Dealer au service de l’État français. C’est la couverture qu’a endossée, pendant sept années, Marc Fiévet, un aventurier-baroudeur que rien ne prédestinait à ce rôle. Son histoire débute en 1987, à Gibraltar, où il vit sur son bateau depuis un an. Le sud de l’Espagne : c’est le carrefour des trafics de contrebande et de stupéfiants.
Un site hautement stratégique pour les douanes françaises. Qui s’intéressent donc à lui. Et lui proposent de devenir leur aviseur : un super « indic », rémunéré en fonction des saisies qu’il permet. Marc Fiévet accepte et devient « NS 55 ».
Mafia, IRA cartels colombiens...
Rapidement, la nouvelle recrue estime que ses renseignements ne sont pas assez exploités. Il fait des pieds et des mains pour obtenir des moyens. Il va même toquer à la porte du nouveau ministre des Finances, Michel Charasse. Qui dit bingo ! NS 55 devient un vrai agent infiltré, aux missions couvertes par le secret défense. On lui paie une couverture (un restaurant). On lui donne de l’argent pour acheter, avec les narcotrafiquants, des bateaux pour convoyer de la drogue. En sept années, NS 55 infiltre les cartels colombiens, les mafias corse et italienne, les réseaux terroristes du GAL et de l’IRA... En sept ans, il fait tomber une centaine de trafiquants et permet la saisie, selon lui, de 107 tonnes de drogues (18 selon les douanes).
Condamné à perpétuité au Canada !
Mais en 1994, tout bascule. C’est l’opération de trop. Il est interpellé, extradé vers le Canada, qui le juge pour trafic international de stupéfiants ! Les douanes françaises lui demandent de ne pas révéler sa qualité d’aviseur, de plaider coupable, lui promettant un retour en France et une libération rapide. Marc Fiévet est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Transféré tardivement en France, sa peine est commuée en vingt ans de prison. Les douanes n’ont pas tenu leur promesse. Quand la situation se débloque, NS 55 a déjà passé 3.888 jours en prison (11 ans). Redevenu Marc Fiévet, sans un sou, condamné à faire de petits boulots (veilleur de nuit) pour continuer à vivre, l’ancien aviseur se bat pour retrouver son honneur. La cour d’appel de Paris le lui rend en 2006. Grâce à un homme, Jean Hoguet, ex-patron de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (Dnred), écœuré par sa hiérarchie, qui a fini par tout révéler à la Justice.
« L’ombre de Pasqua le rôle trouble des États »
Depuis, Marc Fiévet dénonce « le rôle trouble et la politique clandestine des États vis à vis du trafic de stupéfiants ». Il rapporte d’étranges histoires. « J’ai vu l’ombre de Pasqua et de certains milieux politiques, l’impunité de certains amis du pouvoir. J’ai constaté que la drogue, qui arrivait sur des aéroports militaires français, servait à financer des opérations clandestines. On parle souvent des États-Unis. La France a joué aussi dans cette cour-là ». Il reste persuadé, encore aujourd’hui, que la lutte contre le trafic est une « gigantesque tartufferie ». « De temps en temps, on fait une grosse saisie, pour donner le change ». Pour lui, les États sont « corrompus jusqu’à la moelle ». « Au mieux, ils laissent faire. Pourquoi ? Pour acheter la paix sociale ! Sans la drogue, certaines cités exploseraient. Elle fait vivre des quartiers entiers ».