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Mondial de handball 2007 Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Handball. Le monde est à elles

Plus que quelques heures à patienter ! Hier, déjà, la salle Steredenn de Saint-Brieuc est montée en température quand trois des quatre équipes appelées à en découdre se sont succédé pour une heure (parfois intense) d’entraînement. Les Australiennes, les Brésiliennes et les Macédoniennes ont, tour à tour, répété leurs gammes avant que leurs concurrentes russes ne déclinent finalement l’invitation, arrivées seulement une heure avant le créneau horaire qui leur était réservé entre 17 h et 18 h. Fatiguées mais plus que jamais favorites de cette phase préliminaire et du Mondial tout court, les filles d’Evgeni Trefilov seront l’attraction de cette première journée, leur match contre la Macédoine étant taillé sur mesure pour démontrer leur force.


Russie - Macédoine (17 h). La montagne russe
« Un porte-avions », dit d’elle Olivier Krumbhloz, le sélectionneur français. Une chose est sûre : la Russie fait peur à tout le monde. À commencer par la Macédoine, qui servira vraisemblablement de simple « hors-d’œuvre » aux championnes du monde en titre.
La Russie ? Elle est au handball féminin ce que le Brésil est au football ou la Nouvelle-Zélande au rugby : un favori évident, une équipe aux allures d’épouvantail avant chaque rendez-vous international. Championnes du monde, chez elles à Saint-Peterbourg en 2005, déjà titrées sur la scène continentale en 2001, les filles de Trefilov restent sur une médaille d’argent lors des derniers championnats d’Europe. « Nous sommes une équipe ordinaire et nous respectons tout le monde », tempère cependant l’entraîneur à l’allure débonnaire. Et s’il arrive que les porte-avions s’échouent en mer, on voit mal la Macédoine contrarier, en fin d’après-midi, la puissance d’Eléna Polenova (2 mètres sous la toise), la force de Liudmila Postnova (350 buts en 92 sélections), la finesse d’Irina Poltoratskaya (plus de 440 capes) ou encore la fougue d’Irina Bliznova (tout juste 21 ans).
Lambevska, Macédonienne et ex-Russe
L’enjeu, pour les Macédoniennes, sera surtout de bien se préparer au choc qui les opposera demain soir aux Brésiliennes dans l’optique de la deuxième place de la poule. Même si Dragan Nishevic, ancien joueur de Belfort, Aubervilliers et Marseille ne se fait guère d’illusion quant à l’issue de cette rencontre. « La Russie et le Brésil sont favorites. J’ai été nommé il y a seulement dix jours à la tête de l’équipe et nous n’avons fait aucun match amical. Notre but est surtout de nous préparer pour l’Euro que nous organisons l’an prochain en Macédoine », confie celui qui préside également aux destinées du Kometal Gjorce Patrov, le club de Skopje, champion d’Europe 2002. Parmi les curiosités de cette équipe, on citera la jeune gauchère Elena Gjorgjievska (17 ans), déjà présente au Mondial 2005, ainsi que les natularisées Alegra Loki (Congo) et Marina Lambevska, autrefois appelée Naukovicth quand la demoiselle était considérée comme... Russe !
Brésil - Australie (15 h). Une samba brésilienne ?
La victoire des Brésiliennes sur les Françaises, il y a huit jours en finale du tournoi de France à Dunkerque (21-20), a marqué les esprits, même si elle a été obtenue contre une équipe privée de plusieurs de ses cadres. En pleine ascension, les « Auriverde » ne devraient pas connaître de grosse frayeur pour leur entrée en lice contre l’Australie.
Seulement 20 es des Championnats du monde 2003 en Croatie, les Brésiliennes avaient créé une petite sensation en décrochant la septième place de l’édition russe, deux ans plus tard. Articulées autour de plusieurs joueuses évoluant en Europe, les « Cariocas » ne comptent plus de rivales sur le continent sud-américain, comme en témoigne leur écrasante victoire en finale des derniers Jeux panaméricains de Rio (30-17 aux dépens de Cuba). Déjà qualifiées pour les Jeux de Pékin, elles peuvent compter sur l’immense Aline Silva Dos Santos (1,95 m), la gardienne Chana Masson, l’ailière Alexandra Do Nascimento ou la polyvalente Deonise Cavaleiro.
La tête à la Macédoine
« Nous respectons beaucoup l’Australie, il y a là-bas une tradition handball, mais c’est vrai que le match contre la Macédoine lundi (demain) sera très important », confie Juan Oliver Coronado, le coach espagnol de cette formation. On voit effectivement mal les filles du Pacifique, isolées sur leur continent, contrarier le jeu d’attaque et la puissance physique des « Auriverde », cet après-midi. « Notre force, c’est la joie de jouer, poursuit le sympathique Coronado. Comme nos amis footballeurs, nous voulons imposer un jeu différent, fait de vitesse et de prises de risques. » En place depuis six mois, le Japonais Katsuhiko Kinoshita n’a pas les mêmes espoirs à la tête de la sélection australienne. « Nous avançons étape par étape », explique-t-il. Son premier challenge : réussir l’amalgame entre les joueuses du cru et celles qui évoluent à l’étranger (Suède, Danemark et France), dont l’impétueuse Joanna Blondell (1,58 m, pas encore 18 ans), ses joueuses de référence étant la gardienne Cathy Kent et la capitaine Raelene Boulton.
Philippe Bouthemy. « Il y aura du beau spectacle »

- Le Mondial féminin à Saint-Brieuc sera-t-il une réussite ? Philippe Bouthemy, président de la Ligue de Bretagne de handball : « Bien sûr. Il y a un véritable engouement, la salle sera comble, ou quasiment. Le public va pouvoir applaudir de belles équipes. Il y aura du beau spectacle, assurément. »
- Avez-vous des craintes particulières ? « Aucune. Je suis très serein. J’ai été inquiet au départ. Quand nous avons établi le budget prévisionnel, nous nous sommes demandé comment nous allions faire pour l’équilibrer avec une salle pouvant accueillir « seulement » 2.400 personnes par jour. Nous avons donc choisi de réduire la voilure. Le budget est raisonnable (il est de 600.000 euros) et il sera bien tenu. »
- Déçu de ne pas accueillir l’équipe de France ? « Oui et non. Vu la capacité des salles bretonnes, on ne pouvait pas espérer la France. Par contre, si nous avions eu une salle de 4.500 places comme celle qui va se construire à Brest, nous aurions été déçus de ne pas recevoir les Bleues. Le nombre limité de places fait qu’on ne s’est peut-être pas assez ouvert au grand public. Les spectateurs seront très majoritairement affiliés au milieu du hand. »
- Quelles retombées espère la Ligue de Bretagne ? « Un petit boom au niveau des licenciés jeunes, évidemment. L’idée était aussi de développer les synergies bretonnes. Je pense que c’est une réussite. Je suis surpris par l’investissement et la compétence des bénévoles. C’est formidable. »
L'avis d'Olivier Krumbholz

BRÉSIL : « Une équipe très percutante, puissante, combative, agressive. Elle est en pleine évolution. C’est la formation qui progresse le plus actuellement. »
AUSTRALIE : « Ça va être difficile pour elle. L’Australie cherche sa voie. Elle a du mal à se structurer et elle est un peu isolée dans cet immense espace qu’est l’Océanie. »
RUSSIE : « C’est le porte-avions. Une équipe avec un énorme potentiel. Indiscutablement, c’est le grand favori pour le titre. »
MACÉDOINE : « Une solide équipe européenne, portée par de très bonnes joueuses qui disputent la Ligue des champions avec le club de Skopje, la capitale du pays. »
Le voyage au long cours des Russes
L’équipe nationale russe est arrivée peu avant 16 h, hier à Plérin, au terme d’un long périple. « Nous sommes partis à 5 h du matin de la base olympique de Moscou. Pendant toute la journée, nous avons alterné avion, bus et train », raconte Evgeni Trefilov, le coach des championnes du monde. Fatiguées, les Russes ont donc fait l’impasse sur l’heure d’entraînement qui leur était réservée entre 17 et 18 h, salle Steredenn. « Moi-même et mes 100 kg, j’avais les jambes lourdes alors, pensez, les joueuses... » A 19 h, tout le monde était déjà à table et rêvait déjà d’une bonne nuit de sommeil. Logées dans le même hôtel, les Macédoniennes rêvaient, quant à elles, de retrouver enfin leurs bagages, bloqués à Paris depuis la veille. Privées de leurs précieux sacs de sport, les joueuses ont dû s’échanger shorts et tee-shirts pour s’entraîner normalement hier après-midi.
Allez les petites !
Tiens, tiens, un France - Argentine pour débuter le Mondial. Quel beau clin d’œil... Comme les Bleus de Bernard Laporte il y a trois mois, les Bleues d’Olivier Krumbholz rêvent de décrocher le titre planétaire à domicile. Et comme Raphaël Ibanez et les rugbymen tricolores, Valérie Nicolas et ses copines handballeuses entameront leur aventure face à l’Argentine. Mais là s’arrête la comparaison. Car là où la Coupe du monde de rugby affichait un budget avoisinant les 230 millions d’euros, celui des championnats du monde de handball féminin dépasse à peine les 10 millions d’euros. Là où 80.000 spectateurs s’étaient massés au Stade de France le 7 septembre, ils seront 6.500 ce soir au Palais des sports de Pau. Et là où 14 millions de téléspectateurs s’étaient branchés sur TF1 pour assister au match d’ouverture du XV tricolore, ils seront quelques centaines de milliers à suivre les débuts des Bleues devant leur petit écran. Dans la confidentialité, sur Sport +, une des chaînes de Canalsatellite. C’est une évidence : malgré un nombre de licenciés supérieur (370.000 contre 310.000), le handball ne joue pas dans la même cour que le rugby. Il n’évolue pas dans le même monde. Mais c’est une évidence aussi, les Bleues ne connaîtront pas la même désillusion initiale que les Bleus, tant les Pumas, version handball, apparaissent bien trop tendres pour une équipe de France pleine d’espoirs. Une équipe de France loin d’être la plus impressionnante sur le papier. Loin d’être la plus séduisante. Mais tellement déroutante qu’elle est capable de tout. Du pire, comme du meilleur. Allez les petits, disait en son temps Roger Couderc en commentant les matchs de l’équipe de France de rugby. Allez les petites, a-t-on envie de dire aujourd’hui.

Laurent Rivier et Ronan Tanguy


Parmi les joueuses qui devraient crever l'écran durant ces trois jours, la Brésilienne Alexandra Do Nascimento (1,77 m; 26 ans) figurera certainement en bonne place. (Photo Laurent Rivier)
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