- Valérie Nicolas, ça y est, c'est les vacances ?
« Absolument pas ! Là, je suis en train de faire mon sac pour rejoindre ce soir (hier soir) l'équipe de France. Les filles ont commencé le stage pour les qualifications aux championnats d'Europe qui ont lieu en décembre 2006. On joue deux matchs contre la Turquie. Le premier ce vendredi à Toulon, le deuxième le 3 juin en Turquie ».
- En tout cas, vous rentrez en France après une fin de saison extraordinaire...
« C'est magnifique. On a fini en beauté avec deux mois de folie. On n'a pas tout le temps bien joué mais on a su bien préparer les matchs. L'entraîneur a aussi eu sa part dans la victoire. Et voilà, après, nous, sur le terrain, on s'est battu. Avec toutes les internationales qu'il y a dans l'équipe, on a réussi à remporter les deux plus gros trophées, le championnat du Danemark, qui n'est pas évident à gagner, et cette Ligue des champions ».
- Vous vous êtes fait peur durant cette finale retour contre Ljubljana ?
« On a été derrière au score tout le temps, donc oui, oui. Au niveau palpitant, au niveau stress, il y avait tout ce qui fallait. C'était un peu un scénario à la Hitchcock. On avait une marge de deux buts, donc c'était rien. Au final, c'est la plus belle des défaites (1) ».
- Comme les footballeurs de Barcelone la semaine dernière, vous avez ensuite reçu un triomphe en défilant dans les rues de Viborg ?
« On n'a pas défilé dans un bus, mais nous avons été reçues dans une salle. On est monté sur la scène. Musique, show... Il y avait 2.000 personnes. Et puis ça a duré toute la nuit, quoi ! »
- Personnellement, vous y croyiez vraiment à ce titre ?
« Sur le papier, oui. On avait l'équipe pour gagner la Champion's league. Maintenant, c'est vrai, on a eu des difficultés fin janvier, début février. On avait perdu deux fois en tour préliminaire contre Ljubljana. Elle m'avait super bien impressionnée cette équipe. Là, je m'étais dit : "Ça va être chaud". Et en fait, nous, on est monté en puissance et elles, elles ont stagné. Une saison, c'est super long. Il y a plein de matchs. Donc, il faut gérer. Moi, je suis incapable d'être bonne toute l'année. Après, il faut être au top pour la fin de saison. C'est ça le plus important ».
- Est-ce que Valérie Nicolas a pris une part prépondérante dans ce titre de champion d'Europe ?
« Ce n'est pas vraiment à moi de le dire, mais ouais, je pense avoir pris une part importante lors des deux derniers mois ».
- Ça veut dire que vous avez retrouvé votre niveau de 2003, lorsque vous avez été sacrée meilleure joueuse du Mondial ?
« Je me sens bien dans cette équipe. Ça faisait longtemps que je n'avais pas ressenti des sensations comme ça. C'est difficile à exprimer, mais ouais, ouais, j'ai retrouvé des choses que je n'avais pas connues depuis longtemps ».
- Après votre terrible blessure aux JO en 2004 (rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche), et la série de pépins ensuite (nez cassé, déchirure au mollet...), est-ce qu'il n'y a pas eu trop de moments de découragement ?
« J'ai eu des galères qui se sont enchaînées. C'est vrai qu'il y a des moments où j'aurais pu me laisser aller ou déprimer, mais ce n'est pas trop dans ma nature. Non, au contraire, j'ai affronté tous ces obstacles et j'ai réussi à les surmonter. Le résultat est là : j'ai bien fait de me battre ».
- Des moments de doutes ?
« T'as toujours des moments de doutes où tu te dis : "Putain, t'y arriveras pas". Après, c'est mentalement que ça se joue. Moi, j'ai tendance à toujours aller de l'avant. J'avais vraiment envie de retrouver mon niveau. Donc, des doutes, oui. Je me suis posé des questions. Mais de là à m'en faire un fromage, non, non ».
- On entend souvent les sportifs dire qu'ils sortent renforcés, surtout mmentalement, après une longue blessure. C'est aussi votre cas ?
« Je ne sais pas. Mais je sais que c'est un passage qui, moi, m'a fait du bien. Ça a été une année de coupure, j'ai pensé à autre chose. Je n'étais plus tous les week-ends à me battre, à me remotiver. Tout ça, c'est épuisant mentalement. Le fait d'avoir coupé, ça m'a redonné du mordant. De rejouer, de se déchirer, de se dépouiller pour gagner des choses, c'était le bonheur ».
- Championne du monde, vainqueur de la Ligue des champions, championne de France, du Danemark... A quoi peut encore rêver Valérie Nicolas ?
(sourire) « Au niveau des titres, une médaille olympique. C'est une médaille olympique que je vais chercher ».
- Vous êtes en train de vous forger un palmarès impressionnant. Ça vous inspire quoi ?
« Je ne m'en rends pas forcément compte, même si la plupart des gens que j'ai eus depuis samedi me disent que c'est hallucinant ce que j'ai gagné. N'importe quel sportif serait aux anges avec un seul titre. Et là, moi, je suis en train de tous les prendre. J'ai la chance de pouvoir le faire, j'ai la chance d'avoir choisi les bons clubs pour le faire. Je pense avoir fait jusqu'ici les bons choix sur le plan sportif dans ma carrière. Ce n'est pas toujours facile à gérer, ça. Tu es souvent sollicité pour changer de club. Est-ce qu'il faut le faire, pas le faire ? A quel moment il faut le faire ? Je pense avoir réussi à bien gérer ça. C'est un truc dont je suis contente ».
- Vous serez encore à Viborg la saison prochaine ?
« Oui, oui. J'ai encore un an de contrat. L'équipe ne va pas beaucoup changer la saison prochaine. On aura une ou deux recrues. On va se refixer des objectifs. J'arriverai toujours à me remotiver, mais c'est sûr que pour l'instant, c'est dur de se dire qu'il faudra repartir parce que je suis vraiment sur une autre planète ».
Et après ?
« Après, on verra (sourires). Après, il y a le championnat du monde en France en décembre 2007. Est-ce que je vais revenir en France pour le préparer ?... »
- Justement, un retour dans un club français, c'est envisageable en 2007-2008 ?
« C'est tout à fait envisageable, oui, bien sûr. C'est même tout à fait probable que je revienne. Il va bien falloir que je pense à mon après-carrière ».
- En décembre 2007, il y a donc les championnats du monde en France. Vous y serez ?
« C'est une compét' que j'ai toujours eu envie de jouer. Maintenant, ce n'est pas moi qui fais la sélection. Si dans un an et demi, il y a trois gardiennes qui sont meilleures que moi, Olivier (Krumbholz, le sélectionneur) les prendra. Rien n'est jamais acquis. C'est à moi de continuer à me battre. Mais le fait de jouer avec l'équipe nationale un championnat du monde en France, évidemment que c'est quelque chose qui me ferait plaisir ».
- Ça veut dire qu'à 31 ans, un âge où, de plus en plus, les sportifs annoncent leur retraite internationale, votre motivation reste intacte ?
« Je ne me sens absolument pas vieille dans ma tête. Cela dit, si on se qualifie pour les Europe, je ne sais pas si je les ferai. Ce n'est pas encore une éventualité mais j'en discuterai avec Olivier. Ça va surtout dépendre dans quel état physique je serai en septembre-octobre. Je n'ai pas envie de refaire une saison galère. De temps en temps, mon corps me dit qu'il faudrait peut-être que je prenne du repos ».
- Et les JO de Pékin, vous y pensez ?
« Les JO, c'est huit mois après le Mondial 2007. C'est compatible. Et puis si je veux une médaille olympique, ce sera à Pékin ou jamais ! ».
- Est-ce qu'on vous verra en Bretagne dans les jours ou les semaines qui viennent ?
« Oui, comme tous les ans, je reviendrai dans le coin fin juin et début juillet ».
31 ans (née le 12 mars 1975 à Landivisiau). Clubs successifs : Lampaul-Guimiliau (de 1985 à 1992), Plouvorn (92-93), Gagny (93-95), Besançon (de 1995 à 2003), Viborg (depuis 2004). 196 sélections en équipe de France.
Palmarès.
EN ÉQUIPE DE FRANCE : championne du monde 2003 (élue meilleure joueuse du tournoi), vice-championne du monde 1999, médaillée de bronze au championnat d'Europe 2002, cinquième en 2000, quatrième des Jeux Olympiques 2004, sixième des JO 2000, vainqueur des Jeux méditerranéens en 1997. EN CLUB : avec Viborg, vainqueur de la Ligue des champions en 2006, vainqueur de la Coupe d'Europe EHF en 2004, championne du Danemark en 2004 et en 2006, vainqueur de la Coupe du Danemark en 2004, finaliste en 2006. Avec Besançon, vainqueur de la Coupe des Coupes en 2003, championne de France en 98, 2001 et 2003, vainqueur de la Coupe de France en 2001, 2002 et 2003, vainqueur de la Coupe de la Ligue en 2003.
Ronan Tanguy. 23.05.2006.