Ils sont venus à pied, à vélo, à cheval ou en kayak, de Châteaulin, Douarnenez ou Carhaix. Comme une après-midi ordinaire, en somme, une de ces belles après-midi d'automne, où les rives du canal sont le théâtre de leurs balades ou loisirs. Sauf qu'hier, c'est un sentiment d'inquiétude qui agitait cette foule bigarrée.
Un sentiment de colère, même, contre une « aberration », une « provocation », signée par quelques « technocrates déconnectés ». Face à l'éventualité de rendre le canal à son état naturel (Le Télégramme d'hier), tous avaient les mêmes mots : « Touche pas à mon canal ».
« Négation de l'Histoire »
À la tribune, installée sur une péniche, Richard Ferrand, président du Smatah, Georgette Bréard, vice-présidente de la Région Bretagne et Kader Benferhat, président du comité des canaux bretons, clament leur hostilité au projet de débarrage du canal. « Ce canal est le symbole du désenclavement de la Bretagne. Effacer ses écluses, c'est effacer la mémoire de la Bretagne », résume ainsi Kader Benferhat. Ce projet est né « en négation de l'Histoire, du patrimoine, des usages actuels et partagés du canal, en dépit du sens commun », martèle Richard Ferrand. Le rassemblement demeure bon-enfant. À l'image de ces jeunes kayakistes se relayant sur l'eau, des cavaliers, des chars à bancs faisant le tour du site, ou de ces musiciens de Spézet qui chantent sur l'air John Kalak « Le canal on veut le garder ». Clou du spectacle, le comédien Jean Kergrist, fait une entrée en scène hollywoodienne, grimé en « Secrétaire d'étable au canal », bien décidé à démonter par l'absurde un projet absurde.
« Je crois qu'on perd notre temps »
Un chapeau baleine vissé sur la tête, Nanoushka Bergmans, Hollandaise installée depuis 20 ans dans une maison éclusière à Paule, ne s'étonne pas d'un tel rassemblement. « Ce canal, c'est ce qui a permis l'essor de toute une région il y a deux siècles. Et on voudrait détruire tout ça au nom de la qualité de l'eau ? Mais où est le rapport ? Au fond, je crois qu'on perd notre temps aujourd'hui. C'est tellement idiot, illogique... Mais on ne sait jamais, alors on reste vigilants ». Ultime signe de cette vigilance, la foule a conclu la journée en se rendant à la maison éclusière de Pont-Triffen, pour signer une pétition demandant au Comité de bassin Loire-Bretagne de classer le canal en Masse d'eau fortement modifiée. Selon toutes vraisemblances, dans une semaine, ce comité leur donnera raison.
* Syndicat mixte d'aménagement touristique de l'Aulne et de l'Hyères.
25/11/2007.