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Erika. L'heure des comptes Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Erika. A qui la faute ? (Le 28/03/2007)

La faute au capitaine. À la tempête. À un vice caché... Hier, chaque partie a pu livrer sa théorie sur les causes du naufrage de l’Erika. Ultime étape avant la bataille d’experts.

La première autopsie du naufrage de l’Erika a duré près d’un mois et demi. Un mois et demi pour entendre à nouveau que le pétrolier avait été mal entretenu, que les dispositifs de surveillance et de secours en mer étaient, à cette époque, sous-équipés. Un mois et demi pour tenter de savoir qui savait quoi (lire ci-dessous), quelques heures avant que l’Erika ne se brise en deux. Hier, tournant du procès, le tribunal a finalement posé LA question : pourquoi le navire s’est-il brisé ? « La faute à la tempête et au phénomène de "slushing", un mouvement très violent de la cargaison provoqué par le mauvais état de la mer, et qui provoque de graves lésions structurelles au navire », considère l’armateur de l’Erika, Giuseppe Savarese. Et l’entretien calamiteux du navire ? « Il répondait à toutes les règles. Des travaux avaient été faits et de nombreux contrôles effectués », répond l’Italien qui veut bien tout de même se reconnaître comme « moralement responsable ».
Ofni : objet flottant non identifié
C’est au tour d’Antonio Pollara. Pour lui aussi, c’est la faute au « slushing ». Et d’ajouter, avec sa verve habituelle : « L’Erika avait un problème structurel qui était connu de l’IACS, cette association qui regroupe les dix "meilleures" sociétés de classification de navires au monde. Ce bateau aurait dû avoir une structure plus lourde pour éviter ce phénomène de slushing. L’IACS le savait et n’a rien dit ». Lui n’a, en tout cas, pas hésité à revoir à la baisse l’épaisseur des tôles utilisées lors du dernier grand chantier de révision de l’Erika... Travaux dont le suivi et le contrôle étaient assurés par le Rina. La société de classification italienne oublie cet épisode et préfère attribuer la paternité du naufrage « au comportement du commandant de l’Erika ». « Les transferts de cargaison qu’il a ordonnés ont accentué les effets de torsion et de compression sur la coque... » Il y avait bien une fissure originelle, mais le Rina, après en avoir un temps attribué la cause à une probable collision de l’Erika avec un Ofni - un objet flottant non identifié - préfère y voir désormais la marque d’un « événement extérieur ».
La bataille des experts
Pour sa part, Total ne démord pas du « vice caché », « indétectable pour l’affréteur », donc pour lui. Quel vice ? « Un vice lié à la structure ». Du bout des lèvres, l’un des représentants de Total veut bien mettre en cause l’entretien du navire. Un autre estime qu’il faut « rechercher les responsabilités du côté de l’armateur, de la société de classification et de l’État du pavillon (Ndlr, Malte, qui n’est pas poursuivi) ». Les autorités françaises, elles, n’ont « pas de commentaire à faire ». Quant aux deux locataires italiens de l’Erika, qui l’ont sous-loué à Total, ils sont « dans l’incapacité de se prononcer ». « Même les experts ne sont pas d’accord entre eux ! » Ils viendront le dire à la barre, dès lundi prochain.
« Total aurait dû nous contacter »
Qui connaissait l’état réel de l’Erika, quelques heures avant qu’il ne sombre ? Les autorités maritimes, dont le « manque de curiosité » a étonné à plusieurs reprises le président du tribunal, ne savaient rien. Pourtant, à terre, des informations circulaient. Antonio Pollara, le gestionnaire nautique et commercial du navire, n’ignorait rien des fissures, puis des fuites de pétrole à la mer. Total, dont la cargaison de l’Erika était destinée à l’un de ses gros clients, était parvenu à joindre le navire, dont le commandant aurait alors tenu « des propos rassurants ». Lui a déclaré l’inverse lors de l’enquête. « Je leur ai tout raconté ». Impossible de savoir qui dit vrai. Lundi dernier, les autorités maritimes ont fini par charger Total. « Nous sommes persuadés qu’ils avaient des informations que nous n’avions pas. Ils auraient dû nous contacter ». Fureur du groupe pétrolier qui répond : « Nous n’étions pas dotés de pouvoirs surnaturels ! Comment aurions-nous pu savoir que le navire allait se briser ? » Et, le groupe pétrolier, à son tour, de montrer du doigt le Rina, le bureau de classification chargé de contrôler l’Erika, et Antonio Pollara, « extrêmement défaillants ».

Hervé Chambonnière

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