Elle a reçu un coup de fil de l’hôpital, vers 22 h. Ce soir-là, Anne-Valérie Prigent était chez elle en compagnie d’amis. Sur le moment, elle avoue avoir été un peu surprise même si elle s’attendait à être appelée à tout moment. « On a parfois des réactions étranges. Je n’avais pas vraiment réalisé ». Partie à 23 h d’Auray, dans une ambulance du Samu, Anne-Valérie est entrée dans le bloc du CHU de Nantes à 3 h du matin, pour en sortir à 8 h. C’était le 1 er mai 2003. Une date impossible à oublier. « J’avais souhaité partir seule. Je voulais faire ça dans le calme », explique la jeune femme.
« J’aime trop la vie »
Cette greffe du cœur, Anne-Valérie savait qu’elle était devenue incontournable depuis déjà pas mal de temps. Dès la fin 2002, les médecins lui avaient dit qu’il était temps. Elle s’y était résolue facilement. « De toute façon, je n’avais pas envie de mourir. J’aime trop la vie ». La vie de la jeune femme était devenue très difficile. « J’étais de plus en plus faible. Ma fatigue était immense. J’étais à bout de souffle ». L’état d’Anne-Valérie avait commencé à se dégrader en 1999. La raison : une malformation cardiaque découverte à l’âge de 14 ans. « À chaque fois que je courais, j’avais des petits malaises. J’étais très essoufflée ». Pourtant, jusqu’à cette année-là, Anne Valérie était parvenue à composer tant bien que mal avec cette myocardiopathie. « Je me contentais d’un traitement », dit-elle. Mais impossible pour la jeune femme de faire du sport ou même de marcher trop longtemps.
« C’est important d’être soutenue »
Cette transplantation a vraiment changé la vie d’Anne-Valérie. Assez rapidement, elle en a mesuré les grands bienfaits même si, au tout début, la rééducation, à Kerpape, n’a pas été de tout repos. Ce fut même très dur parce que la jeune femme - et pour cause - n’avait jamais fait de sport. Anne Valérie a traversé des hauts et des bas mais elle a toujours voulu positiver comme elle dit. « Je suis une combattante et malgré les difficultés, je me dis toujours que ça ira mieux ». Elle aurait pu être assistée par un psychologue mais elle ne l’a pas souhaité. Les très nombreux témoignages d’encouragement qu’elle a reçus ont suffi. « C’est important d’être soutenue ».
Témoigner pour remercier
Aujourd’hui, l’un des plus grands bonheurs d’Anne-Valérie, professeur d’économie dans un lycée professionnel, c’est de se retrouver en face de ses élèves. « J’ai envie d’être au contact de la vraie vie ». La jeune femme mesure sa chance. « C’est comme une renaissance. D’autres ne l’ont pas eue. C’est trop beau ». Sa façon à elle de remercier le donneur et les médecins - pour lesquels elle a la plus grande admiration -, c’est de bien entretenir ce cœur. Un cœur qu’elle a adopté depuis longtemps. « C’est le mien », dit-elle. Son autre manière de remercier, c’est aussi de témoigner. Un exercice qu’elle a longtemps redouté. Elle le fait depuis un an. « Ce n’est pas toujours évident, dit-elle. Il faut être capable de s’exprimer sans trop d’émotion ».
La carte de donneur d’organes est gratuite. On peut en faire la demande sur le site de France-Adot : www.france-adot.org. Toutes les coordonnées des Adot départementales sont également sur ce site.
Yvon Corre. 20/09/07