Alain Thébault est à la fois un doux rêveur et un marin tenace. Ce Bigouden obstiné, qui porte depuis plus de 20 ans l'idée d'Eric Tabarly, a connu des revers qui en auraient découragé plus d'un. L'hydroptère, cet engin mi-oiseau mi-bateau haut perché sur des foils, conçu sur l'idée qu'il faut voler au-dessus des flots, n'a pas été épargné par la casse.
Deux records en 2007
Souvent décrié, voire moqué par le milieu, Thébault a gardé le cap et poursuivi son rêve. Un mécène suisse - séduit par le personnage généreux et l'ambition du projet unique et novateur - lui a permis de se relancer. En 2007, l'hydroptère fiabilisé est revenu sur le devant de la scène et s'est approprié deux records du monde homologués par le WSSRC (World sailing Speed record council). Mais Thébault et son équipe veulent aller plus loin et rêvent d'être les premiers à franchir la barre mythique des 50 noeuds à la voile, l'équivalent du mur du son en aéronautique. Un chrono qui n'est peut-être pas inaccessible à cet engin flashé à 47,6 noeuds l'hiver dernier en baie de Quiberon alors qu'il était dans une configuration « large ».
« Un signe à Éric »
Le retour du printemps marquera-t-il l'envol de ce bateau oiseau ? Derrière ce voilier, qui allie le rêve et la haute technologie, plane aussi l'ombre d'Eric Tabarly. Alain Thébault qui en est l'héritier n'a pas oublié le soutien précieux de Tabarly et de son épouse Jacqueline dans les périodes difficiles : « J'aimerais que l'on décroche ce record avant juin prochain. Ce serait un clin d'oeil ou un petit signe à Eric », dit-il avec une lueur dans les yeux. Animé par une foi inaltérable, Thébault regarde désormais au-delà de la ligne des 50 noeuds. Depuis deux ans avec son équipe, il a lancé la construction de l'hydroptère.ch une maquette laboratoire pour l'hydroptère maxi. Il est discret sur le sujet mais à terme, ce chasseur de records ambitionne aussi de s'attaquer au Trophée Jules Verne à la barre d'un engin de 30 mètres de long et de 32 mètres d'envergure.
Passer le « mur » du vent
D'ici là, ce merveilleux fou volant et son drôle de voilier espèrent être les premiers à franchir cette barre mythique des 50 noeuds ? « Le "mur" du vent », dit joliment l'intéressé qui en a fait le titre de son second livre qui paraîtra en septembre.
(1) Deux records établis le 4 avril 2007 au large de la Trinité-sur-Mer : vitesse sur 500 mètres en catégorie D (surface de voile supérieure à 27,88 m²) à 44,81 noeuds de moyenne et le record de vitesse sur 1 mille nautique toutes catégories confondues à 41,69 noeuds de moyenne.
Ces derniers mois, l'hydroptère a été optimisé et configuré pour cette tentative de vitesse pure. Les modifications ont concerné l'hydrodynamique et l'aérodynamique.
Ce grand chantier a été mené par des ingénieurs aéronautiques à la retraite, fidèles à Thébault, et par de jeunes « cerveaux » de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne véritablement habités par le projet. Une des priorités était de résoudre les phénomènes de cavitation auxquels était soumis l'engin à haute vitesse. Ce qui induisait un problème de sécurité avec une perte de la portance. Afin de réduire la traînée hydrodynamique, des modifications ont été apportées sur le profil des foils et sur l'empennage arrière. Le safran a été affiné. Cette évolution a aussi concerné la carène planante : en haute mer, les flotteurs imposaient des efforts importants à la structure avec des « arrêts buffet » brutaux.
Des bras type aile d'avion
Au plan aérodynamique, la plateforme a été revue avec, notamment, un carénage des bras type aile d'avion. Le gréement, qui était plutôt typé océanique, a été revu. Le mât a été raccourci afin d'abaisser le centre de poussée vélique et mieux stabiliser l'engin. C'est désormais un mât aile à grande corde pour une meilleure continuité de l'écoulement. Un travail sur les profils de voiles a été effectué avec Incidences Brest.
Direction Port-Saint-Louis
Tous les éléments ont été scrutés, analysés et souvent modifiés. C'est donc un hydroptère new-look qui va entamer sa campagne en Méditerranée à la conquête des 50 noeuds. L'assemblage est quasiment terminé. L'hydroptère sera remis à l'eau après le week-end de Pâques. Après quelques sorties pour tester le nouveau gréement, il sera embarqué sur un cargo à Lorient à destination de Marseille. Alain Thébaut et son équipe s'installeront sur le spot de Port-Saint-Louis où ils espèrent bénéficier de conditions optimales à savoir un vent de terre (30 à 35 noeuds) et surtout une mer plate.