Qui n’a pas encore condamné la gestion du risque amiante en France ? Les parlementaires l’ont fait en 1997. Ont suivi : la justice civile (dommages et intérêts infligés aux patrons; plus de 3.500 condamnations), la Cour des comptes (système de santé fustigé), et la justice administrative (Etat condamné).
Seule la justice pénale ne s’est pas encore prononcée.
Les parlementaires dégainent dès l’année de l’interdiction de l’amiante. Nous sommes en 1997. « Il nous semble probable que les industriels de l’amiante ont filtré l’information diffusée (Ndlr, aux ministères et au grand public)... Ils ont eu tendance à privilégier l’intérêt économique au détriment de la santé publique et à repousser le plus possible l’échéance de leur reconversion. » Produits sans amiante... pour l’exportation ! Et les parlementaires de noter, avec stupeur, que dès 1984, une entreprise du Nord de la France, spécialiste de l’amiante, fabriquait des produits sans amiante... mais qu’elle destinait à l’exportation ! Le rapport parlementaire épingle ensuite l’assurance maladie et les directions générales de la Santé et du Travail, et enfin l’Institut national de Recherche et de Sécurité (INRS), chargé de la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. En 1998, le Pr Claude Got dissèque les dysfonctionnements du dispositif de santé. Son rapport est implacable.
1- Depuis 1965 en France, le risque de cancer-amiante était identifié. « Il a été publié dans les revues les plus diffusées de la presse médicale. »
2- Malgré ces connaissances, l’importation d’amiante a augmenté régulièrement.
3- Malgré l’absence d’étude épidémiologique pour mesurer les conséquences du risque (pourtant imposée par une directive européenne de 1983), la France disposait d’informations qui auraient dû alerter les pouvoirs publics. En clair, les voyants étaient au rouge. Et rien n’a été fait.
4- « Pour achever, les victimes n’ont pas été reconnues et donc indemnisées comme elles auraient dû l’être ».
Maladies professionnelles : « La faillite d’un système »
« Plus de neuf mésothéliomes (cancer de la plèvre) sur dix sont imputables à l’amiante. Moins d’un sur dix est indemnisé. Ce n’est plus un dysfonctionnement, c’est la faillite d’un système », relève-t-il. Il dénonce aussi « la course d’obstacles dépourvue d’humanité » imposée aux demandeurs qui n’ont, pourtant, plus que quelques mois à vivre. « Il peut paraître facile de dire cela après coup, quand le drame est sous nos yeux, mais les faits sont suffisamment précis pour dire qu’il ne s’agit pas de malchance et de choix de mauvaises hypothèses. » Il anticipe déjà les réactions des uns et des autres : « Le décideur dira qu’il n’a pas été averti par les spécialistes, les scientifiques indiqueront toutes les références des textes publiés, les industriels diront qu’ils appliquaient les règlements en cours... » Il avait sept ans d’avance.