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Taekwondo. La Bretagne veut sortir du néant

Sport majeur en Corée dont il est originaire, le taekwondo est sorti de l’ombre en France à la faveur de son entrée aux Jeux Olympiques en 2000. Les trois médailles, dont deux pour le très médiatique Pascal Gentil, ramenées en deux olympiades, ont favorisé le développement dans l’Hexagone de cet art martial pieds-poings pratiqué en compétition avec de solides protections rouge et bleu. Pour l’instant, la Bretagne, qui organise son championnat régional dimanche à Henvic (29), est franchement à la traîne. Mais la nouvelle équipe, installée à la ligue de Bretagne depuis quelques mois, est bien décidée à créer un élan.

Davantage que celui des médailles, c’est le nombre d’athlètes inscrits sur les listes de haut niveau qui illustre la vitalité d’une discipline dans une région. De ce point de vue-là, le score du taekwondo breton est éloquent : sur 150 pratiquants référencés sur ces listes au plan national, aucun n’est originaire d’un des onze clubs bretons.
600 licenciés 60 combattants
Un zéro pointé finalement guère étonnant lorsqu’on soupèse la base. Dans une discipline où, contrairement au judo, la compétition n’est pas un passage obligé pour monter en grade, seuls environ 10 % des 600 licenciés bretons la pratiquent. Dimanche, lors des championnats de Bretagne à Henvic (début des combats à 11 h 30) ils seront au grand maximum 65 en piste, des minimes aux vétérans. Mais probablement quelques-uns de moins. Certains auront en effet dû renoncer à combattre, faute de trouver en face d’eux un adversaire de même grade (ceintures de couleur) et de même poids, tant la palette (10 catégories !) est large. Cette faiblesse quantitative explique largement le niveau relativement modeste du taekwondo breton en version combat. Elle n’est pas la seule explication. Il faut également tenir compte, pêle-mêle, de la préférence assez marquée de la plupart des professeurs bretons pour la pratique artistique, de l’éloignement géographique qui empêche les confrontations régulières, de l’absence de structuration et d’unité qui a longtemps régné à la ligue etc. etc. Autant de « fatalités » auxquelles la nouvelle équipe en place à la ligue s’est promise de tordre le cou.
Regard expert du bout du monde
De passeport et de parents français, Julia Humbert, qui a passé les 19 premières années de sa vie à Sidney, est aussi et avant tout Australienne. Ceinture noire 2 e dan, elle fut plusieurs fois championne (junior et universitaire) de l’île-continent avant de poser son sac en Bretagne en avril 2005. Elle s’étonne que la notion de combat y soit si peu mise en avant.
Natation, athlétisme, tennis, football... Comme la plupart des citoyens du pays réputé le plus sportif de la planète, Julia Humbert a beaucoup papillonné d’un sport à l’autre avant de décider à l’âge de onze ans que le taekwondo serait son fil conducteur. « Je suis une combattante là-haut », dit-elle en se tapotant le crâne.
« Pas assez... féroce »
Le visage apaisé et les traits fins de la jeune fille née au pays du matin calme (la Corée) sont donc trompeurs. « J’aime le combat. Je suis très, très compétition et beaucoup moins technique », dit-elle. Sans doute, parce qu’elle est « tombée dedans » lorsqu’elle était petite. « En Australie, on commence la compétition dès la première année. En compétition, mais aussi en club. Chaque semaine, il y a au moins un entraînement au combat ». Le contraste est saisissant avec la Bretagne, où la Franco-Australienne a pu constater depuis quelques mois que les entraînements au combat sont rares et ne concernent souvent que des pratiquants déjà expérimentés. « A mon avis, c’est une erreur et c’est même dangereux de commencer si tard ». Ça expliquerait le niveau relativement faible des combattants bretons. « La compétition ici n’est pas... » Elle cherche un moment le mot juste avant de se résoudre à employer le synonyme de celui auquel elle pensait en anglais. « Féroce ! », lâche-t-elle finalement dans un petit rire.
« Beaucoup ont peur »
« Les gens qui font de la compétition le font du mieux possible, mais ils n’ont pas l’entraînement qui va avec. Beaucoup ont peur de prendre un coup de pied au visage, car en club, ils ne s’entraînent pas pour ça ». Julia Humbert pointe les professeurs, « très bons en technique mais beaucoup moins au niveau du combat ». Générale, la remarque vaut pour Gérard Wognin, le 4 e dan -ils sont deux en Bretagne- qui l’entraîne depuis cette année au sein du Sandrofia de Larmor-Plage (56). « Il nous dit souvent que sans technique, on ne peut pas être bon en combat. C’est vrai. Mais sans combat, on ne peut pas être bon en combat. La technique, c’est un beau geste, ample et élégant. Dans le combat, c’est la vitesse qui est fondamentale : il faut que ce soit rapide sinon ça ne sert à rien ». De la parole aux actes, la Franco-Australienne fera l’impasse cette année sur la compétition et son envie d’aller se faire une idée en « direct live » du niveau des championnats de France. « L’année prochaine si je trouve quelqu’un pour m’entraîner ».
Objectif 1.000 licenciés en 2010
Trois démissions au sein du comité directeur ont propulsé une nouvelle équipe à la tête du taekwondo breton en juillet dernier. Elu pour un an, jusqu’à la fin du mandat de son prédécesseur, le Rennais Raymond Monnier entend développer la pratique de la discipline. Objectif : 1.000 licenciés en 2010. En quelques mois de présidence, l’ancien responsable régional des arbitres a déjà pris une décision importante : « Avec l’aide de la région et de la DRJS on a créé un emploi ». Professeur au Tao du Dragon Celtik dans le Finistère, Yann Hamon a ainsi été nommé DTR. C’est lui qui va tenter de développer la discipline avec pour objectif de franchir la barre des 1.000 licenciés en 2010.
Le désert costarmoricain
Les 600 licenciés bretons sont très inégalement répartis. En effet, la discipline est essentiellement développée en Ille-et-Vilaine, où huit clubs ont fait souche. Dans le Finistère, il n’y en a qu’un, présent dans six communes de la côte Nord, entre Morlaix et Brest. En Morbihan, il n’en reste plus que deux, dans la région de Lorient. Dans les Côtes-d’Armor enfin, il n’y a jamais eu de club. Mais le nouveau directeur technique régional, Yann Hamon, est bien décidé à lutter contre la fatalité : « On va faire l’effort, avec un professeur de Rennes et un de Lorient d’ouvrir des clubs à Lannion, Loudéac et Saint-Malo ».
Naissance d’un pôle combat
Le directeur technique régional, Yann Hamon, veut tout multiplier pour tenter de dynamiser sa discipline : les clubs, les rencontres entre ceux-ci mais aussi les organisations. « En compétition, notre gros problème c’est le manque de confrontations. C’est ce qui explique que nos meilleurs éléments ne font généralement pas grand-chose au championnat de France ». D’où l’idée de créer un « pôle combat ».
« Une équipe de Bretagne »
La mission a été confiée à Cédric Lacarin, jeune professeur rennais de 24 ans. Ce dernier ambitionne de « créer une équipe de Bretagne » informelle en rassemblant régulièrement les meilleurs. La détection a déjà commencé. Bientôt l’élite régionale participera à des stages régionaux d’entraînement agrémentés de « séances de rounds ». Des stages communs avec les ligues de Loire-Atlantique et de Normandie, qui souffrent du même isolement, sont également au programme, de même que des déplacements aux Open de Rouen et de Nantes.

Benoît Siohan


Dimanche à Henvic, les championnats de Bretagne de taekwondo réuniront une soixantaine de combattants. La nouvelle équipe va s’efforcer de faire grandir cette faible participation. (Photo Nicolas Créach)

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