Pétanque. Une centenaire en pleine réforme
En 2007, la pétanque a 100 ans. Le bel âge pour... se réformer en profondeur. Confrontée depuis une dizaine d’années à une forte érosion de ses effectifs expliquée notamment par des dérives comportementales, la Fédération française de pétanque et de jeu provençal (FFPJP) a décidé de réagir.
Afin de restaurer la moralité et la convivialité partiellement envolées dans le but de reconquérir la base, elle entend désormais privilégier une pratique beaucoup plus collective. La création d’un championnat des clubs, sensé à terme prendre le pas sur les compétitions individuelles, est l’axe fort d’une politique révolutionnaire. L’avènement d’une première division nationale d’élite est prévu pour 2010. A la base, les premiers championnats départementaux sont sur le point de débuter en Bretagne.
Une D1 nationale dès 2010
En dix ans, les effectifs fédéraux sont passés de 520.000 à 380.000 joueurs. C’est pour tenter d’inverser la tendance que les dirigeants, réunis en congrès à Dax en janvier 2006, ont décidé la création d’un championnat des clubs, calqué sur ceux existant dans les sports collectifs. De la base au sommet, des divisions départementales, régionales et nationales vont donc voir le jour. La victoire enfin pour les plus modestes « Les comités avaient deux ans pour mettre en place des championnats départementaux », explique le Finistérien André Plaçon, membre du comité directeur de la FFPJP en détaillant l’échéancier. « Dès 2008 on aura une élite départementale. On passera ensuite à des divisions régionales en 2009, puis nationales en 2010. Il y aura peut-être deux ou trois zones géographiques au début, mais à terme, l’idée est d’avoir une D1 et une D2, comme au foot ». On peut aussi regarder la pyramide dans l’autre sens. En effet, de même que la création de divisions d’élite est de nature à attirer vers des circuits officiels maîtrisés l’argent irriguant la pétanque, l’existence de divisions départementales est riche de promesses pour les joueurs les plus modestes. Après parfois des années de frustrations, certains vont découvrir le plaisir de la victoire. « Dans tous les sports il y a des niveaux, sauf à la pétanque » relève Annie Kervern, la présidente du Comité du Finistère, qui comprend le découragement de certains. « Rencontrer tout le temps l’élite, ce n’est pas facile. » Sans compter que ce sont toujours les mêmes (les meilleurs) qui raflent en bout de course les mises déposées à l’inscription par le plus grand nombre. Vive « l’esprit club » « Comme dans les autres disciplines où il n’y a pas d’argent à petit niveau », les championnats des clubs ne donneront donc lieu à aucun versement d’argent. « La convivialité et l’esprit club y gagneront ». Tous en sont persuadés, à la lumière de ce qu’ils ont constaté depuis huit ans à travers la Coupe de France, dont le championnat des clubs reprend largement la formule (lire par ailleurs). Yannick Thibout, président d’un Comité d’Ille-et-Vilaine parti dans l’aventure avec un an d’avance, acquiesce avec le sourire. Autre progrès incontestable : la maîtrise du temps. Au lieu de patienter parfois « pour rien » jusqu’à 22 h et une défaite en demi-finale de consolante, tous en auront fini vers 18 h 30 après avoir joué trois parties, quoi qu’il arrive. « Ça risque d’enlever la pression de l’élimination qui fait la différence entre les joueurs », estime un des meilleurs joueurs bretons, pas loin de penser que l’élite boudera le championnat des clubs. « La première année sans doute. Mais si ça marche, les meilleurs viendront », répond Philippe Stéphant, le président morbihannais. Ne sont-ils pas venus à la Coupe de France, où l’équipe finistérienne du Relecq-Kerhuon (29) s’est inclinée l’an dernier en demi-finale contre une équipe niçoise emmenée par Quintais, Suchaud et Lacroix, trois des stars françaises de la discipline ?
« Ce sont les joueurs qui vont décider »
Président du comité du Morbihan mais aussi joueur de tout premier plan, Philippe Stéphant est convaincu à 200 % par la réforme en cours.
- La réforme est inspirée de la Coupe de France. En quoi cette épreuve a-t-elle modifié le paysage ? « Elle a démontré aux joueurs devenus trop individualistes qu’ils pouvaient avoir un esprit club, chose qui s’était perdue depuis des années. Les joueurs avaient trop tendance à changer de club tous les ans. Depuis qu’il y a la Coupe de France (1999), le nombre de mutations a chuté. » - Comment les clubs accueillent-ils la réforme ? « Dans les départements qui ont débuté l’an dernier, c’est mitigé. Dans certains départements, ça a plu, dans d’autres moins. Dans le Morbihan, j’ai l’impression que l’accueil est favorable. Seuls deux clubs sur 25 ont choisi de ne pas participer. Maintenant, ce sont les joueurs qui vont décider du succès ou de l’échec. S’ils s’en désintéressent, il faudra trouver une autre solution. » - Quelle était la marge de manœuvre des comités dans la mise en place des championnats ? « Elle était totale. On aurait pu démarrer l’année dernière, mais on a préféré se donner un an pour mûrir un projet. On démarre à zéro avec six groupes et on a décidé de mettre tout le monde au même niveau. On aura donc plusieurs équipes d’un même club dans la même division, mais pas dans le même groupe. En fonction des résultats on fera des divisions départementales l’an prochain. Sans doute trois. »
Argent, alcool, violence. Le cocktail infernal
« On est moins exposé en Bretagne ». En préambule, il y a toujours cette phrase. Puis tous évoquent les trois mêmes maux. L’argent. L’alcool. La violence découlant des deux autres. Trois fléaux majeurs que le monde officiel de la pétanque est bien décidé à bouter hors de ses terrains.
Un « beau » concours de pétanque commence vers 14 h 30. Pourtant, bien souvent, on a changé de jour lorsque la dernière boule est tirée au cœur de la nuit. « C’est beaucoup trop long », déplore André Mével, le président du Comité des Côtes-d’Armor, en établissant un lien de causalité : « Alcool aidant (sic), ça donne une mauvaise image de notre sport ». « Certains viennent avec des fusils » L’alcoolisation excessive constitue pour lui « un des deux gros problèmes » de la pétanque. L’autre ? « Le pognon, le pognon, le pognon. Même pour 30 € parfois, il y a des invectives ». Comme les autres présidents départementaux, la Finistérienne Annie Kervern revient du congrès national à Ajaccio. Elle en remonte des échos inquiétants. « Dans le sud, il y a pas mal de violence due à l’argent et à l’alcool ». Un fléau épargnant toutefois relativement la Bretagne. « Ça a d’ailleurs fait rire au congrès lorsqu’on a dit qu’on n’avait pas trop de problèmes d’alcool en Bretagne », sourit le Morbihannais Philippe Stéphant, un peu effaré par ce qu’il a entendu à Ajaccio. « L’argent attire de bons joueurs n’ayant pas forcément une bonne mentalité. Alcool aidant (sic), il y a parfois des problèmes en fin de concours. Des tricheries, des intimidations, voire des bagarres. En Gironde, par exemple, certains viennent avec des fusils dans les concours où il y a de l’argent. Au point que, pour organiser un beau concours, il faut désormais l’aide de la gendarmerie ». 12 équipes au lieu de 300 En Gironde toujours, « il y a même eu un mort il y a deux ou trois ans », rappelle le Finistérien André Plaçon, membre de la commission de discipline de la fédération. « Dans de nombreux départements sous la Loire, la violence verbale a fait place à la violence physique. En Haute-Garonne, il y a deux-trois ans, un concours accueillant habituellement 300 équipes n’en avait réuni qu’une douzaine. Les gars s’étaient mis à la porte et avaient empêché tout le monde de rentrer. Puis ils s’étaient partagé les prix, que l’organisateur avait été obligé de verser ». Depuis, le concours en question a disparu du calendrier. La pétanque ne veut pas connaître le même sort.
En bref
DÉMARRAGE EN ORDRE DISPERSÉ. Après l’Ille-et-Vilaine, qui avait choisi de démarrer dès 2006 dans la foulée du congrès de Dax, les trois autres départements bretons s’apprêtent à organiser leur premier championnat des clubs. Le Finistère ouvrira le bal le 18 février (neuf dates), suivi par le Morbihan (sept journées entre le 4 mars et le 21 octobre). Les Côtes-d’Armor attendront le printemps. SIX À HUIT JOUEURS PAR ÉQUIPE. La formule est largement calquée sur celle de la Coupe de France. Les équipes sont composées de six à huit joueurs (possibilité d’un ou deux remplaçants). Elles s’affrontent deux par deux en trois temps : six tête à tête, trois doublettes et deux triplettes, rapportant respectivement deux, quatre et six points. Les groupes sont composés d’un nombre impair d’équipes afin qu’à chaque journée, un club soit exempt et puisse accueillir les autres équipes du groupe, s’assurant par là même une recette (buvette, sandwichs). « PAS INQUIET » POUR LE BUDGET. L’évolution vers une D1 nationale supposant de longs déplacements à travers la France nécessitera un budget considérable. André Plaçon et les dirigeants fédéraux ne semblent cependant pas très inquiets. « Il y a déjà des clubs comme Nice, Ambert ou Clermont-Ferrand qui ont des partenaires et sont semi-pro. Il y a pas mal d’équipementiers intéressés par la pétanque et on commence à avoir pas mal de couverture médiatique TV, avec des retombées à la clé. Je ne suis pas trop inquiet. Ce sera aux dirigeants de mouiller leurs maillots en sollicitant les partenaires privés, mais aussi les collectivités régionales et Jeunesse et sports, qui donnent des subventions conséquentes. »
Benoit Siohan. 13/02/2007
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Face à la forte érosion de ses effectifs, la Fédération française de pétanque a lancé un championnat des clubs. Objectif pour 2010, l’avènement d’une première division nationale d’élite où l’on pourrait, par exemple, retrouver le champion du monde rennais Julien Lamour. (Photo Jean René)
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