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L'eau en Bretagne Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Prix de l’eau. D’énormes disparités

L’eau du robinet est-elle plus chère en Bretagne qu’ailleurs ? Oui, répond l’Institut français de l’Environnement (Ifen). Selon une enquête de cet organisme, c’est dans le Morbihan que son prix est le plus élevé. Avec, dans chaque département, d’énormes disparités.

Les chiffres de l’Ifen datent de 2001 mais restent pertinents pour faire des comparaisons : avec un prix moyen de 3,80 ¤ le m³ (pour une moyenne française de 2,80 ¤), le Morbihan détenait le record national. Une position qui a, sans doute, peu évolué depuis.
Du simple au double
L’eau est devenue chère pour tous les consommateurs. Mais elle l’est encore plus pour certains que pour d’autres. En Bretagne, les écarts vont facilement du simple au double. Comme nous l’indiquions dans une précédente enquête, entre Saint-Malo (35), la ville la plus chère, et Lannion (22), celle qui sert l’eau du robinet au meilleur coût, l’écart était, en 2004, de 3,20 ¤, soit plus que le prix moyen en France du m³. Pour une consommation de 120 m³, le Malouin devra débourser 649 ¤ (5,41 ¤ le m³) tandis que la facture du Lannionnais ne dépassera pas 312 ¤ (2,26 ¤ le m³).
Une sacrée différence...
Contrairement à une idée assez répandue, le prix de l’eau n’est pas forcément moins élevé dans les zones rurales. Au contraire même. A Plouénan (29), par exemple, les consommateurs paient presque autant qu’à Saint-Malo. L’addition est même plus salée pour les petits consommateurs. Pour une consommation de 80 m³, le prix du m³ s’élève, abonnement compris, à 5,54 ¤ et pour 30 m³ à 9,89 ¤. « C’est l’abonnement qui nous tue », observe André Jézéquel, président de l’association des usagers de l’eau de Mespaul-Plouénan-Plougoulm et Santec. Pourquoi ces disparités ? Un abonnement effectivement très élevé comme nous avons pu le constater sur une facture transmise par un usager : sur un montant total de 330,71 ¤ (pour une consommation de 39 m³), il représente 214,89 ¤, soit quasiment les deux tiers ! Autant dire que ce sont les petits consommateurs qui sont les plus pénalisés. Le mode de gestion n’y est pas étranger. Il est incontestable que là où l’eau est gérée en régie municipale (comme à Lannion), son prix est très souvent moins élevé. Mais quel que soit le mode de gestion, la longueur du réseau et l’ampleur des investissements réalisés interviennent pour une grande part dans le prix. Ce sont ces investissements que la société des Eaux de l’Ouest, qui gère à Plouénan l’entretien des installations, fait valoir en expliquant que « la nature du sol a exigé de très importants travaux en matière d’assainissement ». Concernant l’abonnement, s’il est élevé, « c’est pour faire participer les résidences secondaires à l’entretien du réseau », explique la société, en reconnaissant qu’il « est difficile de faire quelque chose de très équitable ». Equitable : on ne peut, effectivement, pas dire que le prix de l’eau réponde toujours à ce critère.
De 300 à 350 euros en moyenne
Selon l’Insee, l’eau représente aujourd’hui une dépense moyenne annuelle de 300 à 350 ¤ pour une famille de quatre personnes (sur la base d’une consommation de 120 m³).
Grosso modo, sur une facture d’eau, 42 % du prix correspondent à la production et à la distribution d’eau potable; 31 % concernent la collecte et le traitement des eaux usées; les 27 % restants, aux redevances et des taxes, dont la TVA.
« L’eau paie l’eau »
Pas toujours facile, donc, de s’y retrouver dans les factures d’eau même si des efforts de présentation ont été accomplis ces dernières années. Ainsi, 56 % des Français recevant une facture sont incapables d’estimer leur consommation globale d’eau en mètres cubes. Et 69 % ne peuvent pas citer spontanément le prix en euros, du mètre cube. Une méconnaissance qui s’est accentuée depuis quelques années, le passage à l’euro ayant sans doute perturbé les perceptions. Dans un souci de transparence, tous les services de l’eau doivent aujourd’hui appliquer le principe comptable selon lequel « l’eau paie l’eau ». Ce qui veut dire que les communes ont obligation de disposer du budget autonome de l’eau ou de l’assainissement, les recettes devant équilibrer les dépenses. Une stabilisation après de fortes hausses
Selon le centre d’information sur l’eau, le prix de l’eau aurait eu tendance à se stabiliser ces six dernières années : entre 0,5 % et 1,9 % d’augmentation par an, entre 1998 et 2004. Il faut dire que les augmentations avaient été très fortes pendant les périodes précédentes : de 11 %, entre 1991 et 1994, et de 6 %, entre 1994 et 1998. De 1991 à 1999, le montant des taxes a augmenté de 215 % et celui des redevances des agences de l’eau de 366 %. En Europe, la France se situe au cinquième rang européen pour le prix moyen de l’eau. Les tarifs les plus élevés sont constatés en Allemagne, au Danemark et aux Pays-Bas. Les prix les plus faibles sont en Italie et en Espagne.
Eau en bouteille. Une facture salée
La France est l’un des pays d’Europe où la consommation d’eaux embouteillées est la plus importante : 145 litres par an et par habitant (*). Seule l’Italie fait plus, avec près de 200 litres. Un comportement qui coûte très cher au budget des familles.
Il y a trente ans, la consommation d’eaux embouteillées par habitant était de moins de 49 litres par an. Depuis 1994, la progression est en moyenne de 4 % par an. Chaque année, sont produits en France 6,8 milliards de litres d’eaux minérales. C’est considérable.
Vingt fois plus que les Japonais
145 litres d’eau par an et par habitant, c’est sept fois plus que les Anglais et vingt fois plus que les Japonais. Comment expliquer ce phénomène alors que la qualité de l’eau qui sort du robinet est plutôt bonne en France ? La sensibilité des consommateurs à la santé et à l’hygiène y serait-elle plus forte qu’ailleurs ? Pas que l’on sache. L’eau en bouteille serait-elle considérée comme plus sûre que l’eau du robinet ? Pas vraiment si l’on en croit un sondage récent, réalisé pour le compte du CIEau (centre d’information sur l’eau), dans lequel 76 % des interrogés disent trouver l’eau du robinet sûre. 58 % la jugent même « bonne pour la santé ». C’est le goût qui ne passe pas toujours : les 25 % qui se disent insatisfaits dans ce sondage lui reprochent un goût de chlore, voire un mauvais goût général. L’eau du robinet serait-elle en fait plus victime de la capacité des eaux en bouteilles à bien se vendre que de sa qualité, finalement pas si mauvaise ? Une chose est sûre : l’eau du robinet n’a assurément pas la force de communication des grandes marques d’eaux minérales qui consacrent des millions d’euros à la publicité.
Cent fois plus chère
Avec un prix de 100 à 150 fois plus élevé que l’eau du robinet, la consommation d’eau en bouteille pèse sur les budgets. Dans une famille de quatre personnes, si chacune consomme un litre d’eau embouteillée par jour (0,30 ¤ en moyenne par litre), cela représente, sur un an, une dépense de 438 ¤. Pour la même quantité d’eau du robinet et pour un prix moyen du m³ à 3,25 ¤ (prix à Lorient), la dépense est de... 4,7 ¤ par an. Sans parler du coût pour l’environnement que représentent les bouteilles en plastique. De quoi faire réfléchir les consommateurs. Ce n’est sans doute pas par hasard si, selon le baromètre CIEau 2005, plus de la moitié des Français boivent désormais les deux types d’eau. * Source Chambre syndicale des eaux minérales.

Yvon Corre


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