Par rapport à vos prédécesseurs, qu’est-ce qui a changé dans la politique de l’eau menée par la Région ?
Nous n’avons pas voulu modifier le dispositif antérieur initié par nos prédécesseurs mais il arrive logiquement à son terme. Les résultats des opérations qui ont été menées sont réels mais très largement insuffisants.
Les Bretons le disent.
Est-ce la fin de Bretagne Eau Pure ? L’année 2006 sera marquée par la fin de la convention Bretagne Eau Pure. Une nouvelle page est à écrire. Ce que nous mettrons en place ne s’appellera plus comme ça sans que ce soit forcément la mort de Bretagne Eau Pure. Mais une certitude : il y aura une modification du dispositif pour plus de cohérence.
Qu’allez-vous proposer pour une lutte plus efficace contre la pollution ? C’est à partir de la mise à plat que nous sommes en train d’effectuer que nous pourrons proposer de nouveaux choix. Ils passeront nécessairement par une approche globale. On s’orientera vers une généralisation des SAGE (ndlr, schéma d’aménagement et de gestion des eaux) sur l’ensemble du territoire breton. Ce sont de bons outils d’organisation et ils permettront une vérification de l’usage des crédits. Les SAGE ont, en plus, une portée réglementaire.
La mise en place des SAGE n’est pourtant pas chose simple. Elle donne souvent lieu à des conflits entre les différents utilisateurs de l’eau...
Les Bretons sont condamnés à dépasser le côté conflictuel pour aboutir à plus de cohérence. Avec les SAGE, on pourra mesurer, par bassin, l’efficience des actions qui seront menées. La grande nouveauté par rapport au début de Bretagne Eau Pure, c’est la prise de conscience qui s’est opérée et la conviction que l’on peut gagner la bataille de l’eau. Le fatalisme s’est transformé en volontarisme.
Justement, il y a le rendez-vous de 2015 avec la directive cadre européenne qui prévoit, à cette échéance, un retour à « un bon état écologique des eaux ». Cela vous paraît-il réaliste ?
C’est un défi considérable pour la Région. La Bretagne doit et peut gagner la bataille de l’eau. Ne pas être au rendez-vous de 2015, ce serait nous condamner à la marginalisation européenne mais aussi au déclin économique. L’eau est consubstantielle de notre développement. Si on ne respecte pas la directive cadre, on peut imaginer que tel ou tel outil agroalimentaire soit fermement invité à utiliser de « l’eau garantie ». Avec les risques de délocalisation aggravés que cela comporte.
La Bretagne est-elle toujours candidate pour être chef de file sur l’eau ? Nous persistons à demander le droit à l’expérimentation pour la politique de l’eau dans le cadre de la loi sur l’eau. Pour l’instant, cela nous a été refusé mais nous maintenons cette exigence. De mon point de vue, c’est incontournable pour mener à bien une politique de l’eau. Cela veut dire que l’on en accepte la responsabilité sachant que ce n’est pas une sinécure et que l’on ne pourra pas se défausser sur d’autres si ça ne marche pas.
On le verra dans le sondage, les agriculteurs sont encore considérés comme les principaux pollueurs. Quelle est votre position par rapport au principe pollueur-payeur ?
La maîtrise de l’eau relève d’une responsabilité globale. La mise aux normes des exploitations agricoles, qui s’est poursuivie dans le cadre de la charte pérenne, est un signe très encourageant. Je cherche plus la cohérence des actions et l’engagement mutuel que la culpabilisation. Il y a une prise de conscience réelle de tous les milieux et elle est particulièrement sensible dans les milieux agricoles. Je suis frappé par la responsabilité nouvelle très partagée des agriculteurs sur le devenir de l’eau. La Bretagne ne gagnera pas la bataille en dressant les catégories les unes contre les autres. Par contre, il faudra être très rigoureux à l’encontre de ceux qui ne respecteront pas les accorrds passés dans le cadre de la nouvelle politique, qu’ils soient ruraux ou urbains.