Législatives bretonnes. L’élan face à la résistance
Avec 40 % des voix, les candidats-députés UMP de Bretagne ont fait 12 % de plus que Nicolas Sarkozy lors du premier tour de la présidentielle. Avec 33 %, les postulants socialistes ont, de leur côté, engrangé 5 % de plus que Ségolène Royal. C’est le MoDem qui en a payé le prix, en se trouvant réduit à la moitié du score - excellent - de François Bayrou. La dynamique de la droite, plus puissante qu’ailleurs, a été pondérée par une bonne résistance du PS, plus forte qu’ailleurs. Voilà qui pourrait conduire à un statu quo à 16 contre 10 de la représentation régionale à l’Assemblée. Analyse et commentaires, avec le politologue Romain Pasquier (*).
La Bretagne ne serait-elle plus le « bastion de gauche » qu’elle était encore voici un mois ? Comme dans les autres régions, il y a eu un fort abstentionnisme de la part des électeurs qui avaient voté à gauche à la présidentielle. On peut y voir le résultat de la légitimité d’un président bien élu, qui a su gommer en quelques jours les aspérités de la caricature qui avait été faite de lui par ses opposants. Cet adoucissement de la figure de Nicolas Sarkozy a été particulièrement bien ressenti en Bretagne et a contribué à amplifier la poussée de l’UMP. Les Bretons seraient-ils plus légitimistes que les autres ? Oui, dans la mesure où ils sont modérément engagés. Ils ont peu voté Sarkozy à la présidentielle parce qu’ils ne se retrouvaient pas dans un discours axé sur la sécurité, l’immigration ou la peur de l’avenir. Ici, la sensibilité oscille entre le centre droit et le centre gauche, avec une tendance à privilégier la gauche quand la droite apparaît comme trop radicale ou conservatrice. Aussi, l’ouverture mise en œuvre par le président a-t-elle rectifié l’image de Nicolas Sarkozy. Du coup, les Bretons se sont révélés moins rétifs à l’égard de son parti et ont été enclins à lui donner - ou à lui laisser - une majorité. À cela s’ajoute le fait que la grande majorité des candidats bretons sont issus de la tendance centriste du parti, incarnée par Pierre Méhaignerie. Le rééquilibrage à gauche de la représentation bretonne, que l’on pouvait envisager après la présidentielle, pourra-t-il s’opérer dans ces conditions ? Évidemment, la forte tendance de dimanche reste à confirmer au second tour. Si c’est le cas, on pourrait s’en tenir à un statu quo avec 16 députés UMP et 10 socialistes. Mais il y a plusieurs situations très incertaines, avec autant de ballottages serrés à droite qu’à gauche. Tout pronostic serait vraiment hasardeux. Quels enseignements les états-majors politiques peuvent-ils tirer des trois derniers scrutins ? Du côté des socialistes bretons, c’est la confirmation qu’ils ont fait le bon choix en adoptant clairement une ligne sociale-démocrate. Mais, s’ils ont des électeurs, ils ont peu de militants et ne représentent pas grand-chose dans les instances nationales du PS. De quel poids vont-ils peser dans la recomposition de la gauche française ? À eux d’instaurer un nouveau rapport de forces, pour que le modèle breton puisse servir d’exemple. S’ils gagnent des députés, ça leur simplifiera grandement la tâche. Du côté du MoDem, seuls deux candidats se sont qualifiés pour le second tour. Thierry Benoît pourrait l’emporter à Fougères (35) et Michel Canévet a renoncé à une triangulaire à Douarnenez (29). Tous les deux sont des élus locaux connus sur leur territoire ; l’ancrage local est déterminant dans un scrutin de circonscription. Quant à l’UMP, elle souffre d’un manque de leadership. Il va lui falloir faire émerger des personnalités d’envergure pour se mettre en ordre de bataille avant les élections municipales et cantonales, l’année prochaine. Là, il ne suffira pas d’être porté par la vague : dans un an, nous serons dans une logique de gouvernement où l’on ne fait pas que des heureux, avec des réformes dont certaines s’annoncent difficiles. Parmi les futurs députés UMP possibles, certains vous paraissent-ils prometteurs pour assurer le leadership breton ? Pierre Méhaignerie est toujours là. Mais, pour avoir un effet d’entraînement, il faudrait qu’il s’affirme au plus haut niveau et qu’il n’hésite pas à prendre des risques. En osant briguer la présidence de l’Assemblée nationale, par exemple. Quant à la relève, elle aurait pu être assurée par le Vannetais François Goulard, aujourd’hui en disgrâce. S’il a prouvé qu’il avait une carrure nationale, ses différends avec Nicolas Sarkozy lui vaudront, sans doute, un assez long purgatoire. Peut-être le Costarmoricain Marc Le Fur, qui a réalisé un score inattendu ddans une circonscription annoncée difficile... Son travail de terrain s’est révélé remarquablement efficace et c’est un sarkozyste des origines, du temps de Balladur. * Professeur de sciences politiques, chercheur au CNRS, enseignant à Sciences-Po Rennes.
MoDem. Un essai non transformé
En réalisant, en Bretagne, près de 23 % au premier tour de la présidentielle, François Bayrou pouvait légitimement espérer, pour son nouveau mouvement, un meilleur résultat que celui obtenu dimanche. Avec à peine 9 %, le MoDem est forcément déçu même si, à Fougères (35), son candidat peut l’emporter et si dans bien des circonscriptions, il jouera les arbitres.
L’élection de Thierry Benoît, à Fougères, aurait assurément un grand retentissement. Il ferait partie de l’un des quelques députés MoDem que l’on comptera dimanche prochain sur les doigts d’une main. Cette élection, si elle se confirmait, ne saurait toutefois faire oublier la médiocre performance de la plupart des candidats se réclamant de François Bayrou en Bretagne même s’ils sont légèrement supérieurs à la moyenne nationale (8,86 % contre 7,61 %). Des résultats très loin de ceux que pouvait en tout cas laisser espérer le très bon score du Béarnais réalisé en terre d’Armorique. « C’est la logique institutionnelle qui a prévalu. De toute façon, on n’installe pas un mouvement politique en trois semaines », constate Bruno Joncour, le maire UDF-MoDem de Saint-Brieuc. Dégringolade Des quatre départements bretons, l’Ille-et-Vilaine est celui qui a donné le plus de voix au MoDem. Avec 12,82 %, il n’obtient, certes, que la moitié des voix obtenues par François Bayrou à la présidentielle mais ce score est incontestablement très encourageant pour ce mouvement dans ce département. En dépassant les 10 % dans le Finistère, le MoDem réalise également un score honorable mais finalement frustrant eu égard aux résultats du premier tour de la présidentielle. Les presque 20 % obtenus par Michel Canévet dans la circonscription de Douarnenez-Pont-l’Abbé ne peuvent pas constituer une consolation. Ses résultats les plus décevants, c’est dans les Côtes-d’Armor (6,46 %) et surtout dans le Morbihan que le MoDem les enregistre. Dans ce dernier département, l’UMP a complètement siphonné les voix de François Bayrou qui sont passées en quelques semaines de 22 à moins de 4 %. Une dégringolade dont l’explication doit sans doute être recherchée dans la personnalité et le parcours des candidats de l’UMP qui, pour un certain nombre d’entre eux, sont d’anciens UDF ou CDS, comme Loïc Bouvard, à Ploërmel, ou Jacques Le Nay, à Plouay-Hennebont. Et même si le président du conseil général, Jo Kerguéris, avait déclaré qu’il serait le premier à prendre la carte du MoDem, ce n’est que du bout des lèvres qu’il a soutenu les candidats présentés par ce parti. Arbitres Les 129.731 voix obtenues par le MoDem en Bretagne n’en constituent pas moins un capital non négligeable. Des suffrages auxquels ne sont pas indifférents de nombreux candidats. Dans plusieurs circonscriptions, ils sont, avec les abstentionnistes, la clé du second tour. A Lannion, Concarneau, Quimper, Douarnenez, Morlaix, Brest-rural, Dinan, Redon, les voix du MoDem pèseront très lourd. D’elles dépend en grande partie le nouveau rapport de force droite-gauche en Bretagne. Mais difficile de savoir vers qui elles iront, d’autant que la plupart des éliminés n’ont pas donné de consigne de vote.
Les petits partis laminés
Les « petits » partis sont les grands vaincus de ce premier tour des législatives. Victimes du vote utile, de la logique institutionnelle et sans doute plus encore de la démobilisation de leurs électeurs, ils sortent du scrutin de dimanche complètement laminés. Du Front national à la Ligue communiste révolutionnaire en passant par le Parti communiste, les Verts et les régionalistes, tous affichent des scores nettement inférieurs à 5 %.
PARTI COMMUNISTE. Avec 47.374 voix, soit 3,23 % des suffrages exprimés, le Parti communiste ne donne aucun signe de redressement. 2 % dans le Finistère, 1,62 % en Ille-et-Vilaine, le PC est en état de mort clinique dans ces départements. Et s’il fait un peu mieux dans le Morbihan (4,93 %) et dans les Côtes-d’Armor (5,17 %), il le doit essentiellement à quelques rares bastions à la résistance tenace et à des personnalités localement bien implantées. On pense, notamment, à Gérard Lahellec (ci-dessus) qui, dans la circonscription de Guingamp, dépasse les 12 % avec des scores dans certaines communes de plus de 20 %. LES VERTS. Pour les Verts, alliés dans certaines circonscriptions à l’UDB, ce premier tour est également très décevant : 3,87 %, ce n’est vraiment pas folichon. A Fougères (35), la candidate Vert, soutenue par le PS, dont on disait qu’elle pouvait inquiéter la députée sortante, est devancée par le candidat du MoDem. Une grosse déception. A Quimper, où ils pouvaient espérer s’immiscer dans le jeu droite-gauche, les Verts sont finalement très loin de pouvoir y prétendre même si leur candidat est très légèrement au-dessus des 10 %. Mais les 56.449 voix qui se sont portées sur les candidats Verts pèseront d’un poids non négligeable dans bien des circonscriptions comme à Quimper mais aussi Rennes-ouest, Rennes-nord, Morlaix, Lannion... EXTRÊME GAUCHE. Tous partis confondus, l’extrême gauche totalise 55.000 voix en Bretagne, soit 3,75 %. Ce score est assez voisin de celui obtenu sur l’ensemble du territoire par Lutte ouvrière et la Ligue communiste révolutionnaire. On remarquera que, comme à la présidentielle, la LCR est devant le parti d’Arlette Laguiller qui, dans la plupart des circonscriptions bretonnes, est en dessous des 1 %. L’extrême gauche a, à l’évidence, souffert de la faible participation. Sans surprise, l’extrême gauche réalise son meilleur score dans les villes. A Saint-Brieuc, tous candidats confondus, elle dépasse les 5 %. C’est le cas également à Lanester, Brest... FRONT NATIONAL. Le FN est, comme prévu, la grande victime de la vague bleue. En Bretagne, il ne totalise que 33.745 voix, soit 2,30 % des suffrages exprimés. Une misère. Son meilleur score, il l’obtient dans le Morbihan, avec 2,98 %. En 2002, le parti de Jean-Marie Le Pen avait dépassé les 7 % dans ce département. A la Trinité-sur-Mer, le candidat FN, Bruno Petit (ci-dessous), est à 3,33 %... A Névez, commune finistérienne où le FN faisait ses meilleurs résultats en Bretagne, son candidat a, dimanche, également péniblement dépassé les 3 %. Qu’ils sont loin les scores réalisés lors du premier tour de la présidentielle de 2002.
Dissidence et discipline
La primaire socialiste de Rennes-ouest s’est achevée sur le triomphe du candidat exclu du parti. À Auray (56), c’est au contraire le candidat officiel de l’UMP qui l’a emporté haut la main et gagné le droit de disputer le second tour. La dissidence serait-elle une vertu de gauche et la discipline une qualité de droite ?
Le député Marcel Rogemont, battu sur le fil en 2002, voulait jouer la revanche face à son tombeur UMP Philippe Rouault. Las, les instances nationales du PS ont décrété que cette circonscription serait attribuée à une femme et ont investi Laurence Duffaud. Comme le prévoient les statuts, les militants locaux ont été consultés et ils se sont prononcés à 80 % en faveur de l’ex, bien qu’il soit interdit d’investiture. Sur quoi la fédération d’Ille-et-Vilaine, emboîtant le pas à la section, a, à son tour, défié l’appareil de la rue de Solférino en soutenant Marcel Rogemont. Ce dernier, exclu de son parti et réduit au rang de « divers gauche », a réuni, dimanche, 14.300 voix sur son nom, soit le double de sa concurrente estampillée PS. À l’UMP, les règles d’investiture obéissent à un processus moins formel. À Auray, l’appareil du parti a désigné le maire de Carnac, Michel Grall, tandis que le député sortant Aimé Kerguéris soutenait le maire de Quiberon, Jean-Michel Belz. Là, c’est l’étiquette qui a largement prévalu, avec 16.000 voix à l’investi contre 10.400 au dauphin.
Propos recueillis par Alain le Bloas. 12/06/2007
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En Bretagne, les bons résultats de la droite ont toutefois été pondérés par une résistance de la gauche, au détriment du MoDem, confie le politologue Romain Pasquier. (Photo archives Le Télégramme)
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