire sans jamais avoir ouvert un livre de Balzac ou de Stendhal. Mais ce n'est pas la faute des élèves. Ce ne sont pas eux qui font les programmes.
Que préconisez-vous ?
Si on veut un diplôme qui corresponde « à la vérité des prix » et qui, surtout, permette de réussir à l'université, il faudra durcir le niveau des épreuves. On constate bien que de nombreux jeunes qui ont le bac ne remplissent pas les conditions pour réussir à l'université. Un sérieux toilettage s'impose. La question de fond est : à quoi servons-nous ?
Mais peut-on toucher au bac ?
Le bac est une institution vieillissante à laquelle personne ne veut toucher. Regardez cette démesure entre l'ampleur que cet examen prend dans les médias et sa réalité. Dans ces conditions, il est difficile pour un ministre de prendre des mesures qui feront passer le taux de réussite à 60 % au lieu des 80 % actuellement.