Eoliennes. Créer un pôle éolien en Bretagne sud
Comme le pays de Quimperlé et comme d'ailleurs l'ensemble de la Bretagne, le pays de Lorient planche très sérieusement sur l'énergie éolienne. Dossier réalisé par Flore Limantour (31.08.06)
La communauté d'agglomération souhaite mettre en place un schéma de développement à l'échelle de ses 19 communes, l'Agence de développement économique pilote une étude sur la création d'un pôle éolien en Bretagne-Sud, et les sociétés privées se manifestent : ainsi, Nass et Wind Technologie vient de s'installer à Lorient. Longtemps considérée comme une vue de l'esprit en France - une sorte de folklore nordique - l'énergie éolienne est aujourd'hui prise très au sérieux par les collectivités locales et les services de l'État. Cap l'Orient souhaite mettre en place un schéma communautaire de développement éolien, à l'échelle de ses 19 communes. Dans le même temps, l'Agence de développement économique du pays de Lorient, Audelor, pilote une étude sur la création d'un pole éolien en Bretagne Sud. Quant à la société Nass et Wind Technologie, qui crée des parcs éoliens, elle vient de s'installer au Plénéno. D'autres entreprises devraient suivre. Le pays de Lorient et la Bretagne Sud ont des atouts non négligeables à faire valoir en matière industrielle auprès des constructeurs d'éoliennes.
Développer la recherche grâce à un pôle éolien
Où en est le pays de Lorient en matière d'énergie éolienne ? Nous avons interrogé Norbert Métairie, président de Cap l'Orient et maire de Lorient, ainsi que l'Agence de développement économique du pays de Lorient, actuellement en charge d'une étude prospective.
Et pourquoi le pays de Lorient n'aurait-il pas lui aussi ses éoliennes ?
N. M. : « Nous menons une politique globale de développement durable et solidaire sur le territoire de l'agglomération. Nous avons pris de nombreuses mesures en ce sens, notamment pour le traitement des ordures ménagères, pour le chauffage des équipements publics avec la chaudière au bois. A travers le plan local de l'habitat, nous encourageons fortement le solaire par des aides financières. La Cité de la voile utilisera des cellules photovoltaïques pour la ventilation et le chauffage se fera par l'eau de mer. Dès que c'est possible nous avons recours aux énergies renouvelables. L'éolien est un des éléments que nous devons prendre en compte. J'ai donc demandé aux services de Cap l'Orient de travailler à l'élaboration d'un schéma de développement éolien qui sera présenté aux élus en septembre ».
Pensez-vous que des éoliennes viendront investir le paysage local ?
N. M. : « Je ne préjuge pas de ce que va donner cette étude, les servitudes sont nombreuses. Elles sont environnementales, liées à l'habitat, aux zones ornithologiques, à la proximité de la base aéronavale, etc. Les études d'implantation se font en lien avec l'État. C'est une énergie propre et renouvelable. Il faut lever les tabous en la matière. Les Bretons ont refusé l'énergie nucléaire à juste titre. Nous devons travailler à notre indépendance énergétique ».
Quel est l'intérêt de l'étude que va piloter Audelor autour de l'éolien ?
N. M. : « C'est une étude prospective menée en lien avec l'Etat. L'éolien est une activité en émergence. Lorient pourrait accueillir un pôle de recherche et développement sur l'énergie éolienne. Et ainsi développer localement toute une activité industrielle et de services autour de l'éolien qui serait créatrice d'emplois. Nous avons besoin de diversification industrielle ».
Nass et Wind Technologie s'est installée au Plénéno
Nass et Wind Technologie vient de s'installer au Plénéno à Lorient (*) dans des bureaux flambant neufs, à la mesure de ses ambitions. Demain sera un beau jour pour la jeune société qui inaugure, à Silfiac, un nouveau parc éolien conçu par ses équipes.
Dans le domaine de l'énergie éolienne, il faut savoir être patient et tenace, avant d'entendre bruisser des pales dans le vent. La société bretonne N & W Technologie est née en 2001 à Langoëlan. Son premier site a vu le jour en 2004. Aujourd'hui, trois parcs sont en exploitation. Deux autres ouvriront en 2007. D'autres devraient suivre en Bretagne (Saint-Servais, Plestan, Saint-Coulitz, Séglien) et dans la région Champagne-Ardennes. La société ne fabrique pas elle-même ses éoliennes (2 M€ à 3 M€ l'unité). Elle les commande aux fabricants allemands, danois ou hollandais. Le rôle de NWT est de rechercher des sites d'implantation, de mener des études sur la faisabilité, d'éventuellement les proposer à des investisseurs et d'en assurer l'exploitation.
Des capitaux familiaux Le parc de Silfiac qui sera inauguré demain est une belle réalisation qui fait la fierté de sa dirigeante, la Lorientaise Nathalie Le Meur. Pourtant, quand la jeune femme, diplômée d'une école de commerce et passionnée par les énergies renouvelables, a voulu créer son entreprise, avec son compagnon ingénieur Peter Nass, elle a dû faire appel aux capitaux familiaux. « Aucune banque ne voulait nous suivre. La première année, nous avons travaillé sur trois projets qui n'étaient pas les nôtres. Il faut savoir que trois à quatre ans sont nécessaires pour développer un site éolien. On parle beaucoup des projets d'éoliennes, mais ça ne signifie pas grand-chose. On a une chance sur dix de mener à bien un dossier ».
N & W Technologie aborde l'avenir avec sérénité Le saut d'obstacles administratifs - « la réglementation française est la plus dure d'Europe » - et psychologiques - « on fait tout pour que les riverains adhèrent au projet » - est un passage obligé. Les fondateurs de N & W Technologie sont opiniâtres. Ils savent que les vents sont porteurs pour les défenseurs des énergies renouvelables. Leur société a commencé avec trois salariés en 2001. Elle compte aujourd'hui seize personnes aux compétences complémentaires (ingénieurs, cartographes, spécialistes de l'aménagement du territoire, etc.). Jusqu'à présent, Nass et Wind Technologie vendait ses parcs éoliens, afin de payer le personnel affecté, notamment, aux études d'impact longues et laborieuses. La jeune société ne conservait que l'exploitation de ses sites éoliens. « Cette année, nous n'en cédons qu'une partie. En 2007, nous garderons notre nouveau parc. L'entreprise est vraiment en train de prendre un nouveau tournant ». N & W Technologie pourra ainsi rester indépendante des fabricants. Ce qui n'est pas le cas de la plupart de ses concurrents sur le marché éolien.
(*) Jusqu'à présent à Langoëlan, la société a déménagé ses bureaux à Lorient, tél. 02.97.88.35.20.
Intéresser les grands groupes européens
L'agence de développement économique du pays de Lorient (Audelor) va coordonner à l'échelle de la Bretagne Sud une étude de faisabilité menée en partenariat avec l'Etat et la Région, sur la création d'un pôle éolien à vocation industrielle, comme il en existe en Allemagne ou en Suède. A Lorient et en Bretagne sud, les entreprises du nautisme ont des compétences qui sont utilisées dans l'éolien. Une diversification de leurs activités induirait des créations d'emplois. L'étude qui commence en septembre pour s'achever au printemps vise : 1) A dresser un état des lieux des potentiels éoliens (implantation et réglementation) en Irlande, Cornouailles, sur la façade atlantique et au Portugal. 2) A recenser les entreprises locales susceptibles de travailler sur l'assemblage ou la construction d'éoliennes. Seront prises en compte les recherches des labos de l'UBS (composites). 3) A contacter des grands groupes européens fabriquant les éoliennes qui seraient intéressés par le territoire de la Bretagne Sud, sachant que Lorient dispose d'un port de commerce.
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Fin juin, le cap des 300 éoliennes autorisées a été dépassé : 127 en Finistère, 100 en Côtes-d'Armor, 64 en Morbihan, une vingtaine en Ille-et-Vilaine (Photo Eugène Le Droff)
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