Depuis toujours, les hommes ont voulu voler. Depuis toujours, les marins ont cherché à aller plus vite sur l'eau. Eric Tarbarly, lui, voulait voler sur l'eau. « Il a donné l'impulsion », se souvient Alain Thébault qui a fait le reste. Depuis 1994, il y consacre toute son énergie : « J'ai la chance d'être entouré d'une équipe de rêve :
c'est une vraie aventure collective », dit-il.
« On peut aller plus vite »
Aventure qui a connu son lot de moments difficiles, notamment lorsque Thébault fut lâché par de grands industriels français : « A une époque, on manquait de fiabilité. Il faut savoir qu'avec ce bateau-là, on navigue un peu dans l'inconnu : on découvre les difficultés en temps réel ». Depuis l'installation des écrêteurs d'efforts en 2004, l'Hydroptère, cinquième version, a gagné en performance et en fiabilité. « 44,5 noeuds, c'est bien mais on sait qu'on peut aller beaucoup plus vite », affirme le skipper. Mercredi dernier, dans un vent de 25 noeuds, orienté au nord-est et sur une mer peu formée, l'Hydroptère a donc battu deux records du monde : celui des 500 mètres détenu depuis 1997 par le catamaran Techniques Avancées (42,6 noeuds) et celui du mille nautique propriété du planchiste Dunkerbeck (41,14 noeuds en 2006).
Une nouvelle dimension
Mais qu'on ne s'y trompe pas : le rêve d'Alain Thébault est de faire voler en éclats le record à la voile toutes catégories confondues, celui du planchistes irlandais Maynard auteur d'un run à 48,70 noeuds sur le canal des Saintes-Marie de la Mer en avril 2005. Or, en janvier dernier dans la baie de Quiberon, l'Hydroptère a réussi une pointe à 47,2 noeuds... Tout en rêvant d'un maxi-Hydroptère de 32 mètres à l'horizon 2010, Thébault se sent pousser des ailes : « On a connu des périodes difficiles mais aujourd'hui, ça va bien. Et on le doit surtout à un homme, Thierry Lombard, grâce à qui le projet a pris une nouvelle dimension ».
« Nos enfants navigueront à 60-70 noeuds »
Après avoir lu le livre « Alain Thébault, pilote d'un rêve », M. Lombard, banquier suisse, a décroché son téléphone. En gros, il lui a dit ceci : « J'ai envie de vous aider ». Ce qu'il s'est empressé de faire en soutenant le projet à titre personnel. « J'ai croisé deux hommes très importants dans ma vie : Eric Tabarly qui a donné l'impulsion du projet. Et Thiery Lombard qui a permis de relancer la machine. Sans lui, on n'aurait pas pu reconstruire le bateau ». Pilote d'un bateau magique, Thébault, homme tenace s'il en est, reste persuadé qu'un jour, tous les voiliers voleront encore plus vite : « Nous n'en sommes qu'aux balbutiements. Je pense que nos enfants navigueront à 60, voire 70 noeuds ».
Philippe Eliès. 07/04/2007