Vous êtes passée du rôle de suppléante à celui de « possible », puis de sélectionnée : le tout en quelques mois. Comment avez-vous géré tous ces changements ? « Il est vrai que les changements ont été assez rapides. D’ailleurs, je crois que je ne réalise pas vraiment que je vais aux JO. Je pense que je réaliserai quand j’arriverai dans la marina : pour l’instant, nous nous entraînons à côté. J’essaye de profiter à fond de la chance qui m’est donnée ».
Comment ça se passe à bord avec Ingrid Petitjean ? Y a-t-il déjà des automatismes qui se mettent en place ou tâtonnez-vous encore dans certaines phases ? « Avec Ingrid, nous avançons petit à petit : le gros travail est de se coordonner principalement en technique car nous avions toutes les deux des automatismes dans nos équipages respectifs. Mais nous passons beaucoup de temps sur l’eau. Nous avons encore beaucoup de travail, principalement sur les départs car cela demande des actions très rapides et une totale compréhension ».
Les JO, c’était un rêve que vous caressiez depuis combien de temps ? « Les JO... c’est un rêve de gamine. J’ai commencé la voile en école à Brignogan-Plage mais je suis ensuite restée plus de trois ans à l’Aber-Wrac’h en Topper, puis en Laser. Ce rêve des JO était devenu plus fort depuis notre entrée dans le groupe « Espoirs » il y a bientôt trois ans. Je suis contente que ce rêve soit en train de se réaliser même si cela se passe dans des conditions particulières et assez difficiles ».
Que pensez-vous du plan d’eau de Qingdao ? « Le plan d’eau est assez atypique, avec beaucoup de courant, peu de vent. Depuis que nous y sommes (ndlr : depuis trois jours), il y a beaucoup de brume et d’algues vertes qui nous empêchent parfois de naviguer ».
L’objectif de ramener une médaille est-il réalisable ? « Bien sûr, notre objectif est de ramener une médaille mais aussi de nous faire plaisir pour naviguer proprement et arriver alors à la performance (ndlr : ensemble, elles ont terminé 7 e s du championnat d’Europe). Pour moi, une dizaine d’équipages sont potentiellement "médaillables". Cela va être serré mais, du coup, cela permet à des bateaux moins attendus comme le nôtre, à cause du changement d’équipage, d’arriver sur les marches du podium ».
Un mot sur Camille Lecointre qui était votre coéquipière depuis sept ans ? « Pour Camille, cela n’a pas été facile mais elle a une motivation énorme et je pense qu’elle fera tout pour être dans l’équipe olympique pour 2012. En tout cas, c’est tout le bonheur que je peux lui souhaiter ».
Médaille ou pas, que comptez-vous faire après les JO ? « Je ne compte pas repartir pour une nouvelle préparation olympique : je voudrais finir mes études de kinésithérapie (ndlr : elle est en 1 r e année de masseur-kinésithérapeuthe à l’Ifpek de Rennes) et pouvoir faire tout ce que je n’avais pas le temps de faire durant ces dernières années ».
A l’origine, les Marseillaises Nadège Douroux et Ingrid Petitjean devaient représenter la France en 470 aux JO 2008. Pour des raisons de santé, Douroux a dû renoncer à sa participation. Mais, au lieu de faire appel à l’équipage suppléant, c’est-à-dire aux Brestoises Camille Lecointre et Gwendolyn Lemaître, le comité de sélection de la FFV a demandé à Lemaître de quitter sa barreuse pour jouer le rôle d’équipière avec la Marseillaise. Une décision qui a fait énormément de vagues dans la rade de Brest où l’on parle de « gâchis, de fiasco et d’erreur inacceptable dans la gestion humaine de la part des responsables fédéraux ».
L’affaire n’a pas été menée avec beaucoup de tact par la Fédération française. Associée de longue date à Camille Lecointre, depuis l’époque du 420, Gwendolyn Lemaître remplacera en Chine Nadège Douroux, forfait pour raisons personnelles.
« J’espère pouvoir partager mon expérience des Jeux, un peu plus tard, avec Camille », glisse avec beaucoup de retenue celle qui s’est initiée à la voile à Brignogan avant de passer trois années à l’Aber-Wrac’h, en Topper puis en Laser. « À Qingdao, dix bateaux au moins pourront viser la médaille. Nous en faisons partie », assure la jeune (21 ans) championne de la Société des régates de Brest (SRB).
Bien sûr, beaucoup de choses dépendront de la capacité des nouvelles associées à se compléter sur leur 470, la première embarcation à accueillir ces dames aux JO de Séoul, en 1988.
« Pas le temps de se mettre la pression »
« Notre préparation s’est passée mieux que je ne l’aurais imaginé. Sur le plan humain, ça s’est déroulé très correctement. Au plan technique, on s’est trouvé pas mal de similitudes. Le plus dur, en fait, aura été de s’inventer un code pour communiquer. » Tout l’enjeu pour Gwendolyn aura également été d’imposer ses vues à une partenaire plus expérimentée. Car la cohésion sera absolument nécessaire sur ce fameux plan d’eau, normalement débarrassé des algues vertes qui ont largement inquiété le petit monde de la voile jusqu’au début du mois de juillet. « On a tellement de choses à travailler qu’on n’a même pas eu le temps de se mettre la pression. Ces Jeux, ce seront surtout un défi ! »
Ses jours J : 470 féminin du 11 au 18 août (manches de réserve les 19 et 20) .