Il n'aime pas trop en parler. Régis Bonnefoy pèse ses mots. Il ne voudrait pas que cette greffe le fasse passer pour quelqu'un de différent. Et s'il accepte finalement d'évoquer son expérience, c'est pour les autres. Pour ceux qui, un jour, peut-être, traverseront la même épreuve. Pour leur dire que
l'on peut très bien vivre normalement avec un organe qui n'est pas le sien. « J'ai su ce que j'avais deux jours avant la greffe », raconte le jeune Brestois. « J'étais assez content car le pire, c'est de ne pas savoir ». Les médecins de l'hôpital de Pontchaillou, à Rennes, où il avait été envoyé en urgence par avion dans la nuit du 15 avril 2005, ont fini par diagnostiquer une hépatite fulminante d'origine auto-immune. En clair, le système immunitaire de Régis s'est mis à attaquer le foie sans raison apparente. C'est très rare mais ça arrive. Dans ce cas-là, il n'y a guère que la greffe comme solution. Une perspective à laquelle Régis n'avait évidemment jamais pensé. « J'étais à 10.000 lieues de tout ça. Je n'étais pas du tout préparé mais je n'ai pas eu le temps d'avoir peur ». Proche du coma cérébral, il n'a pas le choix. « Je me souviens seulement avoir entendu : il va falloir y aller ».
Un grand moment
L'opération se passe bien. « On est heureux de rouvrir les yeux et en même temps, on prend conscience que l'on est vraiment peu de chose ». Sept mois après, le Brestois reprenait son travail à DCNS. Entre-temps, il s'était remis à courir parce qu'il ne s'imagine pas vraiment la vie sans avaler du macadam. À l'automne, il participe même aux 10 km Taulé-Morlaix qu'il boucle en 40 minutes. Une performance qu'il tient à relativiser avec humour. « Avec du recul, je me suis dit que c'était de la triche. J'avais perdu pas mal de kilos et j'avais une bonne dose de corticoïdes ». Les projets de Régis ne s'arrêtent pas là. En novembre 2006, il prend le départ du mythique marathon de New York. « Je pensais le faire un jour mais pas si tôt », explique le jeune homme qui avoue que la greffe a précipité sa décision. Un autre défi lui tenait à coeur : l'ascension du Mont-Blanc. Un projet qu'il avait dû reporter à cause de la greffe mais pas question d'y renoncer : le 14 juillet de cette année, Régis est monté sur le toit de l'Europe. Un grand moment qu'il n'est pas près d'oublier même s'il ne veut surtout pas parler d'exploit. Le Brestois avoue que la greffe l'a changé. « Je pense que j'ai un caractère plus fort. Je suis plus déterminé. Je sais ce que je veux et je me donne les moyens de faire les choses ».
« Je suis normal »
C'est aussi pour lui le moyen de dire : voilà je suis normal, je fais ce que j'ai envie de faire. Et de répondre à tous ceux qui, autour de lui, pensaient qu'il devrait renoncer à presque tout ce qu'il aimait. Même s'il doit faire un peu attention, Régis n'a renoncé à rien. Et surtout pas, de temps en temps, à une bonne petite fête.
Yvon Corre. 20/09/07