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JO. 16 Bretons à Pékin Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Nage en eaux libres. Gilles Rondy de Brest à Pékin

Sport de fondeurs et de « fondus », l’eau libre fera son entrée aux Jeux Olympiques à Pékin. Le Brestois Gilles Rondy est l’un des deux représentants français de la discipline. Une ambition partagée avec le Sétois Bertrand Venturi.

« C’est un peu compliqué », admet Gilles Rondy, à propos de la qualification olympique qui est à double, triple ou quadruple détente pour la désignation au bout du compte de 25 nageurs.
1. Pour participer aux championnats du monde en mai 2008 à Séville, la Fédération n’a retenu que les deux meilleurs Français à l’étape de Coupe du monde disputée en juillet dernier à Postdam (Allemagne). Un sésame obtenu par Gilles Rondy et Bertrand Venturi.
2. Au Mondial de Séville, les dix premiers des 10 km seront qualifiés pour Pékin.
3. Une session de rattrapage est prévue lors des Pré-olympiques, en juin à Pékin. Elle réunira les pays n’ayant eu aucun nageur qualifié à Séville. Les neuf premiers décrocheront leur billet pour les JO (mais il ne pourra y en avoir qu’un seul par pays).
4. La liste des 19 nageurs qualifiés sera complétée avec le meilleur élément de chacun des cinq continents (pour l’Europe il s’agira du nageur classé derrière les dix premiers au Mondial de Séville) et avec le meilleur Chinois. Ce système de qualification a pour but d’obtenir le meilleur niveau possible et la représentation planétaire la plus large pour la première mise en vitrine olympique de ce sport.
Les yeux dans les jeux
Ses souvenirs les plus marquants des Jeux Olympiques ? Ils sont au nombre de deux : « La médaille d’or remportée par ce patineur de vitesse australien (ndlr : Steven Bradbury sur 1.000 m) à Salt Lake City qui s’impose en finale parce que les quatre autres finalistes sont tombés (cette situation peut très bien survenir en eau libre avec un groupe de nageurs ratant une bouée, mais pas en natation). Et, ce qui symbolise aussi l’esprit des Jeux - l’essentiel est de participer - le 100 m libre bouclé en près de deux minutes à Sydney par le nageur de la Guinée, Eric Moussambani, qui a su profiter de sa notoriété, puisque je l’ai revu entouré de ses agents et ses sponsors, un an plus tard aux championnats du monde ».
Hors jeux
Entre son travail à EDF (cadre dans la maîtrise d’ouvrage) et ses quatre à cinq heures d’entraînement quotidien, le peu de temps libre qui reste à Gilles Rondy est réservé à sa vie de famille. « J’aime bricoler, aller me balader avec ma copine ou faire un bon repas arrosé d’un bon vin ». Il s’est découvert, il y a un an, une autre passion : « La plongée et la chasse sous-marine que je ne peux pratiquer qu’en période creuse, pour une question de temps et parce que je ne veux pas courir le risque dans les mois à venir de m’abîmer un tympan. J’aurai le temps de trouver un bon site à Plouguerneau où je résiderai bientôt ». Mais l’échéance la plus importante sera la naissance de son premier enfant (une fille) au début janvier. « Si tout se passe bien, 2008 peut être une super année ».
Il est libre Gilles
Entré depuis 2002 dans le gotha international de l’eau libre, Gilles Rondy a connu sa plus belle vague en juillet 2006 à Budapest lorsqu’il s’empara de son premier titre européen sur 25 km. Mais c’est sur 10 km, la seule distance retenue à Pékin, que le nageur du Club Nautique Brestois s’est fixé, à l’approche de ses 27 ans, le dernier grand défi de sa carrière.
« Les Jeux ? J’ai du mal pour l’instant à m’imaginer que je vais me qualifier. Pour une course qui ne va pas être très, très marrante ». Après le beau Danuble bleu parcouru il y a deux ans, il n’y aura pas de Fleuve Jaune au menu de l’été prochain. A Pékin, l’eau libre perdra un peu son aspect extrême. « La course donnera lieu à quatre tours de 2,5 km dans un bassin d’aviron, où l’eau sera chaude (autour de 30°) et où il n’y aura pas de vague. Les lignes droites seront longues d’un kilomètre au maximum et il y aura moins de stratégie », regrette le recordman français de la traversée de la Manche (7 h 48’ en 2004) qui garde un souvenir ébloui d’une course de 50 km disputée en octobre à Santa Fé (Argentine) devant plus de 100.000 spectateurs.
« Un sport tactique et parfois violent »
Champion de France junior du 200 m papillon, reconverti ensuite dans le demi-fond (1.500 m libre et quatre nages), Gilles Rondy a ressenti l’impérieux besoin de quitter l’univers clos des piscines. En 1999, quand il entamait ses études d’ingénieur à l’INSA de Toulouse. « Ça m’a plu tout de suite de pouvoir nager dans un milieu naturel, sans ligne d’eau, sans chlore. J’en avais un peu ras-le-bol d’aligner des longueurs en piscine. C’était bien également de pouvoir mettre en place une stratégie pour des courses qui, malgré leur longueur, se jouent souvent au sprint, dans les deux derniers kilomètres ». Ayant pris l’habitude de « nager sans jambes » jusqu’à l’emballage final, le Brestois avait conquis son titre européen des 25 km avec moins d’une seconde d’avance sur le Russe Sanachev... « En eau libre, contrairement à la natation, le moins bon peut parfois gagner s’il profite de la bonne vague, de l’aspiration d’un mec très costaud, comme en vélo. C’est un sport tactique qui peut s’avérer parfois violent. Avec des tirages de maillot, des coups de coude ou de pied qu’il faut apprendre à éviter au passage des bouées ».
Jusqu’à 120 km par semaine
Pour sa préparation aux Mondiaux de Séville d’abord, Gilles Rondy ne parle pas de sacrifice. « J’ai plutôt la contrainte d’aller chaque jour à l’entraînement, avant et après le boulot ». De 6 h 30 à 8 h 30, puis après 16 h. Pour quatre à cinq heures d’entraînement quotidien. Pour 50 à 120 km parcourus par semaine. La dose maximum sera atteinte lors de ses deux stages de deux semaines : le premier en février à Font-Romeu avec le CN Brest, le second en avril en Sierra Nevada avec l’équipe de France. Et si tous ces efforts ne payent pas ? Le jeune cadre d’EDF restera branché sur un courant optimiste : « Ce ne sera pas grave, car, à la différence de beaucoup de nageurs, j’ai l’avantage d’avoir un travail et une vie de famille derrière. J’aurai été content de ce que j’ai fait. Je me serai bien amusé ».
Gilles Rondy en bref
26 ans. Né le 4 septembre 1981 à Brest. Club : Club Nautique Brestois. Entraîneurs : Johann Le Bihan (CNB) et Yves Lopez (en équipe de France).
Palmarès. 1999 : champion de France junior du 200 m papillon et 2 e du 1.500 m libre. 2002 : champion de France et 2 e des championnats d’Europe sur 25 km. 2004 : il améliore le record français de la traversée de la Manche en 7 h 48’. 2005 : champion de France des 5 km et 25 km; 4 e des championnats du monde sur 10 km; 3 e de la Coupe du monde. 2006 : champion de France et champion d’Europe des 25 km; 5 e des championnats d’Europe sur 10 km.
«Ce sera une course de plaine...»
Gilles Rondy compare volontiers les 10 km qu’il aura à nager le 21 août au Nord Est de Pékin à une course cycliste sans grande difficulté.
Expatriés sur le lac de Shunyi qui servira également de support aux épreuves d’aviron et de canoë-kayak en ligne, les 25 qualifiés useront pourtant du coude et du genou pour se frayer un chemin.
« 100 % naturel »
Mais il en faudrait davantage pour impressionner le Brestois à la franchise rafraîchissante. « Je n’appartiens pas au monde des nageurs en bassin. Je n’ai pas de tatouage, je suis 100 % naturel, j’ai un travail (NDLR : il est ingénieur à EDF), une fille, une femme et une maison. Je suis juste fier d’être le premier Français à représenter l’eau libre aux Jeux. » Se glisser parmi les huit premiers, dans le sillage du stupéfiant Russe Vladimir Dyatchin (« Il a disparu trois-quatre ans avant de revenir plus grand, plus fort et avec quelques cicatrices ») conviendrait parfaitement au sociétaire du CN Brest. « L’idée, ce sera de rester caché pendant les cinq premiers kilomètres puis de remonter le peloton petit à petit et de nager à fond les deux derniers kilomètres avant d’aborder le sprint final », annonce le 11 e des Mondiaux de Séville. Son jour J : Jeudi 21 août, marathon de 10 km en eau libre messieurs (3 h, HF) .

Yvon Joncour le 04/12/07


La natation en eau libre fait son entrée dans la famille olympique. Le Brestois Gilles Rondy espère être du voyage à Pékin. (Photo Eugène Le Droff)
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