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Sport adapté. Un autre regard

La pratique sportive chez les handicapés ne se résume pas aux seules déficiences physiques (handisports). Régis par la fédération française de sport adapté, les handicapés mentaux représentent en Bretagne deux fois plus de licenciés (1.622) que le handisport (685). Avec un millier de pratiquants, le Finistère est même le troisième département français. Bien diffusé à travers des associations comme Chiboudig à Concarneau, le sport adapté est « un tremplin vers le monde valide », comme le souligne Joël Renault, président du comité régional. Il permet à ses pratiquants de s’ouvrir vers l’extérieur et de mieux vivre leur condition. À l’image du Quimpérois Frédéric Bilien, triple champion de France du 100 m.

« A CHACUN SON DÉFI ».
Tel est le slogan du comité régional de sport adapté présidé par Joël Renault. « Nous nous inscrivons plus dans le cadre d’un sport humaniste que d’une pratique élitiste. » Dans chacune des disciplines proposées en sport adapté (cross, athlétisme, natation, football, pétanque, tennis de table, tir à l’arc, judo, course d’orientation, basket), les sportifs se retrouvent par niveau (D1, D2 ou D3) selon leur handicap. Des activités motrices sont également prévues pour ceux qui ne peuvent pas atteindre un certain niveau de performances.

UN ESPRIT SPORTIF. « La pratique du sport adapté génère beaucoup plus de spontanéité et de joie que la pratique sportive classique », remarque Joël Renault. « Les handicapés acceptent beaucoup mieux les règles. Lors d’un championnat, j’ai déjà vu un médaillé qui redonnait sa breloque à la bonne personne à la suite d’un problème de classement. C’est impensable chez les valides. Et puis, en sport adapté, promouvoir le fair-play ou limiter la violence n’a pas de sens car ce n’est pas problématique. »


UN PROBLÈME D’IMAGE.
Le sport adapté est souvent confondu avec le handisport. « Quand on évoque les modalités d’organisation d’une compétition, on nous parle souvent de problème d’accessibilité », souligne Christian Glemarec, président du comité départemental et membre du comité directeur de la fédération française de sport adapté. « Les gens n’ont pas le même regard sur le handicap mental que sur le handicap physique. D’une part parce qu’un handicap mental n’est pas aussi visible qu’un handicap physique. Et d’autre part parce qu’ils ont intégré le fait qu’ils peuvent se retrouver sur un fauteuil roulant à la suite d’un accident, mais pas de devenir déficient intellectuel. »


DES SOUCIS D’ENCADREMENT.
L’encadrement est le gros souci dans les compétitions de sport adapté. Pour des pratiquants souvent en institution et pas autonomes, il faut se charger de leur transport sur le lieu de la compétition. Et tous les éducateurs spécialisés qui s’occupent en journée des handicapés n’ont pas forcément le temps, la motivation ou les défraiements pour, en plus, s’occuper des handicapés en dehors de l’institution. De la même façon, l’intégration avec des valides semble difficile. « C’est illusoire », estime Christian Glemarec. « Courir un 100 m ne pose pas de problème à un handicapé, mais c’est toute sa prise en charge qui est compliquée. »


PARADOXES.
La fédération française de sport adapté souligne elle-même ses paradoxes : - « Une fédération légitime, fière de l’être, qui cherche à rassembler le maximum de pratiquants, mais dont le rêve serait d’être inutile. » - « Des sportifs, qui, sauf exception, sont étrangers au haut niveau, mais qui nécessitent tous les meilleurs entraîneurs et les meilleurs arbitres. » - « Une fédération qui promeut la compétition avec conviction, mais qui, plus que toute autre, combat l’exclusion. » - « Une quasi-totalité de sportifs sous médication permanente mais aux effets contre-dopants. »
Chiboudig. Une ouverture vers l’extérieur
Multi pratiquants, les adhérents de l’association concarnoise Chiboudig trouvent dans le sport adapté un moyen de mieux vivre leur condition et de s’intégrer socialement.
De 20 licenciés en sport adapté à sa création en février 2002, l’association concarnoise Chiboudig est passée à 70. Si les 105 adhérents -atteints de déficiences intellectuelles plus ou moins lourdes- ne pratiquent pas tous une activité sportive, une majorité profite des bienfaits du sport adapté. « Pour eux, c’est un moteur, une ouverture vers l’extérieur. La reconnaissance de leurs facultés physiques les aide à progresser à tous les niveaux. Dans la confrontation, ils appréhendent mieux les règles de la vie sociale », indique l’animateur Thomas Le Loupp.
Implications
Très impliquée dans le tissu associatif concarnois (participation à la fête de la pluie), Chiboudig organise également ses propres manifestations, comme le Troc et puces du 16 avril dernier. Le but est de collecter des fonds afin de financer les activités sportives et les loisirs (cinéma, piscine, sorties, musique et sport) proposés aux adhérents, résidents en foyers d’hébergement ou en appartements pour les plus autonomes d’entre eux. Fidèle à son patronyme (en breton, Chiboudig pourrait se traduire par « prendre du plaisir dans ce que l’on fait »), l’association participe beaucoup aux différentes disciplines pratiquées en sport adapté.
Rendez-vous
Au niveau national, une équipe de football va disputer la Coupe de France organisée à Mèze (Hérault) du 25 au 28 mai. Au niveau régional, Chiboudig a été élue meilleure équipe en tennis de table. Et, à chaque concours régional ou départemental de pétanque, de natation ou de randonnée, ils sont une vingtaine d’adhérents à participer. Cette année, l’association va organiser deux manifestations : les troisièmes rencontres nautiques du Finistère le 10 juin à Cap Coz avec une partie compétition (canoë-kayak et catamaran) et une partie découverte (sortie collective en bateau) ainsi qu’une journée d’activités motrices le 14 octobre à Concarneau au Porzou. Avec les adhérents très impliqués dans la vie du bureau de l’association, Thomas Le Loupp ne ménage pas sa peine pour leur octroyer ces moments de bonheur et d’épanouissement. Le jeu en vaut la chandelle. Car comme le rappelle Joël Renault, président du comité régional de sport adapté, « grâce au sport, les jeunes et adultes handicapés améliorent leur condition physique, leurs aptitudes intellectuelles et professionnelles. Bref, ils augmentent leur chance d’insertion sociale ».
Frédéric Bilien. Une carrière fulgurante
Embauché dans un centre d’aide par le travail (CAT) en février, le sprinteur quimpérois Frédéric Bilien (19 ans) a dû faire une croix sur l’équipe de France. En trois ans de pratique, le triple champion de France du 100 m a néanmoins eu le temps de se constituer un joli palmarès.
Son joli survêtement blanc aux bandes tricolores - celui dont il est si fier - est resté bien plié au fond de son armoire. En février, Frédéric Bilien n’a pas participé au stage national d’athlétisme auquel il était convié.
De l’argent pour un scooter
Grand jeune homme brun au visage toujours souriant, Frédéric a donné la priorité au travail. « Quand on lui a demandé ce qu’il préférait entre rester à l’IME (institut médico-éducatif) en continuant l’équipe de France et travailler dans un CAT, il a répondu : "Je veux gagner de l’argent pour m’acheter un scoot’" », explique son père. En trois ans de pratique, son fils aura néanmoins eu le temps de se constituer un joli palmarès. Champion de France du 100 m en 2003, 2004 et 2005, du 200 m en 2004, il a aussi obtenu la médaille d’argent à la longueur et celle de bronze au 200 m l’an passé à Tours.
Premier 100 m premier record
Dès son premier 100 m en 2003, il a battu le record national en 11’’71. « Une grosse surprise, se souvient son père. Néanmoins, Frédéric a toujours été fort physiquement. Et à 13 ans, il courait plus vite que son frère qui en avait 17 ». Avec une sœur aînée sacrée il y a quelques années championne de Bretagne cadette sur 60 m, un petit frère de 16 ans qui évolue au Stade Brestois et a intégré en septembre le lycée sport-études de Brest, Frédéric a toujours été bien entouré.
Intégration sociale
Rapidement repéré par la fédération française de sport adapté, le Quimpérois est logiquement devenu l’un des sprinteurs de l’équipe de France. Mais son appréhension de l’avion a atténué ses performances lors des compétitions internationales auxquelles il a participé. « Il a mis un mois à se remettre de son voyage en Australie en septembre où il était parti disputer les championnats du monde », souligne son père. Son handicap mental l’a empêché de suivre une scolarité classique, mais il a pu s’accomplir dans le sport de haut niveau. « Cela lui a permis d’apprendre à lire et à écrire », souligne son père. De mieux s’intégrer dans la vie sociale. C’est l’un des bienfaits de la pratique sportive. Qu’elle soit adaptée ou pas.
Pour en savoir plus

Fédération française de sport adapté : 9, rue Jean-Daudin, 75015 Paris. 24.000 licenciés. Tél. 01.42.73.90.00. Site internet : www.ffsa.asso.fr/ 2k.
Comité régional : IME, 30 rue du Bois-de-Lisa, 56860, Séné. Tél.02.97 68.38.78. e-mail : ffsacr06@wanadoo.fr

Luc Besson. 27/04/2006


Le sport adapté regroupe en Bretagne deux fois plus de licenciés que le handisport.
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