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Femmes. Le sport ou les enfants d’abord ?

De trois à six entraînements par semaine, plus une compétition, parfois très loin de la maison, le week-end : la pratique du sport de haut niveau est dévoreuse de temps. Dès lors, comment la concilier avec un emploi et une famille ?

Le problème se pose avec une acuité particulière pour les femmes qui, devant l’impossibilité matérielle ou financière de faire garder leurs enfants aux heures d’entraînements, choisissent trop souvent d’arrêter le haut niveau quand ce n’est pas le sport tout court. Inspiré par l’expérience lancée à Brest en 2004 autour des basketteuses de l’Etoile Saint-Laurent, le Comité Régional Olympique et Sportif (CROS) a réussi à entraîner dans son sillage l’État et la Région pour aider, dès cette année, 32 sportives bretonnes. « Un premier pas » qui en appelle d’autres dans les années à venir.
1.500 euros d’aide pour 32 mamans
Elle est femme, basketteuse et finistérienne. Jacqueline Palin, présidente de la ligue de Bretagne de basket-ball avait donc trois bonnes raisons d’être alertée par l’expérience menée autour des « filles de Saint-Laurent ». Au fil des nombreux colloques intitulés « femmes et sport », organisés en 2004 et 2005, celle qui est aussi vice-présidente du CROS a mesuré un peu plus encore les difficultés pour de nombreuses jeunes femmes de continuer le sport après la maternité. « Beaucoup sont obligées d’arrêter, ce qui se traduit parfois par la relégation de l’équipe, dans les sports collectifs. »
« C’est la femme qui arrête »
Inlassable combattante des luttes pour la parité, Jacqueline Palin relève aussi ceci : « Presque systématiquement, dans les couples de sportifs, c’est la femme qui arrête. » Main dans la main avec Lucien Thomas, son président au CROS, madame la vice-présidente a sonné à toutes les portes : celle de l’État, incarné au-delà de la DRJS par une ancienne préfète (Bernadette Malgorne) très sensibilisée aux questions de parité; celles également de la Fondation du sport et de la Région Bretagne, toutes deux séduites par une démarche novatrice. Grâce aux fonds privés et publics (*) récoltés, 32 sportives bretonnes bénéficieront cette saison d’une aide d’environ 1.500 euros chacune afin de faire garder leurs enfants en bas âge (-10 ans). Il s’agit exclusivement pour cette première année de pratiquantes de sports collectifs (basket-ball, handball, volley-ball, football et rugby) évoluant au plus haut niveau régional dans leur discipline. Un choix excluant les sports individuels justifié par des horaires d’entraînement moins faciles à contrôler que dans les sports collectifs. Pas question, en effet, d’utiliser l’argent versé pour aller s’acheter une petite robe, ni même pour faire bouillir la marmite. D’ailleurs, les mamans concernées ne toucheront pas d’argent mais des chèques emploi service universels (CESU). (*) La fondation du sport versera 15.000 € par an pendant trois ans; l’Etat s’est engagé pour 12.055 € via la DRJS et 10.000 € émanant de la préfecture de région. Enfin, le CROS a puisé dans ses fonds propres à hauteur de 10.000 €.
Les mamans de Saint-Laurent
C’est leur singularité qui avait attiré l’attention. En 2004, les filles de l’Etoile Saint-Laurent avaient accédé à la Nationale 2 de basket-ball, un niveau dont l’exigence en terme de disponibilité est telle qu’il fait souvent fuir les mamans. Or, elles étaient six à s’aventurer dans ce monde d’ordinaire réservé aux jeunes filles. L’Office des sports de Brest et le Conseil général du Finistère ont contribué à le leur rendre moins rude.
Salle de la Brasserie, jeudi 11 janvier. Martine Le Néa arrive la première, encadrée en cadence par deux bouts de choux. Boum-boum-boum-boum, c’est le bruit des rebonds commandés de mains de petits maîtres par Quentin, 6 ans et Coralie, 3 ans. Le père et mari viendra plus tard récupérer les deux petits. Parfois, il est d’astreinte et il ne peut pas. Ça vaut pour les trois entraînements hebdomadaires comme pour les matchs, le week-end. A l’extérieur, c’est départ le samedi matin et retour dans la nuit suivante. Au mieux. Alors il faut gérer, et souvent, payer quelqu’un.
« J’aurais eu un deuxième enfant... »
Laure Lucas, un petit garçon de six ans et un mari marin, est dans la même situation. « Il est clair que s’il n’y avait pas eu le basket, j’aurais eu un deuxième enfant », dit-elle. Mais là, avec le travail en plus, elle a dû faire un choix. Ce jour-là, Alexandra Cadiou en a fait un autre : sécher l’entraînement du soir pour rester avec Enzo, dont c’est l’anniversaire. Martine, Laure, Alexandra : elles ne sont plus que trois, les « mamans de Saint-Laurent », contre six il y a deux ans. Depuis, « Béatrice a arrêté et Roxane et Morgane sont parties ». La dernière, Morgane Le Corvic, l’a clairement fait parce que ce n’était plus jouable pour elle de tout concilier. « Mon mari travaille de nuit. A un moment donné, il faut faire un choix. C’est soit courir tout le temps et être en constante recherche de mode de garde, soit arrêter une des activités. » Elle a donc arrêté le basket à haut niveau, même si elle continue en Prénationale à Guipavas.
« Même les troisièmes mi-temps... »
Depuis 2004, et grâce à l’action de Jo Robert, l’ancienne présidente de l’Office des sports brestois, qui avait obtenu pour elles une subvention départementale, les filles de Saint-Laurent sont aidées. Mais ça ne règle pas tout, loin de là. « Dans notre championnat, on fait vraiment figure d’exception. Dans la plupart des autres équipes, il y a au maximum une maman. Notre nouvel entraîneur cette saison, Philippe Longeras, a été surpris : il voulait nous faire des entraînements entre 12 h et 14 h, comme dans les autres équipes, où ce sont surtout des étudiantes. Mais avec le travail et les enfants, ce n’est pas possible. » Comme beaucoup d’autres choses. « Femme, maman, travail, sport, à un moment on ne peut pas tout assumer. Même les troisièmes mi-temps, contrairement aux hommes, on n’y a pas souvent droit. »
« Quand tu finis ton travail, la nourrice aussi »
Après avoir annoncé sa fin de carrière à l’automne, Sibylle Phelippeau ne parle plus aujourd’hui que d’impasse hivernale. L’athlète morbihannaise en profite pour redécouvrir des petits plaisirs aussi simples que faire les soldes ou emmener ses deux enfants au cinéma. Avant, elle n’avait pas le temps.
- Sibylle Phelippeau, en quoi est-il difficile de concilier maternité et pratique sportive intensive ? « Déjà, ce n’est pas évident de s’arrêter pour aller au terme d’une grossesse lorsqu’on a un niveau correct. Après, lorsque les enfants sont là, c’est très difficile de concilier travail, enfants et sport. Quand tu finis ton travail, la nourrice aussi. Moi, j’étais obligée de repayer quelqu’un pour faire mes séances. Et puis, quand les enfants tombent malades, au lieu d’aller t’entraîner, tu passes ta soirée dans la salle d’attente. »
- Les hommes et les femmes sont-ils logés à la même enseigne ? « Oh non ! Dans la plupart des couples, les tâches ménagères, les enfants, c’est pour la femme. On trime plus. »
- La mère ou la championne, l’une des deux doit-elle se sacrifier ? « Oui, je pense. A Paris, j’ai connu deux sœurs qui avaient un bon niveau et qui s’y accrochaient aux dépens de leur vie de femme. Elles sont restées célibataires toutes les deux et lorsque je les ai revues quelques années après, elles n’étaient pas épanouies. Je pense qu’elles sont passées à côté de leur vie. »
- Que pensez-vous du dispositif mis en place par le CROS ? « C’est une très bonne idée. Dommage que ça n’existait pas de mon temps ! »

TREIZE CLUBS CONCERNÉS. Treize clubs bretons représentant cinq disciplines sont concernés par l’opération à travers leurs joueuses. Basket-ball (EO Landerneau, Rennes PA, Pleyber-Christ BC, Avenir de Rennes, Etoile Saint-Laurent, AL Saint-Brieuc), volley-ball (CPB Rennes), handball (ES Plescop, Lanester HB, CJF Saint-Malo), rugby (Stade Rennais), football (FC Bergot, ASPTT Vannes).
LA RÉGION PENSE AUSSI AUX HOMMES. La Région a également voté début décembre ce que son vice-président chargé des sports, Daniel Gilles, qualifie de « dispositif modeste et expérimental ». Cette somme de 10.000 euros n’abondera pas les 47.000 euros réunis par le CROS mais sera ventilée en 45 parts. En bénéficieront les 32 mamans issues de la liste établie par le CROS, ainsi que 13 autres parents - parmi lesquels 11 hommes - sélectionnés par les services du conseil régional sur ses listes de sportifs de haut niveau et bénéficiant déjà à ce titre d’aides spécifiques. « Le CROS a choisi d’opter pour "femmes et sport", nous, nous sommes plutôt sur une logique d’égalité hommes-femmes », résume l’élu.

Benoit Siohan, le 17/01/2007


Depuis 2004, les mamans du club de basket-ball de Saint-Laurent (ci-dessus Martine, Laure et Alexandra et leurs enfants) sont s outenues par l’Office des sports de Brest et le conseil général du Finistère. (Photo Ludovic Daniel)
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