Assise à la table familiale, elle affiche sa douceur et
cache à peine sa timidité sous un charmant petit rire
qui revient plus souvent que l’aiguille des minutes.
Sur une piste d’escrime en revanche, Carole Vergne,
née lionne il y a 22 ans, possède la détermination et le
soupçon de cruauté du fauve face à sa proie.
Six ans que Pierre Guichot, l’entraîneur de l’équipe de France féminine de sabre la tannait pour qu’elle rejoigne le pôle France de Châtenay- Malabry. Non sans s’être « un peu engueulée avec lui » au préalable, Carole Vergne a fini par obtempérer il y a 18 mois.
Au coeur de la meute
Son premier cycle de pharmacie en poche, la Dinardaise a donc quitté sa vie d’étudiante rennaise à l’automne 2006 pour « monter » à son tour à Paris, comme quelques années plus tôt son frère Philippe (ex vice-champion du monde cadets et ex pensionnaire de l’Insep). À Châtenay, la Bretonne évolue à
raison de deux à trois heures par jour au sein d’une « meute » de 20 sabreuses dont quatre seulement iront aux Jeux Olympiques.
En réalité, sauf éclosion foudroyante, elles ne sont que six encore en lice à trois mois du verdict. Ça ne change rien au traitement collectif de l’affaire : le sujet est tabou. « Si
on parlait de ça, ça pourrait fritter ». Pourtant, « on s’entend bien en dehors de l’escrime », remarque Carole. « Mais ce sont aussi des ennemies ». Le terme a le tranchant... de la franchise. Comment en irait-il autrement au fond, alors
que toutes poursuivent un but unique ? Quoi que saine, la rivalité est quotidienne. « Même à l’entraînement,
on nous apprend qu’il est important de gagner ses assauts. Pour que l’adversaire perde confiance si on la retrouve après en compétition ».
La compétition est son moteur
Au grand dam de son entraîneur, Carole Vergne avoue déroger souvent au principe. « Moi à l’entraînement, je m’amuse beaucoup. J’aime jouer avec mon adversaire et je peux me prendre beaucoup de touches parce que j’aime essayer des choses ».
Ça n’empêche pas la Bretonne de rester performante en compétition. C’est son moteur. Celui qui lui a déjà permis de décrocher « deux années et demie » de pharmacie
en parallèle avec son activité de sportive de haut niveau. Celui qui l’aide à aller chaque jour un peu plus haut lorsqu’elle escalade le Col des crêtes à vélo pendant les vacances dans le Lavandou. Celui qui lui fera un jour voir de près les anneaux olympiques. « Pour Pékin, je n’ai aucune certitude. Mais si j’échoue cette fois, je ne lâcherai pas l’affaire. J’irai au
moins une fois, c’est sûr ! »
« Je me sens bien quand je tire »
Car comme toute championne qui se respecte, Carole Vergne rêve ni plus ni moins que « de tout gagner ». Et plusieurs fois si possible ! « Je ferai comme Jeannie Longo » lâche-t-elle en riant. « Ou plutôt comme Laura Flessel ! ». Flessel l’icône, devenue « une copine ». L’ancienne championne de
Bretagne UGSEL de triple saut l’a dit tout doucement, presque
gênée, comme si la référence devait induire une comparaison
hâtive.
Les deux jeunes femmes ont quoi qu’il en soit un point en commun qui les pousse aux sacrifices quotidiens. Certains parlent d’une flamme, petite ou grande, d’autres évoquent le plaisir. Avec ses mots d’escrimeuse, Carole Vergne résume tout simplement : « Je me sens bien quand je tire ».
22 ans. Née le 7 août 1985 à Saint-Malo. 1,68 m, 56 kg.
Clubs successifs : Dinard (de 1994 à 2003), Saint-Grégoire (2003-07), Lagardère Paris Racing (depuis octobre 2007).
Situation : membre du pôle France de Châtenay-Malabry. Etudiante en 3e année de pharmacie.
Palmarès : en 2007, Championne d’Europe et du monde par équipes; deux podiums individuels en Coupe du monde (2e à Klagenfurt - Autriche -, 3e à Madrid); éliminée 15-14 en demi-finale des championnats de France. Avant 2007 : championne de France cadette (deux fois), junior (deux fois), senior (en 2006).
Bien sûr, il y a les épreuves d’athlétisme, sa première passion sportive. Mais « sans souvenir particulier qui se détache ». Lorsqu’elle ferme les yeux pour penser Jeux, Carole Vergne est bien vite réveillée par le cliquetis des lames qui se frottent ou qui piquent. Elle avait onze ans et deux années de pratique en 1996 lorsque « la guêpe », alias Laura Flessel, est devenue championne olympique à Atlanta. Et plutôt deux fois qu’une ! « La voir à la télé sur la piste, c’était magnifique ! En 2004 aussi, quand les Touya (Gaël et Damien, tous deux membres de l’équipe de France de sabre) ont gagné par équipes, c’était beau aussi ! », se rappelle-t-elle l’oeil brillant. D’autant que toute la famille était réunie, haletante, devant le poste.
A la rubrique « hobbies » de la présentation succincte qui lui est consacrée sur le site internet de la fédération française, Carole Vergne n’a inscrit la voile - sur planche ou sur coques - qu’au deuxième rang. Au premier, apparaît mieux qu’un passe-temps, une passion. Celle que la Dinardaise voue à cette Bretagne qu’elle a dû quitter pour la région parisienne il y a 18 mois. « A Sceaux (92), on n’est pas à plaindre par rapport à
d’autres endroits de la région parisienne, mais je rentre chaque fois que je le peux ». A Dinard, sa planche à voile l’attend toujours dans la maison familiale. Il y a aussi une paire de chaussures pour arpenter les chemins côtiers de la côte nord.