« Le canal existe, on y est très attaché et on va le garder ». Le comité de bassin Loire-Bretagne n’a pas fait de tour de passe-passe. Mais en classant administrativement le canal en masse d’eau fortement modifiée, et non pas en eaux naturelles, il reconnaît à cette voie de navigation son caractère historique,
son intérêt patrimonial et culturel et son importance en matière d’alimentation en eau potable. Concrètement : plus question de le démolir. Mais en a-t-il été vraiment question ? « Cette affaire a été montée en épingle sur le plan médiatique par des gens du secteur », assure Ambroise Guellec. « Ceci étant dit, le canal est beau, mais la question qui se pose est de savoir comment améliorer la qualité de son eau, de façon à ce qu’elle ne soit pas eutrophiée, que le poisson puisse remonter et que les milieux aquatiques retrouvent toutes leurs caractéristiques. Pour cela, il faudra que cessent les antagonismes qui, ces années passées, ont abouti au blocage de toute solution d’action ».
Revenir sur terre
Concrètement, le président du comité Loire-Bretagne mise sur la création prochaine d’un établissement public de bassin pour mener à bien ce dossier. « Le conseil général du Finistère (*) a pris les choses en mains et cet établissement devrait se mettre en place avant les prochaines élections municipales. Il est temps de revenir sur terre et de travailler ».
Débloquer le dossier
Eau et Rivières se situe sur la même longueur d’ondes. « Ce classement administratif ne change rien en ce qui concerne les difficultés sur le canal, plus particulièrement entre Châteaulin (29) et Cléden-Poher (29), que ce soit sur le plan de la qualité de l’eau, des perturbations des populations piscicoles ou des écosystèmes aquatiques, y compris littoraux ». Gilles Huet, délégué général, estime qu’il est nécessaire de relancer rapidement le Sage du bassin de l’Aulne. Eau et Rivières va ainsi saisir le préfet du Finistère, dès la semaine prochaine. « Il n’est que temps de débloquer un dossier englué depuis le début 2006 sous la pression d’élus qui, sous prétexte de défendre un canal, ne veulent pas parler de qualité de l’eau, ni remettre en cause un système de production agricole ».
Vigilance
En tout état de cause, Richard Ferrand, président du Smatah (syndicat de gestion du canal), à l’instar de Véronique Raher-Hériaud, conseillère régionale, se félicite de la décision du comité de bassin Loire-Bretagne et y voit une première victoire, fruit d’une importante mobilisation des élus locaux et de la population. Plaidant, lui aussi, pour la reconquête d’une eau de qualité, il appelle toutefois à la vigilance pendant la consultation qui va être lancée jusqu’à l’ultime décision en juin 2008.
* Ce qu’a confirmé, hier soir, dans un communiqué, Chantal Simon-Guillou, vice-présidente.