Baignée par la houle australe, la région a lancé plusieurs pistes: si elles aboutissent, elles l'aideront à réduire la part des énergies fossiles dans sa production d'électricité, en droite ligne des objectifs du Grenelle de l'environnement qui impose à l'Outremer de recourir aux énergies "vertes" pour moitié de leur consommation d'ici 2020.
Dès 2010, l'Agence régionale de l'énergie (ARER) espère disposer d'un démonstrateur utilisant l'énergie de la houle, d'une capacité de 1 MGW, capable d'alimenter 700 foyers, explique son directeur Christophe Rat.
Une cartographie de la houle qui entoure l'île a été effectuée en 2005.
"On a trouvé le site idéal au sud de l'île, à 800 m environ du littoral, sur une profondeur de 50 à 80 m", s'enthousiasme ce normalien fondu de planche à voile, au point d'avoir imaginé avec l'IUT de Saint-Pierre (côte sud) des voiles triangulaires en panneaux photovoltaïques pour alimenter en énergie le bâtiment, tout en procurant de l'ombre.
Pour la houle, après avoir recensé 80 systèmes dans le monde, il retient le système Pelamis, mis au point à Edimbourg et expérimenté par le Portugal pour la première fois à des fins commerciales en Europe.
Quatre boudins rouges flottants de 150 m de long sont reliés entre eux par des vérins hydrauliques. A chaque mouvement, ces vérins envoient du fluide haute pression vers un moteur hydraulique qui, lui-même, actionne une turbine pour générer de l'électricité.
"L'avantage de la mer sur le soleil, c'est qu'elle fonctionne aussi la nuit" note M. Rat qui escompte une ferme complète de 30 boudins d'ici 2015.
"EDF qui rigolait au début commence à y voir un marché prospectif pour les petites îles".
Cette technologie risque cependant de susciter des conflits d'usage sur le littoral, nuance le patron de l'Ademe (Agence pour le développement et la maîtrise de l'énergie) de la Réunion, Philippe Beutin: "Il faudra un balisage en mer et un quai spécialement dédié où amener les boudins à terre pour leur entretien. Comment vont réagir les pêcheurs, les plaisanciers?".
Parallèlement, l'ARER explore les courants marins, particulièrement puissants à l'ouest: "On a trouvé une veine exceptionnelle à Saint-Paul, à 40 m de profondeur et d'une taille suffisante pour installer une hydrolienne", l'éolienne marine expérimentée depuis peu en Bretagne. "On compte lancer un appel d'offre début 2009", s'enthousiasme encore Christophe Rat.
Enfin, un troisième projet suscite sa gourmandise tant ses utilisations lui paraissent infinies. Il s'agit d'exploiter la différence thermique entre les eaux de surface à 25° et celles des profondeurs: une première phase de tests vient d'être conduite, avec des mesures de 6° à -1000 m. L'expérimentation se poursuivra mi-avril avec des prélèvements complets.
"Grâce à l'énergie thermique, on peut pomper l'eau gratuitement et c'est une eau extraordinaire, très riche en nutriments". Il imagine alors des fermes d'aquaculture qui permettraient à La Réunion d'inonder le marché asiatique de crevettes et d'abalons, ces gros coquillages vendus à prix d'or. Voire d'exporter en bouteille cet or bleu des profondeurs, qui ferait la richesse de son île d'adoption.
L'éolien français a trouvé son far-west: des territoires isolés, difficiles d'accès et soumis aux événements extrêmes, le plus souvent de petites îles sur la route des cyclones où les mâts traditionnels ont peu de chance d'en réchapper.
Sur ce concept de "FarWind" qu'il a breveté, Marc Vergnet court le monde de Cuba au Mozambique, de l'Algérie à l'Ethiopie avec un crochet par l'Australie pour y semer ses éoliennes bipales, relativement légères et capables de se coucher par gros temps.
Le FarWind, estime-t-il, représente un marché susceptible d'apporter de l'énergie à 134 pays et 1,5 milliard de personnes qui dépendent encore du pétrole pour la fourniture d'électricité.
"Essentiellement des zones en développement", insiste-t-il.
A 65 ans, cet ingénieur jovial du Génie rural et des Eaux et forêts, rencontré à La Réunion, a déjà vendu 600 de ses machines dans une quarantaine de pays, dont 60 sur la côte est de l'île française, devenue sa base pour l'Océan Indien depuis 2002.
"C'est un marché porté par la réalité économique: sur ces territoires excentrés, à 100 dollars le baril (de pétrole, NDLR), l'éolien revient 30 à 50% moins cher", explique-t-il. A condition d'y installer les machines adéquates.
Les siennes ont une hélice bipale, au lieu de trois sur les éoliennes conventionnelles, pour en alléger le poids et permettre leur transport dans les zones les plus retirées: "Elles sont acheminées en porte-conteneurs puis en camions, là où les ponts et les routes n'admettent pas le passage de convois exceptionnels. Et sont montées sans grue, là où on n'en dispose pas".
Grâce à un retors articulé au pied du mât, contrebalancé par un épais câble d'acier, on peut les coucher ou relever en une heure en cas de cyclone et le reste du temps les maintenir par des haubans en limitant leur emprise au sol par un bloc de béton de 70m3, contre 300 d'ordinaire.
"Lors du passage de Dean en 2007 sur les Caraïbes et Cuba, on a tout abaissé en 14 heures. Comme ici, à La Réunion, on forme des personnels locaux deux fois par an, les équipes de foot, les employés municipaux qui sont d'astreinte à la saison des cyclones et on n'a pas eu de problème", assure-t-il devant l'un des mâts abaissé pour la maintenance.
Les éoliennes installées sur l'île, comme en Guadeloupe, culminent à 32 m de hauteur pour une puissance de 275 kW; mais le dernier bébé Vergnet, la HP pour Haute Puissance, vise plus haut avec 1MW. Avec 70 m de hauteur, elle ne pèse que 120 tonnes, un tiers de moins que les machines équivalentes. Là c'est la nacelle (et ses pales) qui s'abaisse en cas d'alerte.
Prochaines étapes, cette semaine, le Sénégal et le Cap-Vert. Des terrains connus pour ce natif de Mascara, dans l'Atlas algérien, inventeur en 1978 de la pompe à eau solaire qui fournit aujourd'hui 40 millions de personnes en Afrique et au Mexique.
"Comme le soleil fournit de l'eau, le vent donne de l'énergie au développement", conclut-il.