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L'eau en Bretagne Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Eau de qualité, des solutions existent...

La Bretagne est malade de son eau. Plus personne ne le conteste. Et le fait que l’eau du robinet soit plutôt de meilleure qualité que dans d’autres régions, ne doit pas masquer la nécessité d’apporter des remèdes à long terme pour rétablir la qualité de la ressource elle-même. Ce qui passe par la prévention et la modification des comportements. Même s’ils ont été critiqués et jugés insatisfaisants, les programmes Bretagne Eau Pure ont ue le mérite de lancer le mouvement et de générer des initiatives intéressantes, tant chez le sagriculteurs que dans les collectivités. Reste à accentuer cette dynamique. Sans oublier le « jardinier du dimanche » appelé, lui aussi, à être plus

Changer les pratiques : tel était le but de Bretagne Eau Pure, en 1990. Mais malgré de lourds investissements - 726 M euros pour BEP 3 -, son impact sur la qualité des eaux reste à démontrer, estime Eau et Rivières. La Direction régionale de l’environnement (Diren), pointait du doigt, en juin dernier, des « objectifs modestes qui ne sont que partiellement atteints ». Bref, les jours des BEP sont comptés. La bataille de l’eau pure se fera désormais par le biais des schémas d’aménagement et de gestion des eaux, a annoncé le président de la Région.
« Bien engagé »
Seront-ils plus efficaces ? En tout cas, il serait dommage de jeter le bébé avec l’eau du bain : les points positifs relevés par la Diren - sensibilisation des acteurs et démarche par bassin versant - restent de solides points d’appui. Marie-Christine Toquet, animatrice du bassin de l’Arguenon-Penthièvre, en est convaincue : « Même si ça ne va pas assez vite, c’est bien engagé. Il existe une réelle prise de conscience chez les agriculteurs et dans les collectivités. Ce qui se traduit sur le terrain. Il y a neuf ans, les pics à 75 mg/l de nitrates étaient fréquents dans la retenue de l’Arguenon. L’unité de dénitratation fonctionnait six mois par an. Depuis 2001, c’est un ou deux mois, pour une eau à 25 mg/l. »
Des résultats
La mise aux normes des exploitations et une vingtaine de stations de traitement du lisier ont ainsi permis de résorber 70 % de l’azote du bassin. « Par ailleurs, dès 1998, nous avons financé les semences pour couverts végétaux d’hiver (avant qu’ils ne soient obligatoires) et aidé à la réalisation de 130 plans de fumure et de 250 classements de parcelles à risques de ruissellement dans le sous-bassin prioritaire (300 exploitations) », explique l’ingénieur agronome. La même démarche d’assistance-conseil et résultats a été appliquée pour les pesticides avec la formation des employés communaux et la signature de chartes de désherbage par les collectivités et prescripteurs.
Talus et fonds de vallées
Pour autant, Marie-Christine Toquet admet que le combat pour l’eau n’est pas fini. Outre l’amélioration de l’assainissement individuel, « l’avenir passe par la reconstruction de haies et talus et l’aménagement des fonds de vallées ». Là encore, si l’assistance et les aides financières sont indispensables, « c’est l’imagination qui devra primer », estime l’animatrice. Et de citer le cas de cet éleveur de porcs costarmoricain qui, grâce au broyage des taillis, chauffe cinq maisons d’un hameau. Par ailleurs, il a installé dans les prairies de fond de vallée des vaches nantaises dont il commercialise les veaux. « Pas forcément un modèle à copier partout mais cela démontre que le respect de l’environnement n’est pas incompatible avec l’intérêt économique. Et ça, c’est le meilleur des moteurs ». Plus largement, il faudra aussi que les mesures d’accompagnement soient plus incitatives. La Diren constate, en effet, qu’aujourd’hui, « les évolutions des pratiques agricoles passent plus par des modifications à la marge d’une agriculture conventionnelle que par un encouragement clair à la mise en place de systèmes alternatifs plus respectueux du milieu ». Mais tant qu’il existera une prime pour le maïs, ce sera difficile.
L'exemple de Vezin-le-Coquet
« Quand on traite beaucoup, on retrouve beaucoup de produits dans l’eau. Si on traite peu, on en trouve encore trop. Mieux vaut ne plus traiter ! » Simple à énoncer, moins à mettre en œuvre. Mais, à Vezin-le-Coquet (35), on a pris le problème à bras-le-corps.
Sous l’impulsion du maire, la volontaire Yolaine Le Cadre, la municipalité décide, en 1996, de revoir l’entretien des espaces publics. L’urgence commande. Vezin - 4.000 habitants, 800 ha, une des 36 communes de Rennes Métropole -, se situe à proximité du bassin de la Flume, affluent de la Vilaine très pollué. « On se devait d’agir. Il n’y a pas que l’agriculture, les villes ont leur part de responsabilité dans les pesticides. » Pas évident avec 90 % de parcelles imperméabilisées et donc classées à risques. Mais, progressivement, la commune met au point un calendrier d’interventions très précis sur les trois sous-bassins de la Rosaie qui traverse la commune, soit 340 ha : terrain des sports, lotissements et centre-bourg. Désormais, la binette, le désherbeur thermique et la mousse maïs-noix de coco ont remplacé les produits chimiques. De même, la fréquence du balayage mécanique des caniveaux a-t-elle été renforcée (une fois par mois).
Plus de désherbant
Même démarche pour les espaces verts. Fini le traitement sélectif des pelouses : « On laisse fleurir les pâquerettes et on utilise des tondeuses-broyeuses à recyclage pour la tonte ». Plus de désherbant non plus sur les massifs mais des paillages dont du broyat de taillis. Plus largement, une réflexion sur la façon de concevoir les espaces a été engagée : « On privilégie les arbustes à pousse lente et les plantes couvre-sols ». Cette nouvelle politique s’applique pleinement à la conception de la future Zac des Champs Bleus (1.240 Logements sur 45 ha). Bien sûr, tout ceci nécessite des moyens matériels et humains. Huit agents consacrent ainsi deux fois plus de temps à l’entretien de la commune, ce que ne compensent pas les gains en produits. Mais « la santé, l’environnement et le développement durable imposent de faire des choix », affirme Yolaine Le Cadre. Choix qui n’auraient pas été possibles sans la mobilisation des agents : « Ils ont tout de suite adhéré. Une fois partis, ils se sont dit que le retour en arrière était impossible ».
L'exemple de Lanvollon-Plouha
Zéro nitrate et zéro pesticide en 1989. Zéro nitrate et zéro pesticide en 2005 ! En choisissant de s’alimenter en eaux souterraines, la communauté de communes de Lanvollon-Plouha (22) fait le bon choix. Mais au prix d’une politique radicale de protection.
La collectivité de 15 communes a dépassé la stricte obligation légale d’établir des périmètres de protection autour des captages. Elle a acheté plus de la moitié des 300 ha entourant trois prises d’eau à Pléguien et Plouha ou échangé des terres avec les agriculteurs. « Soit un investissement de 1,5 M euros, sans commune mesure avec ce que coûte le traitement d’une eau de surface (dix fois plus cher) », confie Thierry Burlot, président. Ce souci de fournir une eau de qualité aux 15.000 habitants, à moindre coût, se doublait d’une volonté d’autonomie : « En 1990, nos anciennes prises d’eau souterraines étaient polluées. On aurait pu se contenter d’être alimenté par une conduite amenant de l’eau de Saint-Brieuc. Mais on ne voulait pas être totalement dépendant. On a choisi aussi de se responsabiliser. Plus on rapproche la ressource du citoyen, et plus il en prend soin ».
Talus reconstruits
Le site de Kerio, où a été plantée une forêt de 18 ha, est ainsi sillonné de sentiers de randonnée et pédagogiques sur la flore et la faune (batraciens, salamandres et papillons). Des talus ont été reconstruits (protection et pédagogie). Les chasseurs ont aussi leurs entrées (beaucoup de chevreuils). Les prairies sont entretenues par des agriculteurs, de façon extensive : « Ces derniers sont la vraie richesse de notre secteur. Ils sont encore 300 mais on en perd 20 par an. La protection de l’environnement et le développement durable du territoire ne se feront pas sans eux ». La communauté continue à acheter des terres et va moderniser ses techniques de pompage. A terme, le but est d’assurer la quasi-totalité des besoins (3.000 m³/jour). Le sort de sa station de traitement située sur le Leff (qui assure 800 m³/jour) risque alors d’être réglé.

Hervé Queillé

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