Valérie Nicolas, pas trop stressée à quelques heures de débuter le Mondial ? « Non, non, ça va. J’ai l’habitude de ces grands événements. Ça fait longtemps qu’on y pense. On ne met pas le bouton sur « on » un jour ou deux avant de démarrer. »
Jouer à domicile, ça apporte quand même du piment supplémentaire.
.. « C’est une évidence. On va se servir de ça comme un atout supplémentaire. Ça va nous porter quoi qu’il arrive. Si on est en difficulté, on espère que le public va nous pousser. Et puis, si ça marche bien, le public va nous suivre. D’avoir la chance de faire ça en France, de pouvoir représenter le handball français, c’est quelque chose d’important. Et s’il y a la réussite derrière, ce sera encore mieux. »
Motivée comme jamais, alors ? « Comme toujours, je serai à fond. Il y aura peut-être davantage de pression, mais quelque part, ce sera de la pression positive. Motivée, je le suis toujours ! Mais là, pas plus que d’habitude. »
Ce Mondial sera pourtant l’un de vos derniers rendez-vous avec les Bleues, tout comme pour cette génération d’exception, celle des Wendling, Pecqueux, Cano... Ça ne donne pas encore un peu plus d’envie ? « C’est sûr, il y a des filles qui risquent d’arrêter prochainement, encore plus si on se déchire là. Il y aura encore Pékin derrière, c’est évident. Mais on n’est pas sûres d’y être. Il faudra gagner notre place.GRAS] Nous les anciennes, on va apprécier encore plus ce Mondial. Quand tu as l’expérience, tu arrives à bien appréhender l’événement. Tu arrives mieux à savourer, à savoir ce que tu dois faire et quand tu ne dois pas trop te laisser aller. Car la tentation est facile. »
Il semblerait que vous ayez quelques soucis physiques. Rien de grave ? « Suite à la World Cup (mi-octobre au Danemark), j’ai eu une pubalgie. Là, ça à l’air de s’estomper. Par contre, dimanche dernier, j’ai senti une douleur musculaire à l’adducteur. J’espère que ça va aller. Je suis plutôt optimiste. »
Comment s’est passé votre début de saison avec votre nouveau club danois d’Ikast ? « Très bien. On est deuxième, je m’éclate. Le groupe est sympa. L’entraîneur a été viré au bout de trois journées de championnat. Mais l’entraîneur-adjoint a bien pris les choses en main. Je déciderai en janvier si je reste une saison de plus ou pas. »
Vous avez été élue meilleure gardienne de la World Cup, puis vous avez été brillante au Tournoi de France face à la Pologne. Ça veut dire que vous êtes toujours indispensable en équipe de France ? « Je ne sais pas (rires). Il faut demander à Olivier (Krumbholz, le sélectionneur). Par rapport aux objectifs, je me suis bien préparée pour revenir à mon meilleur niveau. Mais je n’appartiens pas à l’équipe de France, comme personne d’ailleurs. »
Comment jugez-vous la sélection tricolore ? Auriez-vous fait les mêmes choix ? « Sur les 18 filles, j’aurais fait à peu près pareil, je pense, oui. Il y a de la qualité, des jeunes (Ayglon, Pineau, Tounkara...) qui progressent vite. On va s’appuyer sur notre défense, notre point fort, parce qu’au niveau de l’attaque, ça reste assez basique. »
Comment se passe votre entente avec l’autre gardienne, la jeune (21 ans) Amandine Leynaud ? « Bien. Je suis contente qu’elle arrive à ce niveau. Elle a la tête sur les épaules. Ce sera la future gardienne de l’équipe de France sans problème. »
A l’issue des stages estivaux, Olivier Krumbholz avait déclaré que le groupe manquait d’exigence dans le travail, qu’il n’était pas assez soudé. Qu’en est-il aujourd’hui ? « La préparation estivale a été longue. Sur la fin, c’est un peu « parti en live ». Il y avait de la lassitude, un trop-plein. Mais aujourd’hui, il y a un bon équilibre. »
Juusqu’en quart, et peut-être même jusqu’en demi-finale, les matchs des Bleues passeront sur une chaîne payante (Sport +) et pas sur une chaîne hertzienne. Pas trop frustrant ? « C’est un scandale ! Mais qu’est-ce que je peux y faire ? J’adore le rugby, mais pendant la Coupe du monde, on s’est tapé des matchs qui n’avaient aucun intérêt comme Ouzbékistan 2 contre Ouzbékistan 3. Et on nous a vendu ça comme des super matchs. Ça montre où est la place des femmes, ce qu’ils en pensent là-haut. Ils auraient pu faire un effort, mais ça ne doit pas leur rapporter assez de pognon... »
Pour en revenir au tournoi, le premier tour devrait être une promenade de santé, non ? « Les deux premiers matchs (contre l’Argentine, puis le Kazakhstan), oui. Après, la Croatie, il ne va pas falloir la prendre à la légère. C’est une équipe jeune, qui a du potentiel. Ce sera un match piège, au couteau. »
Au-delà de quelle place le Mondial sera-t-il un échec pour l’équipe de France ? « Si on n’est pas en quart de finale, ce sera un échec. »
Et une place en demi-finale, ce sera un bon résultat ou ce ne sera pas suffisant ? « Ce sera déjà un bon résultat, oui. »
Est-ce que la France a les moyens de soulever le trophée le 16 décembre ? « On n’a pas la meilleure équipe, c’est sûr. Mais ce ne sont pas toujours les meilleures sur le papier qui gagnent. Les choix tactiques vont avoir une grande importance, l’entraîneur aura un rôle primordial. Après, ce sont les joueuses qui sont sur le terrain, qui ont la rage ou pas. L’avantage, c’est qu’on joue en France et qu’on espère encore plus se transcender. Un podium serait déjà super. »
Vous rêvez à un deuxième titre mondial ces derniers jours ? « Ah, j’y ai pensé, oui. J’ai imaginé ce qui pourrait arriver de mieux, mais aussi ce qui pourrait arriver de pire. »
Quelles sont les équipes que vous craignez le plus ? « Il y a des clientes, comme la Russie, la Roumanie, la Hongrie. Il y a aussi des équipes qu’on n’a jamais battues en compétition, comme la Corée. Ou la Norvège, contre qui on n’a pas gagné depuis 2000. »
Les handballeurs français, champions du monde en 2001 à domicile, vous ont-ils donné des conseils ? « Non, pas vraiment. Par contre, je sais que Daniel Costantini (l’entraîneur des Français champions du monde) va nous suivre pendant le tournoi. Il interviendra ponctuellement. »
Optimiste, donc, finalement ? « Oui, je ne vois pas pourquoi on ne le serait pas. »
Ronan Tanguy. 30.11.2007