Héro, coke, LSD, crack, cannabis... Il a, à peu près, tout pris. Vincent (*) est tombé dans l'enfer de la drogue il y a une quinzaine d'années. L'héro ? « Cela a commencé lors d'une sortie entre potes. J'avais 22 ou 23 ans. Nous n'avions plus de shit. Quelqu'un a proposé de l'héroïne. Très vite, j'ai aimé ça ».
Avec cette drogue, il accomplit des « miracles ». Fini le jeune homme effacé. À lui les journées de travail de 13 h ou 14 h « d'affilée, sans éprouver le besoin d'une pause ou de déjeuner ». À l'époque, le gramme d'héro tourne autour de 180 €, et la coke ne se négocie pas à moins de 240 €. « Très vite, j'ai dû en vendre pour me payer mes doses », explique-t-il. Pour se fournir, la Bretagne est trop chère. « À Brest, on te refile une mauvaise came. On est en bout de ligne ici ». Ce sera la Hollande, « où la qualité est meilleure et les prix au moins divisés par deux ».
Jamais interpellé
Un pote l'emmène à Rotterdam pour lui montrer « comment ça marche ». La Hollande devient son « paradis ». Toutes les trois semaines, il ramène entre 100 et 150 g d'héro, et 30 à 50 g de coke. « J'en revendais la moitié ». Pendant quatre à cinq ans, il enchaîne les allers-retours et les doses dissimulées dans l'anus. « Les flics n'ont jamais rien trouvé ». Il vit « comme sur des montagnes russes », tantôt euphorique, tantôt au creux de la vague. « Tu sais ce qu'est une crise de manque ? T'es malade comme un chien. Tu te vides. Tu veux dormir, mais t'y arrives pas... ». Et puis, un jour, c'est l'hôpital. La chute. Plus rien sur le compte en banque. « Dans ce milieu, on avance beaucoup d'argent. Tes clients, tu crois que ce sont des potes. C'est une illusion de plus ». À l'époque, on l'oriente vers les produits de substitution. Subutex et méthadone.
Méthadone : « Ma meilleure héroïne »
« Le Subutex, c'est une sacrée saloperie. Automatiquement, tu vas essayer de le shooter. Et là, tes veines se bouchent. Une fois, ma jambe a triplé de volume ». La méthadone ? « C'est la meilleure héro que j'ai jamais trouvée ! ». C'est avec elle, sous contrôle médical, qu'il poursuit aujourd'hui sa route. 70 mg par jour. Certes, il est toujours speed. Il parle avec un débit de mitraillette. Et son front se couvre souvent de sueur. « C'est la méthadone qui fait ça ». Quasiment aucun autre signe. « J'ai eu beaucoup de chance ». Finis les shoots. Finie la drogue ? Vincent confesse encore quelques extras, « trois ou quatre par an ». « Quand je revois de la coke ou de l'héro, j'ai des frissons. Je n'ai qu'une envie : sauter dessus... ». Il avoue également avoir effacé tous les numéros de ses anciens « potes ». Tous sauf un, « par peur du manque ». Est-ce le fait d'en parler ? Il saisit son téléphone. « Allo, c'est moi. Je suis à Brest. Devine pour quoi je t'appelle ? C'est trop tard ? Ah, t'es rentré chez toi... ». Ce soir-là, son dernier « ami » n'avait rien pour lui.
* Prénom fictif, à sa demande.
À suivre, le témoignage d'un dealer de cocaïne.