Trois coups sur la porte. Qui s'ouvre sur un colosse en survêtement. C'est Gwen, 31 ans. Une bouille à la De Niro, les muscles de Stallone, et les tatouages de Prison Break. Profession : dealer de cocaïne. « À la retraite depuis peu, corrige-t-il. Les stups, pour moi, c'est fini ». Le réseau de Gwen est tombé il y a quelques mois.
« Moi, j'étais le bouclier de la bande ». C'est lui qui assurait « la sécurité des transactions », qui jouait les gros bras en cas de besoin. C'est lui aussi qui négociait les prix.
15 € à Rotterdam 80 € en Bretagne
Gwen et la coke : l'histoire remonte à ses « 15-16 ans ». L'année de sa première « trace ». « La cocaïne m'a aidé à tenir dans mon boulot et à faire la fête », explique-t-il. Sur les années suivantes, il reste énigmatique. Comme sur la date de son premier voyage à Rotterdam, « la capitale de la drogue ». « Tu arrives là-bas, les dealers se battent presque entre eux pour t'avoir ! Quand on a vu les prix, on s'est dit autant en ramener le plus possible. Cela a commencé comme ça ». Le gramme de coke pure acheté 10-15 € là-bas, il le revend ici, coupé, 70-80 €. Il multiplie les allers-retours à Rotterdam. Il reconnaît à demi-mot des commandes de 500 g par semaine, avec des pointes à 2 kg. « On partait à trois véhicules. Le retour s'effectuait en plusieurs étapes. On dormait à Lille. On faisait gaffe avant Paris et avant Rennes. S'il y avait un problème, la voiture ouvreuse faisait juste sonner le portable... ». Pour lui, le moment le plus périlleux, c'était la transaction. Gwen se rappelle les quartiers chauds de Rotterdam, la montée dans un immeuble où, à chaque étage, des types armés montent la garde. Même lui, le cador breton, est « impressionné ». « Pour les négociations, il faut faire croire qu'il y aura une autre commande et qu'elle sera plus grosse. Si tu fais ça, t'es le roi. T'as droit aux filles et tout ». Pour lui, « mieux vaut avoir la pression des flics que des grossistes ». « Le pire avec les flics, c'est la taule. Avec les trafiquants, c'est la mort ».
Un couteau sous la gorge
Une fois, il a cru sa dernière heure arrivée. « On m'a pris pour un autre, qui avait carotté 90 kg de cannabis ». Entraîné dans un bois, il sait qu'il est cuit s'il ne tente rien. « J'avais un couteau caché sur moi. J'ai réussi à prendre en otage l'un des gars ». Le temps de s'expliquer. « J'ai eu de la chance. J'aurais pu finir dans une cave. En général, pour se faire rembourser, ils s'en prennent à ta famille. En mettant, par exemple, ta nana sur le trottoir ». Le sort de Gwen a été réglé par les forces de l'ordre. Un matin, à 6 h, une vingtaine d'hommes ont fait irruption dans son habitation. « Ils croyaient que j'étais un grossiste. Je ne suis qu'un petit maillon. J'aurais pu faire tomber dix grosses têtes. Je n'ai jamais rien balancé ». Un membre de son groupe a dénoncé trois réseaux. « Aujourd'hui, sa tête est mise à prix », assure Gwen. Son prix ? Dix mille euros.
* Prénom fictif, à sa demande.