Bretagne-Chine. L’échange des extrêmes
Les Jeux Olympiques de Pékin symboliseront cet été l’éveil des Chinois au sport. Mais il leur reste beaucoup à apprendre en la matière. Y compris des Bretons, ravis de développer depuis quatre ans de chaleureuses relations Est-Ouest.
A l’Ouest de l’Europe, la Bretagne. A l’Est de l’Asie, la province chinoise du Shandong. Les deux pôles de l’Eurasie entretiennent des liens depuis 23 ans : économiques surtout, culturels un peu et désormais sportifs. Dans la dynamique Pékin 2008, les échanges et transferts (d’entraîneurs, de sportifs, de technologie) se multiplient. Et ce n’est peut-être qu’un début... Ceux qui ont fréquenté le Shandong insistent sur les ressemblances entre les deux régions littorales et leurs habitants. Ici comme là-bas, on dit l’autochtone volontiers frondeur et toujours prêt à sortir deux p’tites bouteilles plutôt qu’une pour honorer le visiteur. La Bretagne chinoise et ses 94 millions d’habitants Sans parler de la méthode comparée pour saisir un grain de riz, l’éventail des différences est infiniment plus large. Avec d’emblée un chiffre qui indique qui mène la danse lorsque les deux partenaires entament un pas de deux : le Shandong, deuxième province chinoise par son nombre de pékins, compte 94 millions d’habitants ! Mais les Chinois, grands adeptes de proverbes, ne nieront pas qu’on a parfois besoin de plus petit que soi. « Ils s’intéressent à notre expertise en matière de voile, de cyclisme et de canoë-kayak », explique Yannick Morin, le président de Bretagne Sport International (BSI). L’association a été créée en juillet dernier par l’Etat (DRJS), la Région et le Comité régional olympique (CROS) pour organiser et centraliser tous les échanges à connotation sportive entre la Bretagne et le Shandong. « Ils ont besoin de compétences » BSI, qui a embauché une jeune Chinoise ayant effectué ses études à Rennes, « est l’interlocuteur unique du Bureau des sports du Shandong », l’équivalent du ministère des sports. Economiste de profession, Yannick Morin ne cache pas que l’intérêt pour la Bretagne de ces échanges dépasse la progression sportive et l’épanouissement de ceux qui ont la chance d’ y être associés. « Les Chinois se sont aperçus qu’ils avaient besoin de compétences en matière de conception et de gestion d’équipements, d’organisation d’épreuves de masse et de médecine sportive ». Ils vont donc importer. Et pourquoi pas de Bretagne ? Armor-lux et Plastimo ont ainsi déjà profité des liens Bretagne-Shandong en matière de nautisme. La Bretagne sur la route de Londres ? Toujours au carrefour du sport et de l’économie, les Chinois envisageraient de faire de la Bretagne « une base avancée dans la préparation des JO de 2012 » qui auront lieu à Londres. Le pôle France canoë-kayak de Cesson aurait été ciblé. « Ça peut être un levier très important pour la région », estime Yannick Morin. « L’an dernier, 700.000 Chinois ont pu sortir, dont 45.000 pour venir en France ». Le touriste chinois, il fallait y penser ! Mais ce n’est pas pour rire. L’économiste, soucieux « d’anticiper les mutations », table sur une progression exponentielle. Bretagne Sport International Contact : Huayin LIU, Maison des Sports, 13 bis avenue de Cucillé, 35065 Rennes Cedex. Tel : 02.99.54.67.87; e-mail : liu_huayin@yahoo.fr.
BMX. Les tribulations studieuses de deux Briochins
Ils digèrent à peine le décalage horaire. Deux spécialistes briochins du BMX ont joué les professeurs, dix semaines durant, au Centre d’entraînement du Shandong. Témoignage.
C’est Vincent Quémard qui parle, mais il le fait aussi au nom d’Emeric Le Corguillé. Du 14 décembre au 26 février, les deux copains de 24 et 25 ans, tous deux multi-champions de Bretagne de BMX, ont vécu à l’heure chinoise. « Chinois donc un peu têtu » « Au départ, on avait un statut de partenaire d’entraînement ». Un job à moins de 400 euros par mois, l’équivalent du salaire moyen là-bas, pour suer sang et eau en compagnie des meilleurs éléments du Shandong, suivant un régime très chinois : lever à 6 h du matin, et deux grosses séances par jour, souvent après avoir déneigé les pistes. Après-midi de repos tout de même le jeudi et... le dimanche, où la sortie en ville est même autorisée ! Après deux semaines, changement de régime : les deux amis, sous l’œil attentif d’un coach « chinois, donc un peu têtu », prennent l’entraînement en charge. L’empire du milieu étant le royaume du non dit, les deux titulaires du BF3 avaient sans doute été recrutés à cette fin ultime. Mais ils devaient s’imprégner des ingrédients locaux avant d’être autorisés à commander en cuisine. « On a appris à souffrir » « Ils faisaient toujours la même chose à l’entraînement. On leur a appris d’autres passages. On a peaufiné leur sens tactique en course et leur technique ». De leur côté, les deux jeunes Bretons ont surtout « appris à souffrir », notamment au cours d’interminables séances sur le « vélo cruel », une sorte de home trainer bourré de capteurs. Un outil ultraperformant fabriqué au sein même du Centre ! L’intensité du régime boulot-dodo a empêché les deux Bretons de découvrir la Chine en profondeur. Ils ont tout de même pu apprécier « la chaleur de l’accueil » et goûter à quelques incontournables locaux comme la soirée trop arrosée, l’accupuncture et le karaoké. Séduits par ce « dépaysement total », ils se disent prêts à y retourner. En attendant, ils accueilleront leurs meilleurs élèves du 19 mars au 28 avril.
Partenaires sur tous les modes
À LA VOILE. Depuis 2004 des cadres techniques bretons forment des moniteurs de voile chinois à Qingdao, la ville (11 millions d’habitants) où se dérouleront les épreuves de voile des JO. À PIED. En octobre, 14 Bretons ont pris part au premier marathon international du fleuve jaune à Bingzhou. La Lamballaise Sandra Latimier a pris la deuxième place en 2 h 55’30’’. À VELO. En cyclisme, les échanges ont été nombreux depuis un an : une équipe de juniors chinois a participé à deux courses en Bretagne; quatre cadres techniques bretons (route, piste et BMX, lire ci-contre) se sont rendus en Chine; sept pilotes de BMX chinois s’apprêtent à séjourner en Bretagne. 41 JEUNES AUX JO. Quarante-et-un Bretons de 13 à 18 ans séjourneront en Chine du 7 au 20 août, à l’occasion des Jeux Olympiques. 35 d’entre eux ont été sélectionnés pour leur engagement et leur exemplarité dans le domaine du sport. Six lycéens sinisants (étudiant le chinois) seront également du voyage. Au programme, épreuves olympiques, rencontres sportives mais aussi culturelles (cuisine, danse, folklore). TENNIS DE TABLE. Huit jeunes pongistes de Saint-Grégoire iront s’entraîner dans le Shandong cet été. En octobre, de jeunes Chinois participeront à la World Cup à Chantepie. Le club d’Hennebont, qui emploie deux Chinois, a également un projet d’échanges. CYCLISME. Un Tour du Shandong est à l’étude. Les Bretons seraient sollicités pour apporter leur savoir faire en matière d’organisation. Une équipe bretonne serait également invitée. TRIATHLON. Le Comité d’organisation des triathlons de Lorient projette d’organiser un triathlon international dans le Shandong. ECHANGES. Après la voile et le cyclisme, les Chinois souhaitent faire appel à des entraîneurs dans plusieurs autres disciplines, dont le basket et surtout l’escrime. Ils sont « prêteurs » en matière de tennis de table.
Benoit Siohan, le 12/03/2008
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Les échanges entre la Bretagne et la Chine sont de plus en plus constructifs.
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