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Législatives 2007 Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Législatives. Quels Bretons à l’Assemblée ?

Alors que tous les observateurs prédisent le déferlement d’une « vague bleue », la Bretagne semble vouloir résister encore et toujours aux envahissants pronostics. Il est possible, sinon probable, qu’elle joue une fois de plus la carte de sa singularité. Le tsunami sarkozyste annoncé viendra-t-il se briser sur le granit armoricain ? Etat des lieux des ambitions, de conquête ou de résistance.

On se souvient des résultats des législatives d’il y a cinq ans, et mieux encore des scores des candidats à la présidentielle d’il y a un mois. On suppose que l’élection de Nicolas Sarkozy aura un effet d’entraînement, on ressent une forme de démobilisation de l’électorat, et le devenir du centre reste mystérieux. A cela s’ajoutent la personnalité du candidat, son art de la campagne, son poids d’élu ou sa pugnacité de challenger. Voilà une belle équation à trois variables et trois inconnues, à multiplier par 26 circonscriptions. A la clé, une dizaine de points chauds.
Des chiffres et des rêves
Les vagues se suivent mais ne se ressemblent pas forcément. En 2002, les Bretons avaient voté Jospin avant de donner 16 députés sur 26 à la majorité de Jacques Chirac. Pour la moitié d’entre eux, c’était ric-rac. Certains ne l’avaient emporté que de quelques centaines de voix. Cette fois, la gauche a certes été défaite mais elle n’est pas démolie comme elle l’a été voici cinq ans après ce fameux 21 avril qui l’avait privée de second tour. Elle s’est même montrée sacrément tonique en Bretagne, avec une belle majorité de 53 % à Ségolène Royal. Pour le PS breton, il y a arithmétiquement de quoi nourrir tous les rêves de reconquête : si ses candidats-députés font aussi bien que sa candidate-présidente, les socialistes chiperont huit sièges à l’UMP.
Résistants et trublions
La droite, quant à elle, compte sur la légitimité d’un président suffisamment bien élu pour mériter une large majorité parlementaire, même en Bretagne. Elle espère aussi capitaliser sur l’habileté politique dont a fait preuve Nicolas Sarkozy au cours de ce délicat entre-deux. Elle se contenterait volontiers d’un statu-quo à 16 contre 10, mais se laisse aller à imaginer une ou deux bascules - de préférence « historiques » - en sa faveur. Reste le MoDem, dont le fondateur s’est révélé le 22 avril dernier comme une composante forte sur l’échiquier breton, avec quatre points de plus qu’ailleurs en France. S’il réussit à incarner à nouveau le traditionnel attachement centriste de la région, il saura jouer les trublions. Quelques triangulaires semblent à sa portée, et son arbitrage pourrait être déterminant dans de nombreuses circonscriptions. Reste à savoir au profit de qui.

Tous les résultats commune par commune sur la page spéciale législatives
Le point Finistère
Dans le Finistère, deux circonscriptions seront sous les projecteurs dimanche : Quimper où quatre candidats pourraient se retrouver coude à coude et Brest-rural dont l’affiche est insolite.
Dans le département breton le plus représenté à l’Assemblée, cinq circonscriptions sont actuellement détenues par l’UMP et trois par le PS. Avec une particularité : les huit candidats sortants font partie, à quelques années près, de la même génération et tous repartent à l’assaut de leur circonscription. Mais avec les bons résultats enregistrés par Ségolène Royal et François Bayrou, l’UMP ne monte pas à la bataille la fleur au fusil.
La surprise quimpéroise
Quimper est symbolique de ce décalage entre le triomphe de Sarkozy et la sécheresse des résultats enregistrés par l’UMP à la pointe bretonne. En donnant 59 % des voix à Royal, au second tour, la ville a surpris son monde. Même le PS n’en espérait pas tant dans un chef-lieu tenu par la droite. La députée UMP sortante, Marcelle Ramonet, va devoir d’autant plus remonter le courant que l’UDF lui oppose Isabelle Le Bal pour un premier tour sans concession où la gauche est engagée dans une primaire unique en Bretagne : Jean-Jacques Urvoas (PS) face au Vert Daniel Le Bigot qui, en 2002, était le candidat commun PS-Verts dans cette circonscription réservée aux écologistes. Il bénéficie donc d’un bonus de notoriété.
Entre le maire et le préfet
Bien plus haut, du côté de Brest-rural, l’affiche sort de l’ordinaire : la députée Marguerite Lamour (UMP) se retrouve face au maire de Brest, François Cuillandre (PS) et à celui qui était encore préfet maritime de Brest l’an dernier : Laurent Mérer (UDF).
Contrairement à un préfet territorial qui ne peut se présenter dans le département où il était en exercice avant un délai de deux ans, un préfet maritime peut le faire au bout de six mois seulement puisqu’on considère qu’il n’y a pas d’électeurs chez les poissons... Entre un maire de Brest aux allures d’éternel surfeur et un amiral au sourire capitaine Troy, Marguerite Lamour a, sans conteste, l’opposition masculine la plus glamour de ce premier tour !
Parties serrées
Ailleurs, les situations sont contrastées. Si Jacques Le Guen (UMP) part avec tous les pronostics dans une circonscription Landerneau-Landivisiau qui fut, il y a vingt ans, retaillée sur mesure pour Charles Miossec, la partie s’annonce plus compliquée pour les deux autres députés UMP, Hélène Tanguy (Douarnenez) et Christian Ménard (Châteaulin-Carhaix) qui, en 2002, n’avaient pas de concurrent UDF face à eux. Cette fois, ils ne sont pas seuls en lice dans leurs circonscriptions où Royal est arrivée en tête au second tour. Restent les trois députés socialistes qui devront confirmer, dans leurs circonscriptions, les bons résultats enregistrés par la candidate PS à la présidentielle. Ce devrait être plus aisé pour Patricia Adam à Brest que pour Marylise Lebranchu (Morlaix) et Gilbert Le Bris (Concarneau-Quimperlé). Sauf, bien sûr, si la vague bleue tourne au tsunami électoral.
René Perez.
Le point Morbihan
Le Morbihan est le seul département breton qui soit encore à droite au conseil général mais aussi dans cinq des six circonscriptions.
Cette année, les points chauds morbihannais sont des batailles de succession, à Auray et Lorient. A Auray tout d’abord, le fief d’Aimé Kerguéris, parlementaire depuis 1978, se libère. Le député UMP sortant souhaite passer le relais.
Auray : zizanie à droite
L’intéressé soutient la candidature de son suppléant et ami Jean-Michel Belz, maire de Quiberon, contre le candidat officiel de l’UMP, Michel Grall, maire de Carnac. L’héritage excite aussi la convoitise d’un autre élu divers droite bien en vue, Gérard Pierre, maire de Plouharnel, conseiller général de Quiberon. Il faudra aussi compter avec l’UDF Christine Bellégo, du MoDem. Une triangulaire n’est pas à exclure au second tour. La zizanie à droite profite à la candidate socialiste Nathalie Le Magueresse.
Lorient : la chance de Loher
Autre point chaud successoral, Lorient. Le député PS sortant, Jean-Yves Le Drian veut être président de région à plein-temps. C’est une femme, Françoise Olivier-Coupeau, issue du cabinet de Le Drian, qui va tenter de conserver le siège de son patron. Mission délicate. Face à elle, l’UDF Fabrice Loher a ses chances s’il surfe sur la vague bleue annoncée. Cet opposant pugnace aux socialistes lorientais avait déjà failli battre Le Drian en 2002, à 372 voix près. Mais la droite lorientaise part divisée. Maria Colas, investie par l’UMP, ne fait pas de cadeaux à Fabrice Loher pourtant rallié à Sarkozy dès le soir du premier tour de la présidentielle.
Bertrand Le Néna.
Le point Ille-et-Vilaine
En Ille-et-Vilaine, l’UMP a plus à perdre qu’à gagner.
Elle est sérieusement menacée dans deux des cinq circonscriptions qu’elle détient, tandis que les socialistes sont sereinement installés dans les quartiers sud de Rennes (Jean-Michel Boucheron) et à Rennes nord (Philippe Tourtelier) où Ségolène a fait plus de 60 % des voix.
Primaire socialiste
Le plus menacé est Philippe Rouault, à Rennes-Ouest. Il l’avait emporté de justesse en 2005, et le 6 mai, Ségolène Royal a atteint 55,6 %. La chance du sortant UMP pourrait venir de la division des socialistes qui vont disputer une primaire : Laurence Duffaud est investie par les instances nationales du parti et l’ex-député Marcel Rogemont a été choisi par les militants et la fédération départementale. Mais il faudra quand même une sacrée vague bleue pour que l’UMP sauve son siège. Ce sera difficile aussi pour Loïc Aubin, le candidat UMP de Redon-Bruz, où Alain Madelin a jeté l’éponge. Le secteur penche de plus en plus à gauche sous le poids de la périphérie rennaise et a donné 53 % à Royal grâce, notamment, au large report des nombreuses voix de Bayrou. Pour le conseiller régional PS Jean-René Marsac, habitué à combattre Alain Madelin, cette fois pourrait être la bonne. A Vitré et Fougères, on voit mal les anciens ministres se faire accrocher : Pierre Méhaignerie et Marie-Thérèse Boisseau font toujours de super-scores. Nicolas Sarkozy a été débordé par le centre à la présidentielle, et il sera intéressant de voir si le MoDem réussit à troubler le jeu législatif sur ces terres bénies de la démocratie chrétienne jusqu’ici incarnée par les sortants.
Quant au Malouin René Couanau, il ne se fait aucun souci. A 71 ans, le « Roi René » n’a rien perdu de sa superbe et règne sans angoisse dans un pays bien à droite.
A.L.B.
Le point côtes d'Armor
L’élection Présidentielle l’a rappelé, les Côtes-d’Armor ont le cœur bien à gauche.
Ségolène Royal est arrivée nettement en tête dans chacune des cinq circonscriptions. Et si la tendance se confirmait, la gauche serait en mesure, comme en 1981, 1988 et 1997 de réaliser « le grand chelem ». Mais les législatives demeurent des élections de terrain. Marc Le Fur (UMP) sortant à Loudéac-Lamballe, compte ainsi beaucoup sur sa cote personnelle pour sauver le seul fauteuil que compte la droite. Il espère également que « l’effet Sarkozy », lui permettra de combler l’avance de 4,5 points que le score de Royal donnait à son adversaire socialiste, Loïc Cauret, le 6 mai. Le duel s’annonce serré. Les trois autres sortants socialistes (Danièle Bousquet à Saint-Brieuc ; Jean Gaubert à Dinan, Marie-Renée Oget à Guingamp) peuvent raisonnablement envisager leurs reconductions. Des « triangulaires » à Dinan et Guingamp, où les deux conseillères régionales MoDem, Anne-Marie Crolais et Marie-Françoise Gouriou, jouissent d’une certaine estime, ne feraient que renforcer les chances des sortants.
Nouveaux visages à Lannion
A Lannion, les chiffres du 6 mai plaident pour Corinne Erhel, la conseillère régionale socialiste. Elle n’a pas encore la notoriété d’Alain Gouriou, dont elle vise la succession. Mais ses deux principaux adversaires sont également des néophytes. Marie-Dominique Furet (UMP) a beaucoup travaillé sur le terrain, pour faire oublier l’étiquette de « Parisienne » que lui ont collé ses rivaux. Jean-Yves de Chaisemartin (MoDem) suscite un certain intérêt.
Son engagement auprès de François Bayrou, pendant la Présidentielle, en tant que président national des jeunes UDF, lui a valu quelques bonnes retombées médiatiques. Mais, là aussi, un scénario de « triangulaire » serait fatal à la droite.
Patrick Le Nen

Alain Le Bloas. 07/06/2007.


Qui peut réellement préjuger du résultat des législatives à venir, en Bretagne, tant la région continue de jouer la carte de la singularité. (Photo archives François Destoc)
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