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Sport. Les enquêtes du Télégramme Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Soins ou dopage ? Des sportifs fragiles....

Simple droit de se soigner ou autorisation médicale de se doper ? Le justificatif thérapeutique a changé de nom (il est devenu AUT, Autorisation d'utilisation à des fins thérapeutiques) mais suscite toujours la même polémique.

Soignés ou dopés ? Qu'elle est bonne cette question. Et qu'il est difficile d'y répondre. Les frontières sont en effet ténues entre ceux qui se soignent vraiment et ceux qui utilisent des justificatifs thérapeutiques à des fins beaucoup moins avouables. Comment faire vraiment la part des choses, sinon par la radicalisation. On fait de l'asthme à l'effort ? On fait moins d'efforts violents, tout simplement. On court moins vite, on pédale moins fort... Tant pis pour la performance : la santé d'abord. Le propos est dur, sans doute. Et les personnes qui en sont victimes peuvent se sentir agressées. Mais loin de nous de vouloir leur interdire le sport : ce qui pose problème c'est la compétition, uniquement elle. Comme un myope ne pourra jamais être pilote de chasse ou une personne de petite taille gardien de la paix, quelqu'un qui, pour se soigner, a besoin de médicaments inscrits sur la liste interdite ne devrait pas être autorisé à prendre part à des épreuves officielles donnant lieu à classement. Dur, mais clair : là, au moins, la «justif» ne prêterait pas le flanc à l'injustice, à la triche. Et un petit pas de plus serait franchi vers un sport plus propre.
Sport sur ordonnance
«Tous asthmatiques !». Prononcés avec autant de dédain que de moquerie, ces deux mots résument souvent le peu de crédit accordé à l'asthme d'effort des sportifs.
Armand Mégret, le médecin de la Fédération Française de Cyclisme (FFC), justifie pourtant le droit aux soins pour cette maladie qu'on pourrait quasiment qualifier de professionnelle. Il est, en revanche, plus réservé à propos d'autres autorisations, notamment celles qui prescrivent les corticoïdes pour soulager divers maux. «L'asthme d'effort guette tous ceux qui pratiquent un sport d'endurance, comme le vélo, la course sur route ou le ski de fond. Ils absorbent des milliers de litres d'air et sont l'objet d'agressions par les microbes, les graminées, les pollens... On en arrive ainsi à une hyperréactivité bronchitique liée au cumul de ces agressions et on enregistre un nombre croissant de sujets atteints d'asthme d'effort», explique le Lannionnais Armand Mégret.

Cadre précis

Le médecin de la FFC indique que, pour se soigner, le sportif peut avoir recours à un produit interdit. Mais, attention, pas dans n'importe quelles conditions. «En cyclisme, pour obtenir une AUT, Autorisation d'utilisation à des fins thérapeutiques, le coureur doit subir toute une série d'examens pratiqués par des gens qui n'ont rien à voir avec le vélo. D'ailleurs, il n'y a guère qu'une vingtaine de plateaux agréés, tous dépendant de CHU, pour les réaliser. Bref, il existe un cadre bien précis à respecter». AUT en poche, le coureur peut user du médicament interdit mais pas question d'en abuser. «Il existe un dosage précis à respecter et, à l'issue d'un contrôle urinaire, il est très aisé de déterminer si le coureur s'est soigné ou s'est dopé», précise Armand Mégret, qui ne doute pas une seule seconde de l'honnêteté du Brestois Eric Berthou, pourtant sanctionné (voir ci-contre) à l'issue du Circuit de la Sarthe.

Dérives possibles

«Le salbutamol, prescrit contre l'asthme d'effort, peut devenir un anabolisant s'il est pris en grosse quantité mais les doses trouvées chez Berthou sont infimes. S'il a été sanctionné, c'est pour une faute administrative. Son AUT était bien validée par la FFC mais il a omis de la faire homologuer par l'Union Cycliste Internationale, ce qui est obligatoire depuis cette année». S'il n'éprouve pas d'état d'âme concernant l'usage du salbutamol, Armand Mégret a un avis beaucoup plus nuancé à propos des corticoïdes, médicaments prescrits contre divers maux sous couvert d'AUT. «Là, ça devient plus chaud car les dérives sont possibles. Cela dit, c'est la nature même des corticoïdes qui est sujette à contestation : les Anglo-Saxons considèrent que ce n'est pas un produit dopant, à la différence des Latins et... de l'Agence Mondiale Antidopage». Pas toujours simple de tracer la frontière entre soins et dopage. Et encore moins simple de pincer les petits malins qui la franchissent illégalement.
Benoît Poilvet : « Quand on est malade. . . »
Contrairement à beaucoup, Benoît Poilvet se prononce contre la délivrance systématique des fameuses AUT, le coureur de Plouigneau estimant qu'elles servent trop souvent d'alibi à la prise de produits interdits. Il ne mâche pas ses mots.
- Pour ou contre les justificatifs thérapeutiques ?

«Personnellement, je suis plutôt contre pour la simple et bonne raison qu'il y a beaucoup trop d'abus. On ne compte plus le nombre de coureurs qui, pour soigner un mal de genou ou un bouton à la selle, se font prescrire une pommade contenant de la cortisone. Ils continuent de faire du vélo, justificatifs thérapeutiques à l'appui, comme si de rien n'était. Le problème, c'est qu'ils profitent de leur AUT pour se faire des injections de cortisone. Ni vu, ni connu. Et là, forcément, ça change tout...»

- C'est-à-dire ?

«Les contrôles ne sont pas capables de faire la différence entre la prise d'une simple pommade contenant de la cortisone et l'injection pure et dure de ce produit. Pourtant, l'efficacité n'est pas la même. Après, c'est la porte ouverte à tout : certains vont prétexter une tendinite à un genou pour se faire prescrire une pommade et se faire ensuite des injections en douce. Pareil pour certains asthmatiques : ils vont demander le droit d'utiliser un produit en spray, produit qui contient la même molécule que ceux à la cortisone. Ils s'arrangent même pour dire à leur médecin que tel ou tel spray leur convient mieux. On sait tous pourquoi...»

- Quelles sont solutions prônez-vous alors ?

«Si tout le monde était honnête, la question ne se poserait pas : les gars qui ont besoin de se soigner pourraient le faire ce qui, sur le fond, serait peut-être une bonne chose. Mais il y en a qui trichent et à partir de là, pas de bol pour les mecs clean, il ne faut pas faire de concession : le coureur qui a une tendinite au genou, il reste chez lui, c'est tout. Contre une tendinite, il n'y a d'ailleurs rien de mieux que le repos, non ? Quand on est malade, on reste la maison, point. Un peintre en bâtiment, lorsqu'il a une tendinite au bras, on lui dit de rester se reposer chez lui et un cycliste, lui, il va tout faire pour courir, c'est n'importe quoi... Ça cache quelque chose, évidemment.»

- Les AUT n'ont donc aucune raison d'exister ?

«Dans certains cas, il est difficile d'être contre. Je me souviens que sur le Tour de France 2001, l'équipe du Crédit Agricole avait interdit à Jonathan Vaugthers de prendre le départ d'une étape : il avait été piqué par une guêpe la veille, sa tête avait doublé de volume, et le médecin de l'équipe avait dû lui faire une injection de cortisone. En cas de contrôle, il était déclaré positif. Là, le certificat médical était justifié. D'un autre côté, s'il avait fait partie d'une autre équipe et que, le lendemain, j'avais terminé deuxième de l'étape derrière lui, j'aurais été dégoûté...»
La mésaventure de Berthou
Eric Berthou a été victime d'une mésaventure au Circuit de la Sarthe. Du salbutamol ayant été décelé dans ses urines et son AUT (Autorisation d'utilisation à des fins thérapeutiques) n'ayant pas été validée par l'Union Cycliste Internationale, le Brestois a écopé d'un avertissement de la Fédération et perdu sa 14 e place.
- Quels sont les faits ?

«J'ai été invité à m'expliquer devant une commission à propos de la présence de Salbutamol dans mes urines. J'ai rappelé que j'avais une AUT de la fédération depuis 2003 pour soigner mon asthme d'effort. Hélas, le médecin de l'équipe RAGT ne savait pas que cette AUT devait, depuis cette année, être validée par l'UCI. Comme il ne s'agissait que d'un simple problème administratif, je ne m'estimais donc pas du tout fautif et j'étais tout à fait serein en sortant de cet entretien. J'ai donc été très surpris en apprenant ensuite que la FFC m'adressait un avertissement et me déclassait.»

- Ne craignez-vous pas que cela ternisse votre image de coureur propre ?

«Pas du tout car je ne crois pas que quelqu'un puisse mettre en doute ma bonne foi. J'ai péché tout simplement par ignorance. De toute façon, les doses prélevées sont éloquentes. Moi, quand j'ai recours à un spray, je m'administre deux bouffées et il paraît qu'il en faudrait 200 pour que ça devienne du dopage.»

- Ne trouvez-vous pas que ces AUT peuvent entraîner une confusion entre dopage et soin ?

«En tout cas, pas en ce qui concerne l'asthme d'effort. Avant de faire du vélo, je n'avais jamais souffert d'asthme. Mais c'est un mal qui menace notre corporation à cause de l'hyper-ventilation imposée à notre organisme. Les tests que nous passons pour obtenir une AUT sont, en tout cas, très pointus et... pas du tout agréables à subir car ils provoquent une vraie crise d'asthme.»

Michel Geffroy, Jérôme Le Gall, Philippe Priser. 03/11/2006


Tous les prétextes seraients-ils bons ?
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