Carton blanc. 10 minutes dehors !
La saison prochaine, les jeunes footballeurs de 13 à 18 ans des districts 22 et 35 pourront être exclus dix minutes s’ils contestent les décisions de l’arbitre. Le carton blanc a-t-il sa place chez les seniors ? Et chez les pros ?
L’idée est bonne et ne date pas d’hier. Devant l’insistance de plusieurs districts favorables à l’expulsion temporaire, la Fédération a pris les choses en main le 31 mai dernier en modifiant ses textes. Depuis le 1 e r juillet, « l’exclusion temporaire d’une durée de dix minutes peut s’appliquer dans toutes les compétitions de ligue et de district ». A but uniquement « préventif et éducatif, elle n’entraînera aucune suspension pour le joueur ni amende financière pour le club ». La Ligue de Bretagne y a précisé le motif - « contestation par paroles, par gestes ou par actes des décisions de l’arbitre » - et y a ajouté le mot « jeunes ». Ainsi, dès la reprise, les 13, 15, et 18 ans des Côtes-d’Armor et d’Ille-et-Vilaine pourront être sanctionnés d’un carton blanc. « Nos jeunes arbitres nous quittent car ils sont lassés qu’on conteste leurs décisions. Il faut quand même savoir que 30 % des cartons sont distribués pour des contestations, argumente Rémy Féménia, président du district des Côtes-d’Armor. Je suis persuadé que ce carton blanc va libérer les arbitres. J’ai cru naïvement que tout le monde allait accepter ça ». Eh bien non. Il n’y aura pas de carton blanc en Finistère ni en Morbihan, qui a d’ailleurs rejeté à l’unanimité cette proposition. L’ancien arbitre breton de Ligue 1, Ameziane Kendhek, avait déjà essayé d’installer le carton blanc dans le Sud-Finistère il y a trois ans, « mais les gens trouvaient que c’était trop contraignant pour les arbitres. Je trouve que si l’on ne tombe pas dans l’excès, c’est une très bonne mesure préventive, qui devrait être aussi appliquée chez les seniors ». « Casser le système contestataire » Pour le moment, le foot breton en est au stade de l’expérimentation chez les jeunes. « Je ne pense pas que ce soit nécessaire chez les seniors et chez les pros, juge Féménia. Il faut surtout casser le système contestataire. C’est une mesure éducative et non répressive. Si les parents voient leur gamin expulsé pour avoir trop contesté, ils vont peut-être lui dire d’arrêter ses bêtises et si son équipe prend un but quand elle est à dix, il va peut-être se poser des questions. Mais si on s’aperçoit que cette mesure n’a, à l’avenir, aucune conséquence chez les seniors, il faudra peut-être y venir ». Tout le problème est là, finalement. Car, quelle réaction aura un jeune senior lors de son premier match en PH quand il verra ses partenaires faire le contraire de ce qu’on lui a toujours appris ? Et que pensera un jeune de 15 ans devant sa télé un soir de Ligue des champions en voyant ses idoles entourer l’arbitre en vociférant ? Le dimanche suivant, il est fort à parier que le naturel reviendra vite au galop.
Bertrand Layec. « Pourquoi pas chez les pros ? »
Conseiller technique régional de l’arbitrage, Bertrand Layec, l’un des meilleurs arbitres français, trouverait plus logique que cette mesure soit appliquée chez les seniors.
Que pensez-vous de l’expérimentation de l’expulsion temporaire chez les jeunes ? « Pédagogiquement, philosophiquement, la démarche est intéressante. Mais ne la mettre en place que chez les jeunes n’est pas une bonne chose. Ça ne va pas dans le bon sens car ces rencontres sont dirigées par de jeunes arbitres. Ce n’est déjà pas simple pour eux et on va leur demander en plus de prendre une telle décision, qui n’est pas évidente à prendre, puis ensuite de la gérer. Laissons-les apprendre à arbitrer avant de leur demander ce genre de choses. » Craignez-vous que les arbitres aient du mal à appliquer cette nouvelle règle ? « Je crois qu’on leur met encore sur le dos une responsabilité particulière. C’est toujours aux arbitres d’être responsables. Je suis désolé, mais pourquoi les éducateurs ne le seraient-ils pas aussi ? La notion de remplaçant-remplacé existe. Elle pourrait leur permettre de sortir temporairement un joueur énervé mais ça n’arrive que très rarement. »
Que préconisez-vous pour la mise en place de l’expulsion temporaire ? « Je suis partisan de l’appliquer au plus haut niveau de la Ligue. L’expulsion temporaire s’est déjà pratiquée en Coupe de Bretagne il y a 20 ans. Je m’en souviens, j’étais arbitre de Ligue. Car quand on a un vrai projet pédagogique, il faut le mettre en place au plus haut niveau. Montrer l’exemple en DH aurait plus d’impact et donnerait sûrement un résultat plus probant qu’en 13 ans départementaux, vous ne croyez pas ? »
Selon vous, une telle mesure aurait donc aussi sa place chez les pros. ..
« Pourquoi pas ? Avec des arbitres plus solides (sic), rompus au haut niveau, ce pourrait être très intéressant, notamment lors d’un conflit entre deux joueurs, de pouvoir sortir les deux joueurs pour qu’ils se calment. Toutefois, je ne suis même pas conva
incu que l’expulsion temporaire puisse arranger tout ça. La contestation fait tellement partie de la nature humaine et de la culture footballistique. »
Un premier pas ou une expérience sans lendemain...
De la théorie à la pratique, il y a parfois un fossé. « L’arbitrage footballistique, c’est 90 % à l’appréciation de l’arbitre.
Alors, forcément, parfois, il peut se tromper. Les règles du jeu font qu’il y a plus matière à contester dans le foot qu’ailleurs », dit Bertrand Layec. Cela dit, la contestation est un mal profond de ce sport, presqu’une exception culturelle contre laquelle il faut lutter, sans pour autant rompre le dialogue joueur-arbitre. Même si Rémy Féménia promet qu’il va essayer « de mettre le plus possible d’arbitres seniors pour les matchs de jeunes », on peut toutefois se poser des questions sur la façon de gérer cette nouvelle donnée, surtout au niveau le plus bas. D’autant que, comme le précise le texte fédéral, « le décompte du temps est sous la responsabilité de l’arbitre ». Même si chez les jeunes, « ça ne conteste pas beaucoup », dit Kendhek, cette mesure semble toutefois plus propice au très haut niveau puisque cet aspect pourrait être placé sous la responsabilité du quatrième arbitre. Essayer cette formule chez les jeunes ne peut être qu’un premier pas ou sera une expérience sans lendemain. Pourquoi ne pas la tester chez les grands ? Qu’on ne vienne pas nous dire qu’ils contestent moins que les jeunes...
Dans les autres sports co
HANDBALL. Une exclusion temporaire de deux minutes est possible pour une entrée irrégulière sur l’aire de jeu, pour des attitudes antisportives ou des irrégularités répétées, mais aussi pour ne pas déposer le ballon au sol en cas de jet franc. Exclusion définitive également en cas de faute présentant un risque pour l’intégrité physique de l’équipe adverse ou comportement antisportif grossier (l’exclu peut toutefois être remplacé par un autre joueur).
BASKET-BALL. Pas d’exclusion temporaire en raison du trop faible nombre de joueurs sur le parquet (5). Exclusion définitive après cinq fautes (le joueur est remplacé par un autre). Des fautes techniques en cas de comportement antisportif peuvent être infligées mais elles ne donnent lieu qu’à des lancers francs supplémentaires.
RUGBY. Le carton blanc (exclusion temporaire de 10’) sanctionne les fautes répétées au sol, dans les mauls et les regroupements ; le carton jaune (exclusion temporaire de 10’) sanctionne les gestes violents ; et le carton rouge signifie l’expulsion définitive du joueur.
HOCKEY SUR GLACE. Plusieurs types de pénalités donnent lieu à des expulsions temporaires de durées différentes : pénalité mineure (2’) ; pénalité majeure (5’, le joueur est exclu pour tout le match mais son remplacement n’est possible qu’après une période d’infériorité numérique de 5 minutes) ; pénalité de méconduite (10’, remplacement du joueur possible immédiatement). Expulsion définitive au bout de deux pénalités de méconduite (remplacement du joueur possible immédiatement).
RINK-HOCKEY. Trois couleurs de cartons : le jaune, le bleu, le rouge. Le jaune est considéré comme un avertissement. Le carton bleu, qui équivaut à deux cartons jaunes, signifie pour le joueur une exclusion temporaire de cinq minutes et le carton rouge signifie l’exclusion définitive pour le joueur.
Volley-ball. Pas d’expulsion temporaire. Première conduite grossière : perte de l’échange. Deuxième conduite grossière ou première conduite injurieuse : expulsion (le joueur est remplacé mais doit rester pendant le match dans l’aire de pénalité). Disqualification (le joueur quitte l’aire de compétition).
Eric Daniellou. 16/07/2008.
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